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Les grands opérateurs évaluent le potentiel des énergies renouvelables

ENERGIES - Actu-Environnement.com - 28/06/2006
 
Quelle production d'énergies renouvelables à l'horizon 2020 ? C'est l'une des questions posées aux grands opérateurs lors d'une table ronde organisée par le Syndicat des énergies renouvelables à Paris-Expo, dans le cadre de son 8e Colloque annuel.
 
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L'année 2005 a été marquée par une forte croissance des énergies renouvelables. Aujourd'hui, même si de nombreux choix politiques restent encore déterminants pour favoriser le développement harmonieux de chacune des filières, toutes les entreprises productrices ou distributrices d'énergie, et notamment des opérateurs tels que Total, EDF, GDF ou Suez, ont engagé des stratégies volontaristes pour élargir leur palette de sources d'approvisionnement. D'où l'occasion lors de cette table ronde, d'évaluer avec eux le potentiel de développement des diverses formes d'énergies renouvelables par rapport à l'engagement de la France à diviser par 4 ses émissions de gaz à effet de serre en 2050 !

Chez Total, une énergie s'apprécie selon trois critères : son coût compétitif à moyen terme, son potentiel à long terme, et son apport au marché, autrement dit l'avantage concurrentiel qu'elle représente. Mais une source d'énergie pourra fournir moins de 1 Giga de tonnes équivalent pétrole (Gtep) à cette échéance de 2050 et rendre des services régionaux locaux, a précisé Gilles Cochevelou, Directeur général énergies renouvelables, lors de son intervention. Simplement, elle ne jouera pas un rôle important à l'échelle de l'enjeu ! Parce qu'elles peuvent influencer la manière de développer certaines énergies non renouvelables, les technologies connexes doivent également être prises en compte. Par exemple, si la recherche de procédés de capture/stockage de CO2 aboutit, le charbon devient intéressant au moins en matière de chaleur. De même, le stockage de l'électricité sous forme de batteries va dans un sens favorable aux énergies renouvelables.

Chez EDF, on retient deux critères pour améliorer la compétitivité d'une filière : le coût de l'installation et le dispositif d'incitation public. Ainsi, le Groupe - qui consacre 25 % de son budget recherche aux ENR - planche sur la maintenance et l'optimisation du processus d'exploitation de ses installations pour baisser les coûts intrinsèques, entraînant in fine des aides et incitations plus faibles. Sachant qu'en parallèle, son positionnement en industriel lui permet de trouver un équilibre économique en fonction des politiques, pays par pays.

Au travers de cette grille d'analyse, l'énergie d'origine hydraulique - qui fournit l'essentiel de l'électricité renouvelable dans le monde à l'heure actuelle - s'affirme comme la ressource prépondérante. Elle a vocation à continuer à croître, a prédit Gilles Cochevelou. Mais à un rythme assez modéré car la plupart des sites possibles a été identifiée.

L'objectif étant d'arriver à parité avec l'énergie traditionnelle, l'éolien terrestre sur un site bien venté, fait partie des énergies dont le seuil de compétitivité est le plus proche du coût de l'électricité produite par une turbine à gaz. Cette forme d'énergie devrait atteindre facilement 1 Gtep à échéance 2050. Avec l'éolien off-shore, nous estimions avoir un avantage concurrentiel du fait de notre métier traditionnel pétrolier, a poursuivi le Directeur général ENR de Total. Mais nous avons constaté que les coûts sensiblement plus élevés que ceux de l'éolien terrestre, ne sont pas compensés par une production plus élevée ! En outre, les tarifs actuellement mis en place par les pouvoirs publics s'avèrent trop justes pour permettre le développement satisfaisant de cette filière. Selon EDF, l'hydrolien semble une ressource prometteuse car prédictive pour produire l'électricité, mais décalée en maturité d'au moins dix ans par rapport à l'éolien off-shore. Principe : les hydroliennes disposées sous l'eau, récupèrent le courant des marées. L'eau étant plus dense que l'air, leur rendement à taille de pales égales est beaucoup plus important que celui des éoliennes. En revanche, se posent d'autres problèmes liés à la corrosion et au milieu marin plus hostile en terme de maintenance compte tenu des courants.

Même s'il n'est pas certain d'obtenir 1 Gtep en 2050, le solaire thermique et photovoltaïque rallie tous les suffrages et les investissements, car le développement s'annonce exponentiel au-delà de cette échéance et donc, avec un passage de 1 à 2 ou 3 voire 4 Gtep plus facile en valeur relative ! La plupart des opérateurs ont d'ores et déjà fédéré différents laboratoires autour de leur programme de recherche, afin d'aboutir à une concrétisation plus rapide sur le plan industriel. Sur ces aspects R&D, une nouvelle génération de capteurs photovoltaïques à base de silicium à couches minces s'apprête à voir le jour. Tandis que chez EDF, on communique sur des panneaux utilisant un autre procédé à base de composés chimiques électro-déposés (cuivre, indium, sélénium) pour remplacer le silicium cristallin déjà très convoité par les producteurs de microprocesseurs.

Concernant la biomasse, la gazéification a été identifiée comme décisive dans le développement de sa valorisation énergétique. Toutefois, cette énergie issue de matières vivantes, végétales et animales, s'avère plus difficile à apprécier, parce qu'elle se heurte à la problématique alimentaire et à la nécessité de restituer une partie du carbone à l'éco-système ! Dès lors que la partie disponible pour l'énergie aura été déterminée, encore faudra-t-il répartir la production entre le biocarburant et la chaleur, et avoir résolu la problématique de gestion d'approvisionnement en eau nécessaire !

Les ressources géothermiques qui utilisent la chaleur de la terre, peuvent revêtir diverses formes selon la profondeur du captage. La géothermie à basse température dite de surface sert pour le chauffage et la climatisation. La géothermie à moyenne température (jusqu'à 2000 m de profondeur) permet d'extraire de la vapeur d'eau à une température suffisante pour produire de l'électricité à des tarifs très compétitifs. L'autre géothermie dite en roches chaudes sèches, consiste à faire circuler de l'eau entre deux puits profonds de 5000 m, et à la récupérer à une température d'environ 200°C. L'eau froide est injectée à travers les fissures naturelles de la roche et se réchauffe à son contact, avant d'être pompée à la surface par un puits de production. La vapeur ainsi produite est détendue dans une turbine couplée à un alternateur électrique. Mais la principale difficulté de ce procédé tient à la création d'un échangeur souterrain dans le massif granitique, et les opérateurs se montrent pour le moment, un peu dubitatifs quant à l'économie d'ensemble du dispositif !

En conséquence, les intervenants à cette table ronde ont reconnu qu'il était prématuré d'écarter telle ou telle forme d'énergie pour l'avenir. Et également présomptueux de prétendre que telle ou telle autre satisfera tous les besoins. Il est clair qu'aujourd'hui, c'est la recherche d'un mix énergétique qui est privilégiée, avec une maîtrise de l'énergie comme base de toute politique engagée !

F. Ascher

> Sites : www.ser-fra.com

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