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Une étude américaine se penche sur la possibilité pour la France d'abandonner progressivement le nucléaire

ENERGIES - Actu-Environnement.com - 10/05/2006
 
Tandis qu'EDF entérine la réalisation de l'EPR de Flamanville, un institut de recherche américain (IEER), étudie la possibilité pour la France d'abandonner progressivement l'énergie nucléaire tout en parvenant à de plus faibles émissions de CO2.
 
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Le Conseil d'administration d'EDF a entériné la réalisation de l'EPR de Flamanville. La réalisation du réacteur constitue une étape essentielle dans le renouvellement du parc de production nucléaire d'EDF, selon le groupe. Aux conditions économiques actuelles, le coût de cet investissement est estimé à 3,3 milliards d'euros, ce qui conduit à une estimation, en euros 2005 du prix de revient du MWh à 46 euros (en légère hausse par rapport aux estimations initiales compte tenu de l'inflation et d'une évolution des matériaux), ajoute EDF qui va lancer dans les jours prochains la procédure de demande d'autorisation de création de l'installation nucléaire Flamanville 3 et poursuivra les autres démarches nécessaires à sa construction et à son exploitation. Cet investissement important s'inscrit dans le cadre du programme de renforcement des capacités de production du groupe, a indiqué Pierre Gadonneix, PDG d'EDF, dans un communiqué.
Pierre Gadonneix estime, dans un entretien au Figaro de vendredi, que le nucléaire concurrence efficacement le pétrole dès lors que le baril atteint les 30 dollars. À l'heure d'une flambée durable du baril, tous les pays s'interrogent sur le nucléaire. Le défi, selon lui, est de rendre cette source d'énergie acceptable aux yeux des opinions publiques. Avec l'EPR, la France et EDF devraient contribuer à faire évoluer les mentalités.

Mais un nouveau rapport semble lui répondre le contraire ! L'étude de l'institut de recherche américain Institute for Energy and Environmental Research (IEER) Low-Carbon Diet without Nukes in France (Faibles émissions de dioxyde de carbone sans nucléaire), montre que dans les prochaines décennies, il serait possible, pour la France, de sortir du nucléaire tout en diminuant les émissions de dioxyde de carbone de 40 %. Rappelons qu'en France l'énergie nucléaire fournit 70 à 80 pour cent de l'électricité en produisant une quantité négligeable de gaz à effet de serre mais soulevant le problème à ce jour insoluble de la gestion des déchets nucléaires.

L'étude de l'IEER, qui joue un rôle de consultant sur les énergies alternatives auprès du conseil des gouverneurs des Etats américains, estime que l'énergie nucléaire n'a pas pu empêcher l'augmentation des émissions de gaz à effet de serre. En dépit de la quasi-élimination du fioul dans le secteur électrique français, à partir de 1973 et de la réduction du charbon, les émissions de gaz à effet de serre demeurent élevées et continuent de croître, est- il indiqué dans le rapport. Ceci tient au fait que les émissions de gaz à effet de serre sont dues au secteur des transports ainsi qu'à l'utilisation du fioul et du gaz naturel dans les secteurs résidentiels, commercial et industriel.

L'industrie nucléaire met en avant l'énergie nucléaire comme une des solutions pour lutter contre le réchauffement de la planète, indique Annie Makhijani, coauteur du rapport et responsable scientifique à l'IEER. Mais l'énergie nucléaire est, à long terme, à l'origine de graves problèmes par les risques liés à la prolifération, par les accidents nucléaires graves et par la vulnérabilité vis-à-vis du terrorisme. C'est un compromis qui n'est pas souhaitable, ajoute t'il. Selon lui, cette analyse montre qu'il est possible, même en France, d'envisager un avenir avec de faibles émissions de dioxyde de carbone, sans recourir à l'énergie nucléaire.

Selon l'institut de recherche américain, la difficulté n'est pas liée à une pénurie de sources d'énergie sans carbone mais réside dans le fait que les ressources sont affectées d'une façon disproportionnée à l'énergie nucléaire au détriment des autres énergies.

L'IEER propose deux scénarios s'appuyant sur des projections économiques officielles de forte consommation d'énergie pour montrer que l'élimination progressive de l'énergie nucléaire se ferait sur une période de 30 à 40 ans avec, parallèlement, une mise en place de mécanismes de réduction importante des émissions de dioxyde de carbone.
Les scénarios se tournent vers des technologies déjà commerciales et des technologies avancées pour atteindre 20 et 40 pour cent de réductions de CO2 avec une élimination progressive de l'énergie nucléaire.

L'IEER admet qu'il faudra éliminer l'énergie nucléaire progressivement plutôt qu'abruptement, non seulement parce que celle-ci représente une large part de la production d'électricité mais aussi parce que l'abandon prématuré des centrales existantes risquerait de détourner des ressources économiques qui pourraient être investies dans une amélioration de l'efficacité énergétique, dans les énergies renouvelables, notamment l'éolien.

L'étude est donc logiquement très bien accueillie par les associations anti-nucléaire, mais il reste qu'elle n'est pas sans soulever d'interrogation. Aux côtés des ENR, le gaz naturel représente par exemple pour l'IEER une source d'énergie à privilégier. Certes plus propre que le Pétrole et le charbon, le gaz n'en demeure pas moins une source d'énergie fossile dont la combustion accroît l'effet de serre. Pour l'institut, l'avantage du gaz naturel réside surtout dans l'étendue géographique de ses réserves permettant un approvisionnement géopolitiquement sûr !
Plus douteux, l'étude indique encore qu'il est inévitable que pour aboutir au même pourcentage de réduction des émissions de dioxyde de carbone qu'aux Etats-Unis, la France devra faire plus largement appel aux technologies de pointe: une déclaration particulièrement étrange aux vues des résultats plus que médiocres obtenus par les USA en termes de réduction des émissions de gaz à effet de serre. En effet, en 2004, les Etats-Unis ont augmenté leurs émissions de gaz à effet de serre de 1,7% par rapport à 2003 et de 15,8 % par rapport à 1990 selon le dernier rapport de l'EPA, essentiellement en raison de la production d'énergie à partir de combustible fossile qui représente 80% de ces émissions.
De plus, le rapport prévoit que le pays qui investira dans les technologies de pointes se trouvera en position de leadership technique et économique pour la réduction des gaz à effet de serre. Des propos que ne vont pas sans rappeler ceux de l'administration Bush qui refuse obstinément de ratifier le protocole de Kyoto et voit dans les technologies, le seul moyen acceptable de régler le problème de l'accroissement de l'effet de serre.
Ainsi, si l'on ne peut que se prononcer favorablement sur les nombreuses propositions énoncées dans le rapport pour substituer le nucléaire par des énergies renouvelables et pour progresser dans l'efficacité énergétique du secteur des transports et dans le chauffage résidentiel et commercial, on ne peut s'empêcher de penser que l'étude présente certains dérapages qui semblent avoir pour objectif de rallier un maximum d'acteurs à la position américaine sur les démarches alternatives à Kyoto…

C.SEGHIER

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Réactions à cet article
re.pas douteux
 2 réponses
le scénario à Jojo !
 1 réponse
Basilede a fortement raison
 6 réponses
Charbon en or
rapport petite semaine
 10 réponses
Imposture américaine
 49 réponses
Enquete IEER
 25 réponses
de la crédibilité d'une étude
 2 réponses
pas douteux...
 25 réponses

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Dioxyde de carbone (CO2)

Énergie nucléaire

Énergie renouvelable


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