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Camargue : répondre aux défis écologiques et fonciers

La Camargue, vaste territoire littoral qui tente de concilier des intérêts divers et parfois opposés, semble aujourd'hui entrée dans une ère plus sereine. Le moment opportun pour mettre en œuvre des décisions plus durables ?

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Camargue : répondre aux défis écologiques et fonciers

Chantal Jouanno, alors secrétaire d'Etat à l'Ecologie, avait confié en octobre 2010 une mission au CGEDD afin de réfléchir "à une stratégie cohérente d'acquisition foncière en Camargue fondée sur une logique d'avenir". Le rapport établi par cette instance vient d'être rendu public. Il émet plusieurs recommandations en vue de répondre au mieux aux enjeux écologiques et fonciers de cette zone humide de renommée internationale.

Un dialogue aux germes prometteurs

"Sur ce territoire emblématique d'une nature et d'un littoral encore sauvages, plus de soixante-dix kilomètres non urbanisés en méditerranée, s'emboîtent souvent harmonieusement des activités aussi diverses que la protection de la biodiversité, la saliculture, l'élevage de taureaux et de chevaux, la riziculture, la chasse et le tourisme", résume de manière un peu emphatique le rapport.

Comme le soulignent les auteurs de la mission par ailleurs, l'équilibre auquel est parvenu ce territoire "résulte des multiples compromis que les différents acteurs ont su trouver au fil des ans". Désormais, les acteurs camarguais se retrouvent dans des instances, à l'instar du parc naturel régional (PNRC) ou du Symadrem "où le dialogue sur l'avenir de leur territoire porte des germes prometteurs".

"Les propriétaires fonciers qui depuis longtemps disaient pouvoir assumer à eux seuls la gouvernance de la Camargue se sont vus progressivement contraints de partager leur autorité avec les collectivités locales", analysent les auteurs de la mission.

Renforcer les liens entre les deux Camargue

   
   
Pour le CGEDD, la gouvernance globale de la Camargue doit être renforcée car, "excepté au sein du Symadrem, chargé de la gestion des eaux, aucune instance d'échange, de concertation ou de partage d'information n'existe entre le syndicat mixte chargé de la gestion des milieux naturels gardois et le PNRC, centré sur la Grande Camargue". En clair, la mission n'a pas constaté "de volonté manifeste de rapprochement entre les élus des deux Camargue qui affichent leurs différences culturelles".

Comment y remédier ? Pour le CGEDD, "une concertation entre les préfets des deux départements concernés [Bouches-du-Rhône et Gard] pourrait s'avérer particulièrement judicieuse pour ne pas ériger les limites administratives en obstacle à la gestion unitaire de la réserve de biosphère". A court terme, la mission recommande la nomination d'un interlocuteur spécifique du PNRC et de la réserve de biosphère au sein de la DREAL PACA.

Mieux penser les acquisitions foncières

Au niveau du foncier, les auteurs de l'étude suggèrent que les achats du Conservatoire du littoral se réalisent avec le plus de discernement possible. Les acquisitions des terrains des Salins du Midi ont lourdement pesé depuis 2008 sur ses capacités d'intervention en faveur de zones littorales plus menacées ou plus intéressantes au plan écologique.

Le rapport recommande donc à l'établissement public de n'orienter ses futures acquisitions que sur des zones menacées par des projets de développement, présentant un risque de parcellisation des propriétés (cas de l'étang du Lairan), présentant une grande valeur écologique ou permettant d'établir une continuité avec des terrains déjà acquis (autour de l'étang du Vaccarès en particulier).

D'autres acteurs pourraient également procéder à des acquisitions : établissements publics fonciers de PACA et Languedoc-Roussillon, agence de l'eau Rhône-Méditerranée-Corse, conseil général des Bouches-du-Rhône, voire la fondation MAVA du Docteur Luc Hoffmann. Mais, comme le souligne le rapport, "le jeu en vaut-il la chandelle sachant qu'une fois les achats fonciers réalisés (à des prix excédant ceux du marché pour des terrains inconstructibles), il reste à trouver des gestionnaires fiables, prêts à endosser les frais inhérents à un entretien nécessaire à l'ouverture au public et au respect des objectifs écologiques poursuivis ?".

Des alternatives moins onéreuses

Des alternatives, moins onéreuses, à l'acquisition en pleine propriété existent aussi. Le CGEDD recommande donc aux personnes publiques d'étudier de façon systématique la faisabilité de servitudes conventionnelles environnementales permettant d'imposer certaines contraintes aux propriétaires privés souhaitant poursuivre leur activité : ne pas modifier le niveau des eaux, ne pas édifier de bâtiments ou ne pas modifier les pratiques culturales.

L'action des pouvoirs publics ne doit pas pour autant être réduite a minima selon la mission. "La fréquentation anarchique des plages de Piémanson et Beauduc nécessite une politique concertée de l'Etat et des collectivités", indiquent ses auteurs, qui plaident pour "un projet global alliant la mobilité des touristes entre les plages et le village de Salin-de-Giraud avec une conception écologique de l'urbanisme et de l'habitat comme il est acté dans la Charte du PNRC".

Dans la perspective d'une application efficace du protocole sur la gestion intégrée des zones côtières (GIZC) de la Convention de Barcelone, la mission recommande la généralisation de la démarche GIZC sur l'ensemble du littoral camarguais.

Plus original, enfin, le CGEDD évoque le mécénat et les mesures compensatoires comme compléments d'une politique d'acquisition. La première piste nécessiterait, pour être viable, que "la Camargue soit considéré[e] à l'égal des "Trésors nationaux" pour lesquels des dispositions fiscales avantageuses sont prévues".

Quant au recours à des mécanismes de compensation écologique, la mission reste dubitative sur leur utilisation généralisée pour l'acquisition de foncier en Camargue : "il n'y aurait aucun sens à faire acheter par des maîtres d'ouvrage des terrains non menacés pour compenser la perte d'écosystèmes remarquables du fait de leur aménagement".

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