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Le Grand Paris face au défi des ressources en matériaux

Le projet du Grand Paris prévoit la construction de 70.000 logements par an pendant 20 ans, des bureaux et de nouvelles gares. Les besoins en matériaux seront considérables, avec une tension particulière sur les granulats. Où les trouver ?

Amenagement  |    |  Actu-Environnement.com

Le préfet de la région Ile-de-France, Daniel Canepa, a présidé ce 18 décembre un séminaire consacré à l'approvisionnement en matériaux du Grand Paris. Un enjeu stratégique pour la réussite du projet, mais qui ne sera pas sans incidence sur les paysages et l'environnement.

Tension sur les granulats

"Alors que la construction de logements a atteint son maximum avec 41.000 unités en 2008, les objectifs du Grand Paris, de 70.000 logements/an pendant près de vingt ans, ainsi que les locaux d'activité et gares associés vont entraîner, à l'horizon 2030, une consommation annuelle accrue en matériaux de construction", indique le préfet.

Pour certains matériaux (gypse, ciment, argile et bois), il pourra être répondu aux nouveaux besoins sans trop de difficultés. Ce qui ne sera pas le cas pour les granulats, qui représentent la première ressource consommée dans la construction.  L'augmentation de leur consommation est estimée à +14 % par rapport à 2008, soit 4,7 millions de tonnes supplémentaires, alors que l'Ile-de-France importe d'ores et déjà 45% de ses besoins en granulats. La consommation supplémentaire se concentrera en majorité sur Paris et la petite couronne en raison de la recherche de densification du bâti.

Meilleure mobilisation des gisements locaux

Où trouver les gisements nécessaires ? La Driee Ile-de-France, qui a été chargée par le préfet de réaliser le diagnostic, envisage plusieurs pistes. La première est "d'assurer la meilleure mobilisation possible des gisements locaux". Pour cela, "face à l'élaboration de documents d'urbanisme « défensifs » vis-à-vis des carrières, il serait souhaitable que les futurs schémas de carrière bénéficient d'un statut d'opposabilité plus fort, par exemple en devant être « pris en compte » par les SCoT et les PLU", estime la Driee. Dans cette attente, elle envisage même la possibilité pour le préfet d'instaurer des périmètres de projets d'intérêt général forçant à la prise en compte de "l'intérêt stratégique d'un gisement".

L'heure est donc plutôt à l'ouverture de nouvelles carrières en Ile-de-France, même si la Driee entend également confirmer l'importance de la déconstruction et du recyclage. Les évolutions normatives devraient permettre l'incorporation de granulats recyclés à hauteur de 10% dans les bétons hydrauliques destinés aux bâtiments. "Il reste à mettre en pratique cette possibilité", indique Xavier Lascaux, président d'Unicem Ile-de-France.

Une autre piste est celle de la "solidarité interrégionale". En d'autres termes, l'importation de granulats en provenance d'autres régions, même si la Driee précise vouloir contenir le taux de dépendance actuel. C'est pourquoi, cette dernière propose d'élaborer la prochaine génération de schémas des carrières sur une échelle interrégionale, sachant que, dans le faits, elle a d'ores et déjà régionalisé les schémas départementaux. Toutefois, l'appauvrissement des capacités de production des régions d'approvisionnement actuelles pousse l'Etat à se tourner vers la piste des granulats marins de la baie de Seine.

Des contraintes d'acheminement et de stockage

L'appel à de nouveaux gisements va également imposer des contraintes d'acheminement et de stockage. "L'enjeu de massification du transport (fluvial ou ferré) des matériaux va s'accentuer, notamment si le taux de dépendance augmente", analyse Philippe Dress, chef du service Nature, paysages et ressources de la Driee.

De plus, l'acheminement des matériaux nécessite des plates-formes de stockage ou de transbordement souvent couplées à une unité de production de béton. Deux à quatre nouvelles centrales à béton par département sont jugées nécessaires. Une forme de paradoxe, relevée par Daniel Canepa, dans la mesure où l'"on a besoin d'espace dans une zone que l'on veut densifier". Sans compter les conflits d'usage (réaménagement des berges) et les nuisances liées à ces installations : circulation de poids-lourds, bruit, envol de poussières, etc. "Le nombre, la localisation et la capacité de ces nouvelles plates-formes devraient être étudiés précisément et intégrés dans les contrats de développement territorial", estime par conséquent la Driee.

Mais il s'agit aussi de fiabiliser le traitement des déchets issus de la déconstruction, avec deux grands enjeux : la mise en place d'un réseau d'installations de traitement au plus près des lieux de déconstruction et des marchés de consommation, et le tri des matériaux contenant de l'amiante. Une problématique qui ouvre celle des friches et sols pollués, thème au menu du prochain séminaire sur le Grand Paris organisé par la préfecture.

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