Regroupés au sein du GIEC, les experts internationaux misent sur un réchauffement de la planète de l'ordre de 1 à 6°C d'ici 2050 suivant leurs différentes modélisations. Quelle que soit son ampleur, ce réchauffement climatique risque d'avoir des répercussions inévitables et profondes sur la flore européenne et notamment sur les forêts. Avec 28% de son territoire métropolitain recouvert par ce type de milieu, la France est largement concernée par cette problématique. À l'occasion du Grenelle de l'environnement, la forêt a d'ailleurs été au cœur de nombreux débats en ce qui concerne la biodiversité, l'absorption de carbone ou encore l'énergie. Mais cette forêt risque d'être affectée sous de nombreux aspects par le réchauffement : croissance, santé, régénération. Les risques naturels (érosions des sols, incendies, tempêtes) devraient s'en trouver accrus, en premier lieu dans les forêts méridionales et de montagne.
Face à ces menaces, plusieurs études ont été menées pour mieux comprendre et anticiper les conséquences du changement climatique sur les forêts métropolitaines. Une mission a été confiée par le gouvernement à Bernard Roman-Amat, Directeur délégué du Centre de Nancy d'AgroParisTech-ENGREF, afin de réaliser un état des lieux des connaissances et de proposer un programme d'actions qui permette d'adapter les politiques. Les conclusions de cette mission ont été remises hier à Jean-Louis Borloo, Ministre de l'Écologie du Développement et de l'Aménagement durables et à Michel Barnier, Ministre de l'Agriculture et de la Pêche. Ce rapport identifie cinq chantiers prioritaires notamment en matière de biodiversité, au sujet de laquelle il préconise de préparer l'adaptation de la partie française du réseau Natura 2000 au changement climatique et de mettre en place d'ici la mi-2010 un complément au programme des réserves biologiques intégrales de l'Office Nationale de Forêts (ONF). En complément, le rapport confirme l'importance de disposer avant la fin 2010 d'un test grandeur nature de la « trame verte » évoquée à l'occasion du Grenelle de l'environnement.
Dans le domaine de la gestion des risques, le rapport insiste sur le besoin de renforcer les moyens de surveillance coordonnés par le Département de la Santé des Forêts (risque sanitaire), d'intensifier la restauration des terrains en montagne pour limiter l'érosion et d'étendre géographiquement le déploiement de la politique de prévention des incendies.
Il est également question de soutenir la production ligneuse. Pour cela, le rapport propose d'inciter financièrement au remplacement des peuplements vulnérables et de consacrer au moins 10 % des moyens publics à l'installation de boisements pilotes et ce, dès 2010.
En termes de Recherche-Expérimentation-Développement, le rapport souligne l'importance de renforcer dès 2008 le soutien par l'Agence Nationale pour la Recherche (ANR) des recherches sur le changement climatique et la forêt. Le rapport propose par ailleurs de charger le Groupement d'intérêt public sur la recherche sur les écosystèmes forestiers (GIP ECOFOR) d'une coordination nationale sur ce sujet et de confier à l'Office national des forêts (ONF) le soin d'initier une « recherche action » en forêt publique.
Le rapport s'attache enfin à des propositions en matière de gouvernance publique et suggère de moduler les politiques en fonction des enjeux et donc des grandes zones géographiques. Il insiste en outre sur la nécessaire coordination des deux ministères sur le sujet et propose à cet égard de créer d'ici fin 2008 un site web dédié au plan d'action « forêts et changement climatique» des pouvoirs publics et à son avancement. Le rapport demande par ailleurs l'intégration avant fin 2009 du changement climatique dans les référentiels de certification forestière et enfin de mettre en place une offre de formation pérenne à la gestion de crise pour les décideurs et les acteurs de terrain.
Toutes ces préconisations présentées officiellement hier ont déjà été prises en considération dans les débats qui se sont déroulés à l'occasion des Assises de la Forêt organisées en janvier dernier par le ministère de l'agriculture. Le plan d'action global en faveur de la forêt qui en a découlé intègre donc ces recommandations. Le sénateur Philippe Leroy, président du comité Grenelle « forêt » doit en assurer la mise en œuvre.
F.ROUSSEL
Derniers articles sur la forêt