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Abeilles : l'Anses souhaite restreindre encore plus l'usage des néonicotinoïdes

L'agence de sécurité sanitaire préconise d'élargir les restrictions d'usage aux semences d'hiver et de mettre en place des mesures supplémentaires pour trois néonicotinoïdes. Ces propositions seront présentées au Sénat, annonce Ségolène Royal.

Hygiene / Securite / Sante  |    |  Sophie FabrégatActu-Environnement.com

L'Agence nationale de sécurité sanitaire des aliments, de l'environnement et du travail (Anses) a publié, le 12 janvier, un nouvel avis sur les insecticides néonicotinoïdes, au regard des dernières études scientifiques publiées. Saisie par les ministres de l'Ecologie, de l'Agriculture et de la Santé sur les risques que présentent ces substances actives pour les abeilles et autres pollinisateurs, l'agence souligne la pertinence du moratoire européen décidé en 2013, pour deux ans. Mais, dans "l'attente des résultats des travaux en cours au niveau européen, [elle] préconise le renforcement des conditions d'utilisation pour tous les usages pour lesquels subsiste une incertitude importante ; elle recommande également de ne pas semer de culture attractive pour les pollinisateurs à la suite d'une culture traitée par des néonicotinoïdes", indique-t-elle. Ces recommandations interviennent alors que les mesures de restrictions devaient s'achever au 31 décembre 2015. L'Union nationale de l'apiculture française (Unaf) regrette que "l'Anses se limite à recommander des « mesures de gestions renforcées » pour certains usages, là où il faudrait interdire ces produits".

Pour rappel, cinq substances néonicotinoïdes sont approuvées par l'Union européenne. Deux (acétamipride et thiaclopride) sont actuellement inscrites dans un programme de réexamen en vue de leur ré-approbation. Pour les trois autres (thiaméthoxame, clothianidine, imidaclopride), la Commission européenne a décidé en 2013 de mettre en place des restrictions au vu des risques suspectés pour les insectes pollinisateurs, et de lancer une ré-évaluation. "Les évaluations actualisées, qui se pencheront sur l'utilisation de ces substances en tant que traitement des semences et granules, seront finalisées pour janvier 2017", précise l'Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa).

Eviter les semis lors d'automnes doux

Les restrictions européennes portent sur le traitement des semences et des sols pour les cultures attractives pour les abeilles (sauf cultures sous serre et céréales d'hiver) et l'interdiction des traitements foliaires pour les cultures qui attirent les abeilles (à l'exception des cultures sous serre ou après floraison). Dans son nouvel avis, l'Anses estime qu'il faut étendre ces restrictions.

D'abord concernant les céréales d'hiver dans certains contextes. "Les semis, effectués à l'automne, peuvent intervenir en conditions climatiques douces, à une période où les pollinisateurs sont toujours actifs et donc potentiellement exposés", explique l'Anses. Selon elle, il faut donc interdire ces semis dans des parcelles qui sont à proximité de zones non cultivées adjacentes en fleurs, à des périodes où les butineuses sont actives. Ségolène Royal indique, dans un communiqué de presse publié mardi, qu'elle soumettra cette mesure aux sénateurs, dans le cadre de l'examen du projet de loi biodiversité, qui reprend le 19 janvier.

Conditionner les AMM à la fourniture de preuves d'absence de risque

L'Anses préconise également de porter une attention particulière aux cultures qui succèderont à celles issues de semences traitées ou ayant subi un traitement. "Des incertitudes demeurent concernant les niveaux de résidus pouvant persister dans les sols et donc exposer les abeilles lors des floraisons suivantes (traitement en pulvérisation après floraison sur vergers et vignes, choix des cultures succédant aux cultures dont les semences ont été traitées, ...)", souligne l'agence.

Selon elle, le risque d'exposition l'année suivant l'application est élevé, même en se basant sur des hypothèses très conservatrices. L'agence craint que ces substances soient totalement absorbées par les racines des arbres, ce qui conduirait l'année suivante à une disponibilité dans le pollen et le nectar des fleurs. L'Anses souhaite donc que les autorisations de mise sur le marché des préparations concernées ne soient maintenues "qu'à la condition que les titulaires d'AMM fournissent dans un délai d'un an des résultats d'analyses des résidus [mesurés dans les fleurs l'année suivant le traitement] et que ces résultats démontrent l'absence de risques inacceptables pour les abeilles". Ces recommandations seront appliquées, indique la ministre de l'Ecologie dans son communiqué.

Certains usages restent acceptables

L'Anses juge en revanche que certains usages, autres que les traitements de semences et granulés, sont acceptables car présentant de faibles risques pour les pollinisateurs domestiques et sauvages. C'est le cas des cultures sous serre permanentes. Pour les cultures non attractives, pérennes et non pérennes, l'usage des néonicotinoïdes est possible dans certaines conditions, ou lorsque des mesures de gestion sont appliquées pour limiter l'exposition des pollinisateurs. Sur les cultures attractives non pérennes, l'usage présente un faible risque lorsque l'application est réalisée après la floraison ou lorsque les cultures sont récoltées avant floraison, et lorsque les mêmes mesures que précédemment sont appliquées. L'Anses liste, en annexe de son avis, les conditions d'emploi pour chaque culture et produit utilisé.

Enfin, l'Anses souligne qu'"il existe toujours un manque de connaissances concernant l'impact des néonicotinoïdes sur les abeilles". Les études ne sont pas toujours représentatives de la diversité des usages des néonicotinoïdes, note-t-elle. De même, les données obtenues pour les abeilles domestiques sont difficilement transposables aux espèces sauvages.

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