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Afrique : l'urgence agricole

Le continent africain dépend en partie des importations pour son alimentation. Avec la volatilité des prix, les tensions s'exacerbent. Le développement de l'agriculture devient une priorité mais la question des financements se pose.

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Afrique : l'urgence agricole (© Jean Claude Braun)
Eradiquer la faim dans le monde… Régulièrement ce sujet fait l'objet de belles déclarations des dirigeants de ce monde. Mais des paroles aux actes, il y a un fossé. Selon l'organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), 1,2 milliard de personnes souffraient de la faim en 2009. Un chiffre qui pourrait augmenter si rien n'est fait rapidement.
L'Asie et l'Afrique subsaharienne rassemblent à elles seules près de 90 % des personnes malnutries dans le monde, l'Afrique subsaharienne en compte plus de 200 millions. Dans cette région, la production de blé et de riz ne répond respectivement qu'à 25 % et 52 % des besoins de la population. Vingt-sept pays africains connaissent des problèmes de pénurie d'aliments et ce chiffre risque d'augmenter dans les décennies à venir. Selon la FAO, 36 pays, dont 19 pays africains ou arabes, feront face à une crise alimentaire à l'avenir, affirmant que dans les deux ans à venir, les pays à bas revenus risqueraient de souffrir d'un déficit alimentaire qui pourrait dépasser 40 % des besoins réels.
Le changement climatique, les sécheresses, les inondations ne font qu'accentuer le problème. Pourtant, cette situation n'est pas irrémédiable. Une réorganisation des systèmes agricoles et une volonté affirmée pourraient permettre au continent africain de parvenir à la sécurité alimentaire. L'intensification des systèmes de production, une meilleure gestion des stocks ainsi qu'un changement des politiques d'approvisionnement (en partie fondée aujourd'hui sur les importations) sont nécessaires pour y parvenir. Et il y a urgence ! Les émeutes de la faim de 2008 ont révélé ce que de nombreux observateurs prédisaient. Les tensions s'exacerbent et risquent de s'aggraver dans les années à venir.

Un continent dépendant des importations

''Les émeutes de la faim ont certes révélé des problèmes de pouvoir d'achat, mais elles ont aussi souligné la pauvreté des agriculteurs qui n'ont pas accès aux financements. Les politiques africaines misent aujourd'hui sur l'importation à bas prix des produits agricoles. Il y a eu un choix de limiter l'investissement public à l'agriculture vivrière. Cela représente 4 % des budgets publics en Afrique… De ce fait, l'agriculture africaine est faiblement intensifiée. Pourtant, le Mali par exemple pourrait être autosuffisant et devenir le grenier de l'Afrique de l'Ouest. Pour cela, il faut que les agriculteurs aient une capacité d'investissement'', explique Bernard Bachelier, directeur de la fondation pour l'agriculture et la ruralité dans le monde (FARM), à l'occasion d'une conférence organisée le 1er mars dans le cadre du Salon de l'agriculture.
''Malgré la crise alimentaire, très peu d'Etats ont fait le choix d'investir dans l'agriculture. Pour nourrir les villes, avec la récente chute des prix, ils ont préféré importer plutôt que produire eux-mêmes'', confirme Jean-Yves Grosclaude, directeur technique opérationnel de l'Agence française de développement (AFD).
Les investissements publics sont pourtant nécessaires. Les agriculteurs eux-mêmes ne peuvent pas supporter les coûts de la transition: ''les taux d'investissements sont dissuasifs pour l'agriculture vivrière. Ils dépassent souvent 10 % et vont jusqu'à 20-25 % alors que les taux de rentabilité dépassent rarement 4 %'', analyse Bernard Bachelier.
Selon Tiemoko Sangaré, ministre de l'environnement et de l'assainissement du Mali, les gouvernements africains prennent conscience de cette problématique : ''ils se sont engagés à consacrer 10 % des budgets nationaux à l'agriculture. Au Mali, cet objectif est en cours de réalisation, avec 9 % des budgets en 2010''.
Des expériences prouvent la capacité de l'Afrique à développer son agriculture et à tendre vers l'autosuffisance : ''l'opération riz menée en 2008 par le gouvernement malien a permis d'obtenir une production nationale de riz suffisante. Pourtant, nous avons dû faire face au scepticisme de nos partenaires lorsque nous l'avons lancée, regrette le ministre. Nous envisageons de poursuivre ces expériences en soutenant le maïs et le coton. Nous devons aller vers une intensification de l'agriculture. Nos systèmes de production sont extensibles''.

Un soutien international nécessaire (selon la FAO)

L'agriculture africaine a besoin de soutien et les budgets nationaux ne suffiront pas. La FAO a estimé à 44 milliards par an l'aide mondiale nécessaire pour lutter contre la faim dans le monde. Pourtant, si le changement climatique risque d'aggraver la situation, ''l'enjeu agricole est encore peu audible dans les négociations sur le climat'', analyse Emmanuel Guérin, directeur programme climat de l'Institut du développement durable et des relations internationales (IDDRI).
La question de l'adaptation des systèmes agricoles est pourtant majeure : ''le monde qui va se dessiner dans les 40 - 50 prochaines années va dépendre de deux enjeux : le système énergétique et la gestion des ressources agricoles, alimentaires et forestières. De même que le modèle énergétique occidental ne pourra pas être extrapolable, le modèle alimentaire occidental ne l'est pas'', estime Christian de Perthuis, Conseiller scientifique de la Mission Climat à la Caisse des Dépôts.
L'Afrique, qui est victime plutôt qu'acteur du changement climatique, attendait beaucoup des négociations onusiennes : ''les pays développés continuent à dégrader le climat et nous supportons les conséquences. Il est important qu'il y ait réparation'', estime Tiemoko Sangaré.
Les outils développés dans le cadre de l'accord de Kyoto n'ont pas eu de réels résultats en Afrique : ''seul 2 % du financement du MDP a bénéficié à l'Afrique, principalement en Afrique du sud, au Maroc et en Egypte, ceux qui en avaient le moins besoin. Les MDP tels qu'ils ont été conçus ne nous permettent pas d'obtenir des ressources. Ils bénéficient en priorité aux grands émergents'', explique le ministre malien.
Les aides internationales ? ''Avec les déficits publics des pays occidentaux, comment transférer de l'argent rapidement vers le Sud ?, questionne Christian de Perthuis pour qui il faut utiliser les mécanismes d'économie du carbone. Avec les quotas de carbone, on peut organiser des transferts vers le Sud. La garantie de Copenhague sur la poursuite de Kyoto n'est pas évidente, c'est pourtant un enjeu essentiel''. La poursuite de Kyoto était d'ailleurs une des exigences des pays africains lors des négociations. ''Il faut un Kyoto renforcé et un rationnement des quotas carbone des pays industrialisés et émergents''.
Pour Jean-Yves Grosclaude : ''l'engagement final de 100 Mds d'ici 2020 doit être associé à un effort du secteur privé. Un rapport de la banque mondiale préconisait d'ailleurs 400 Mds''
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Comme les négociations sur le climat l'ont révélé, les jeux d'influence à l'échelle planétaire évoluent. La coopération Sud Sud se développe, y compris dans le domaine de l'agriculture. Les coopérations de l'Afrique avec la Chine et les pays arabes s'accentuent.

Réactions2 réactions à cet article

 
"L'Europe plume l'Afrique"

"L'Europe plume l'Afrique" est un documentaire passé sur Arte il y a quelques temps déjà et qui explique avec l'exemple du poulet, comment l'industrie européenne du poulet fais "cadeau" des restes de poulets à l'Afrique. Ce "don" a 2 conséquences :
- Les petits producteurs locaux ne sont plus compétitifs et donc abandonnent leurs exploitations
- les industriels se débarrassent de sous produits (j'appellerai même ca des déchets, beaucoup de peau pleine d'antibiotiques) sans avoir à gérer leur coût de destruction.
En temps que "consommacteur" il est préférable de ne plus manger de plats tout prêts au poulet, et de ne plus acheter de poulet premier prix ...
En tant qu'élu Européen il serait préférable de désigner ces sous produits comme déchets et donc d'obliger l'industrie à payer son recyclage (cette histoire me rappelle l'affaire des déchets nucléaires d'EDF stockées à vie en Russie ...)

chocard | 03 mars 2010 à 09h03
 
 
l'Afrique: urgence agricole

Ce cri d'alarme concernant la famine et la malnutrition existent depuis longtemps dans les pays africains notamment.Il me semble que le secteur agricole n'a bénéficié d'aucun programme sérieux susceptible de lancer un réel développement durable . Les pays donateurs comme on les appelle se contentent parfois de saupoudrer des aides d'ailleurs fortement médiatisés dont les résultats sont mitigés.L'impact sur l'autosatisfaction alimentaire ne constitue pas le point cardinal dans ces projets d'aide.C'est vrai que le climat pour certains pays constitue un handicap sérieux . Mais ce climat à toujours sévi de cette façon dans ces régions.Il faut mentionner également que de nombreux pays possédant sous leurs pieds des nappes hydriques importantes susceptibles de permettre de lancer une processus de développement agricole et rural conséquent. C'eest vrai aussi que cela demande des moyens d'investissement et une modification des systèmes de productions traditionnels. Cependant les pays africains sont indépendants depuis les années 1960 et possèdent actuellement un potentiel humain non négligeable Les politiques de production et de développement doivent tenir compte de ces paramètres fondamentaux pour adapter les cultures et les itinéraires techniques en tenant compte également de la nécessité de produire des cultures vivrières en priorité en s'adressant aux cultivars locaux et au savoir faire des populations. D'un autre côté les systèmes agricoles dans les pays développés sont centrés sur le mercantilisme parfois égoïste mais malgré cela l'on constate que ces pays vivent une agriculture caractérisée par une crise aiguë liée paradoxalement à une surproduction . IL faut souligner également que dans certains pays africains on encourage souvent la production des cultures de rente notamment par exemple la culture des arachides, le cacao, ou récemment les espèces destinées à produire biocarburant(Jatropa et autre) . Continuer à parler de lutte contre la faim, la pauvreté, la malnutrition, fixer des échéanciers pour y mettre fin lors des discours tenus dans les grands forums et rencontres internationales n'a pas porté ses fruits. Il faut rechercher une autre stratégie et que les pays en développement se réveille pour se prendre réellement en charge et lancer une politique de développement durable basée sur leur propre énergie, leur propre ressource et celui de leur potentiels humains qui ont prouvé leur compétence sous d'autres cieux. Il ne faut pas s'attendre à des aides qui ne constituent que des palliatifs parfois démobilisateurs . Une bonne gouvernance est indispensable pour ces pays et une vision moins égoïsme pour les pays développés et c'est par une synergie réaliste et un pragmatique que l'on pourrait créer cette solidarité basée sur l'intérêt mutuel sans paternalisme ni hégémonie. Plusieurs générations sont passées et nous sommes sur le même stade point , pire encore puisque la croissance démographique, les affres de la desertification et aujourd'hui encore l'on parle du changement climatique un autre facteur ont aggravé la nature des actions à mener et réduit les potentialités en sol et en eau

baco | 04 mars 2010 à 21h02
 
 

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