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La conférence de Bonn ouvre la voie à un accord mondial sur le climat

A l'issue de cinq jours de pourparlers intenses ponctués de drames et de nuits blanches, les négociateurs ont abouti à un texte de 55 pages reflétant davantage que le précédent les préoccupations des pays les plus vulnérables. 25 octobre 2015

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Environnement & Technique N°353 Cet article a été publié dans Environnement & Technique n°353
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C'est à l'heure où un redoutable typhon menace le Mexique que s'est terminée samedi la session préparatoire de Bonn (Allemagne), étape cruciale avant la conférence de Paris en décembre. A l'issue de cinq jours de pourparlers intenses ponctués de drames et de nuits blanches, les négociateurs ont abouti à un texte de cinquante pages reflétant davantage que le précédent les préoccupations des pays les plus vulnérables au changement climatique, et comportant des objectifs de réduction de GES plus ambitieux, le tout entre crochets.

La partie aurait pu mal tourner. Dès le premier jour, lundi 19 octobre, le groupe du G77, qui rassemble 134 pays en développement, conduit par la sud-africaine Nozipho Mxakato-Diseko, s'en est pris vivement au "non paper" de vingt pages produit par les co-chairs américain et algérien le 5 octobre,  auxquels le G77 a reproché une tactique d' "apartheid", ce texte escamotant leurs préoccupations principales. A l'issue d'une nuit au cours de laquelle le G77, bloc des pays du Sud représentant la majorité de la population mondiale, a obtenu l'insertion dans le texte de points clés, et les négociations ont pu reprendre mardi. Chacune des délégations y allant de ses ajouts, soit une cinquantaine d' "insertions chirurgicales", le draft final est le document qui servira de base à la conférence de Paris.

Une méthode qui a demandé un jour et demi de séance de rattrapage mais qui a donné satisfaction. La majorité des délégués semble avoir apprécié ce nouveau processus, a déclaré Amjad Abdulla, négociateur en chef des petits Etats insulaires : "Produire un texte dont chacun des pays se sent co-auteur est un préalable au succès de la conférence de Paris".  Le chef de la délégation de Cuba a estimé qu' "enfin les gens s'écoutent les uns les autres". L'UNFCC s'est félicitée dans un communiqué paru à la clôture de la conférence, vendredi soir : "Les gouvernements du monde se sont pleinement approprié le projet de texte de l'accord, un texte équilibré qui constituera le point de départ pour le dernier round de négociations".

21,4 milliards de profits pour Chevron l'année du typhon Haiyan

La raison de la levée de bouclier du G77 ? Le point de discorde principale entre Nord et Sud demeure la question financière, le texte en discussion n'étant pas suffisamment précis sur le niveau de financement requis pour soutenir la transition énergétique des pays les plus pauvres et assurer leur protection face aux effets du réchauffement. Les pays en développement exigent plus de clarté et de précisions sur l'abondement des 100 milliards de dollars par an qui doivent être dégagés à partir de 2020.

Un rapport du Climate Justice Programme, diffusé pendant la conférence, intitulé "La tuerie: qui paye pour les coûts réels des grandes entreprises du pétrole, charbon et gaz ?" (Making a Killing: Who Pays the Real Costs of Big Oil, Coal and Gas?) a pointé du doigt les multinationales leaders des énergies fossiles, dont les profits ne cessent d'augmenter mais qui ne paient pas pour les dégâts causés par le changement climatique. En 2013, le typhon Haiyan (Yolanda) qui a dévasté les Philippines a tué plus de 7.300 personnes et en a déplacé 4 millions. Les dégâts ont été estimés à 10 milliards de dollars. La même année, Chevron a enregistré 21,4 milliards de dollars de profit.

Les Philippines président le Forum des pays les plus vulnérables, le "V20", fondé à l'occasion de la conférence des ministres des finances à Lima il y a deux semaines, qui réunit désormais les vingt pays les plus touchés par le changement climatique. Pour eux, rester sous la barre des 1,5°C est une question de survie. Ils exigent la reconnaissance du mécanisme de perte et dommages (loss and damage), fonds voué à dédommager à court terme les victimes, là où les effets du réchauffement sont déjà une réalité.

Des INDC insuffisants pour sortir du statu quo fossile

D'autres points ont été ajoutés au texte, tels que la révision tous les cinq ans des engagements mis sur la table pour assurer le stocktaking (résorption) des émissions, dès avant 2020, et la fixation d'un objectif de long terme pour faire disparaître les combustibles fossiles et basculer vers 100% d'ENR au cours des toutes prochaines décennies. Un rapport intitulé "Beyond the Numbers : Understanding the Transformation Induced by INDCs" montre que ce type d'options pourrait faire la différence pour gagner un demi degré et se mettre sur la voie du seuil de 1,5°C préconisée par la science et réclamée par les pays les plus vulnérables.

Ce rapport, conduit par l'IDDRI et le PIK, estime que sans un relèvement de l'ambition sur la période couverte par les INDC (2020-2030), il sera beaucoup plus difficile et plus coûteux de rejoindre, après 2030, une trajectoire permettant de tenir l'objectif des 2°C. Les chercheurs pointent ainsi des “coûts et des risques pour la faisabilité significativement plus élevés”. Plus précisément, les INDCs "tels quels" conduiraient à une quasi-stabilisation des émissions sur 2020-2030 (estimation confortée par l'AIE aujourd'hui), et il faudrait ensuite une baisse de 4 à 5% par an sur 2030-2050 pour espérer tenir les 2°C. Le rapport montre, sur la base de scénarios alternatifs, pourquoi il est crucial d'avoir dans l'Accord de Paris un objectif de "décarbonation" à long terme. Il en appelle à un “mécanisme d'ambition” poussant les pays à relever leurs objectifs climatiques bien avant 2030, et idéalement dès 2018 pour infléchir la courbe dès 2020. Le texte de Bonn ne dit rien sur les subventions aux énergies fossiles.

Paris année zéro

Il revient aux ministres et aux chefs d'Etat d'arbitrer en faveur d'un fonds d'indemnisation à la hauteur des attentes des pays du G77. A l'issue de cette dernière conférence préparatoire, un accord universel à Paris semble plus que jamais à portée de main, car "tout le monde veut être du bon côté de l'histoire. Paris sera l'année zéro, un nouveau départ", commente Elise Buckle, coordinatrice des campagnes climat à l'UNI Global Union. D'autres étapes telles que la pré-COP en France du 8 au 10 novembre, la conférence du G20 en Turquie le 15 novembre et la rencontre des chefs de gouvernement à Malte le 28 novembre seront autant d'opportunités pour dénouer les tensions sur la finance climatique et le mécanisme de perte et dommages. La question de la justice climatique reste la clé des discussions entre Nord et Sud, elle ouvre aussi la voie vers une sortie mondiale des énergies fossiles.

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