Actu-Environnement
 
 
 
 

Gestion durable des forêts : les normes de certification PEFC durcies

Le nouveau schéma de certification forestière PEFC France est entré en vigueur pour 5 ans. Face aux critiques, l'objectif est "de produire plus tout en préservant mieux la ressource" et renforcer les exigences en matière de traçabilité du bois.

Certification / Management  |    |  Actu-Environnement.com

Le nouveau schéma de certification forestière PEFC (Programme for the Endorsement of Forest Certification) 2012-2017 vise à améliorer la gestion durable des forêts françaises et a été "élaboré dans une double optique d'amélioration continue et de recherche de performances appropriées", a expliqué mardi 24 janvier Marc Antoine de Sèze, Président de l'association au cours d'un point presse. Il crée un cadre commun aux différents membres de la filière forêt-bois-papier porteurs du label, lancé il y a 13 ans à l'initiative des forestiers français et finlandais, et durcit les critères de certification.

Le schéma PEFC "consolide l'engagement des propriétaires des forêts en augmentant le contrôle des surfaces et celui des entreprises de travaux forestiers et renforce les garanties apportées aux consommateurs et à la forêt", a déclaré M. de Sèze en soulignant ''la dynamique de la démarche volontaire". Un tiers des forêts françaises représentant 5 millions d'hectares et 50 % du bois vendu en France sont aujourd'hui certifiés par la marque. Soit 52.000 propriétaires forestiers français et 2.600 entreprises de la filière (exploitants, scieries, constructeurs, négociants, imprimeurs...) adhérents de PEFC. ''Ce qui est un gage de l'efficacité de la première certification de France et au niveau international", considère le président de l'association alors que plus de 18.000 hectares de forêt sont notamment certifiés par l'autre label concurrent FSC (Forest Stewardship Council) dans l'Hexagone.

Trois fois plus de contrôle des exploitants

Au programme du nouveau schéma : "plus de surfaces auditées et des contrôles plus pointus", a précisé de son côté Stéphane Marchesi, secrétaire général de PEFC France. Si 500 audits annuels étaient jusqu'à maintenant effectués auprès des propriétaires forestiers, les contrôles seront tournés vers les plus grandes surfaces et concerneront chaque année 10% des exploitants adhérents, soit désormais un taux multiplié par trois, a précisé M. Marchesi en estimant que le système de certification ''va plus loin que le Cofrac'' (Comité français d'accréditation). De même la formation des auditeurs sur le terrain sera ''intensifiée", a-t-il ajouté.

Ce renforcement des audits présenté hier par l'organisme entend répondre à l'un des griefs formulés par l'ONG environnementale Les Amis de la Terre qui dénonçait en juin 2010 des dérives dans les procédures de contrôle par PEFC alors qu'en 2011 ''plus de 450 contrefaçons de la marque'' ont été recensées, majoritairement dans le secteur de l'industrie graphique et du papier", a reconnu hier M. Marchesi. "Aucun contrôle préalable n'est réalisé chez un propriétaire qui souhaite être certifié PEFC (…). De nombreux propriétaires pourtant certifiés depuis des années n'ont jamais été contrôlés par un auditeur indépendant'', avaient alors fustigé Les Amis de la Terre. Ce que conteste M. Marchesi qui a rappelé mardi que les organismes de certification externes ''Ecocert et Bureau Veritas" réalisaient des audits en région. PEFC exige aussi dans le cadre du nouveau schéma de ses membres un "document de suivi" où sont consignés les travaux réalisés. ''23 propriétaires n'ayant pas remis leur document attestant d'une gestion durable des forêts au bout de 3 ans ont été exclus du système de certification en 2010'', a rappelé M. Marchesi.

Les Amis de la Terre avaient également saisi la Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes (DGCCRF) estimant que ''ce label était de nature à tromper le consommateur'' et regrettait que PEFC était délivré aux produits constitués de seulement 70 % de bois issus de forêts gérées durablement quand FSC exige des forestiers tropicaux un taux de 100%...

Répondre aux exigences de traçabilité dans l'UE

Le durcissement des contrôles par PEFC entend aussi répondre aux exigences en matière de traçabilité des produits demandés dans le nouveau règlement européen sur les importations illégales de bois qui entrera en vigueur en mars 2013. Le texte législatif considère en effet conformes les produits licenciés FLEGT (Forest Law Enforcement Governance and Trade) et le permis CITES (Convention sur le commerce international des espèces sauvages menacées d'extinction) accordés au bois pour garantir l' origine légale du produit, le bois étant contrôlé au niveau intergouvernemental. En revanche, même s'ils attestent d'une gestion forestière raisonnée, les certificats forestiers, y compris PEFC et FSC délivrés par des organismes privés, ne seraient pas aussi sûrs. Les eurodéputés ont également voté en mai 2011 en faveur de mesures contraignantes de gestion forestière durable dans les pays membres. Des dispositions législatives pourraient aboutir mi-2013.

Ben Gunneberg, secrétaire général de PEFC International a rappelé hier que la marque était présente ''dans 35 pays et  certifie aujourd'hui plus de 240 millions d'hectares de forêt dans le monde (…). PEFC est recommandé par la Commission européenne. Le nouveau schéma correspond aux exigences du règlement sur la diligence raisonnable pour améliorer le système et donner des garanties'' de traçabilité. Selon lui, "il n'est pas nécessaire aux adhérents de PEFC de faire une démarche parallèle qui coûterait cher'' aux opérateurs. "PEFC atteste que le bois à l'origine des produits, s'il provient d'un autre pays, reste conforme aux critères du programme".

Alors qu'un cahier des charges était jusqu'à maintenant défini par région, il est désormais national. Une Commission technique nationale d'expertise et d'assistance (CTN) a également été mise en place afin de "renforcer la qualité et l'impartialité'' du programme de certification, a indiqué le secrétaire général de PEFC. Les critères du cahier des charges destinés aux propriétaires forestiers ont ''évolué et sont précisés" et ''vont au-delà la réglementation française'', estime-t-il. Tendre vers une limitation des coupes rases de deux hectares en zone de forte pente, conserver au moins un arbre mort ou vieux par hectare et laisser du bois mort au sol ''car cela joue un rôle majeur dans la préservation de la biodiversité" ou encore ne pas utiliser de pesticides à moins de six mètres des rivières figurent parmi les autres demandes faites aux propriétaires. Les critères de certification et de contrôle qui se veulent plus contraignants "n'induiront pas de surcoûts'' sur le produit fini labellisé, a assuré M. Marchesi.

PEFC France vise également d'ici à 2013 à renforcer la certification du bois dans le secteur de la construction et de l'énergie.

Réactions7 réactions à cet article

 

Pas de pesticide à moins de 6 mètres?! ça c'est de la contraintes! Une simple brise suffira à rendre inutile cette distance de "sécurité" et je ne vois pas comment ça sera contrôlable... dommage quand on connait l'état de pollution des rivières de France et d'Europe...

keumi | 26 janvier 2012 à 03h51
 
 

des coupes rases c'est de la gestion durable ça ? en faite il suffit de replanter pour pouvoir avoir le label,je ne ne suis pas sur que la forét des landes par exemple pourtant certifiée , gérée industriellement, soit un modéle de gestion durable ,on a d'ailleurs vu les résultats de la tempéte de 2009 .Les labels doivent être beaucoup plus exigeants.

lio | 26 janvier 2012 à 11h47
 
 

Quoi la coupe à blanc quoi quoi? Lisez avant de parler
FYI: http://www.wvu.edu/~agexten/forestry/clrcut.htm

Ale | 26 janvier 2012 à 16h19
 
 

"Durcir" cette norme, c'est comme "interdire le bois illégal" comme je l'ai lu dans ces colonnes ou dans d'autres récemment.
Cela va revenir à des normes draconniennes en France, un peu moins draconniennes en UE, encore moins en OCDE, et pas de norme du tout dans les pays qui en auraient le plus besoin.
Et, comme d'habitude, de jolies chartes, des labels et étiquettes de verdissement, du marketing vert à la sauce NKM et consorts (quelques cabinets de green washers de derrière les fagots - en bref, les cabinets de consultants habituels que je ne nommerai pas) et, en termes de bénéfices pour l'environnement, Oualou...

Albatros | 26 janvier 2012 à 17h02
 
 

J'ai fait poser chez moi des fenêtres en chêne PEFC. Comment en être sûr?
J'ai constaté que le bois était très peu dense, avec beaucoup d'aubier, se vrillait. Visiblement, il avait été coupé et sèché à la hate pour répondre à la demande et faire rentrer un peu plus d'agent chez le fournisseur. J'en ai donc déduit que c'était bien du PEFC, ce qui m'a été confirmé par... le surcoût!
Vengeance!

JSP | 26 janvier 2012 à 22h59
 
 

"ale" un document en français stp

lio | 27 janvier 2012 à 12h41
 
 

Je me réjouis de voir que PEFC s'inspire des remarques qui lui sont faites depuis qques années. Il est en effet nécessaires qu'il y ait un meilleur contrôle sur les producteurs et production certifiées. Cela prend du temps , de l'argent et surtout des ressources humaines. Le monde ne s'est pas fait en un jour et je reste optimiste.
Quand à certains commentaires ci-dessus, certains sont à pleurer, et révèle encore une large méconnaissance sur le foresterie et les systèmes de certification.
A bientôt

Jeff | 24 juillet 2012 à 18h31
 
 

Réagissez à cet article

1500 caractères maximum
[ Tous les champs sont obligatoires ]