Actu-Environnement - L'actualité professionnelle du secteur de l'environnement
RSS
 
 

L'agriculture de demain se devra d'être innovante

AGRICULTURE - Actu-Environnement.com - 20/01/2010
 
Innover, tel a été le maître-mot du colloque annuel du réseau FARRE organisé hier. Innovation dans la technique, dans l'organisation territoriale et innovation culturelle pour les agriculteurs mais aussi l'ensemble de la société.
 
Agrandir la police Réduire la police Imprimer l'article Recommander l'article : envoyer par email Réagir à l'article S'abonner à la Newsletter S'abonner au flux RSS
© Grischa Georgiew

Au cœur d'enjeux environnementaux, sanitaires et économiques l'agriculture française est appelée à évoluer. Les défis sont nombreux : réduire les impacts environnementaux, produire des aliments de qualité et maintenir le revenu des agriculteurs. Alors que la France réfléchit à une nouvelle loi agricole (Loi de modernisation agricole) et s'apprête à entamer les négociations européennes sur la prochaine Politique Agricole Commune, l'association interprofessionnelle Forum de l'agriculture raisonnée respectueuse de l'environnement (FARRE) a dédié son colloque annuel à l'innovation estimant que c'est par cette voie que l'agriculture saura prendre le virage qui s'impose.

Évolution des pratiques culturales

Pour de nombreux acteurs, l'innovation agricole sera avant tout technique : nouveaux matériels, nouvelles variétés culturales ou nouvelles méthodes agronomiques. ''L'agronomie a déjà permis d'innover sur les rendements et la qualité des cultures, et a encore beaucoup de progrès à faire. Nous ne savons toujours pas comment fonctionne une plante malade par exemple'', a expliqué Jean Boiffin, président de l'Association française d'agronomie. Le Groupement National Interprofessionnel des Semences et plants (GNIS) plaide pour sa part en faveur de la conservation des ressources génétiques afin d'identifier et d'utiliser des variétés respectueuses de l'environnement ou capable de faire face au changement climatique. Pour Jean-Paul Bordes, chef du département actions régionales de l'institut du végétal Arvalis, la solution sera dans tous les cas multiple et combinera l'ensemble des moyens disponibles : ''pour progresser nous serons obligés de combiner plusieurs techniques qui au final s'avèrent aussi efficaces que l'utilisation de produits phytosanitaires. Le temps du principe un problème/une solution est révolu''.
Le temps du principe un problème/une solution est révolu - Jean-Paul Bordes
Benoît Collard, agriculteur adhérent du réseau Farre dans la Marne a commencé à mettre en pratique ce principe sur des petites parcelles de son exploitation depuis 2005. Son ambition : utiliser des techniques alternatives à l'utilisation de produits chimiques tout en maintenant sa marge brute à l'hectare. L'agriculteur s'est inspiré de ses collègues de l'agriculture biologique en privilégiant la prévention, le désherbage mécanique, l'utilisation de variétés tolérantes aux maladies ou encore le retard de semis tout en ne s'interdisant pas l'utilisation de produits chimiques en cas de besoin. Après trois ans, les résultats sont très prometteurs pour certaines cultures comme l'orge et la betterave pour lesquels la fréquence de traitement et la quantité de matière active déposée ont été réduites jusqu'à 75% tout en maintenant le rendement de la parcelle. Pour lui il est donc évident que les objectifs du plan Ecophyto 2018 sont atteignables. Mais ce ne sera pas sans efforts. Benoît Collard a été confronté à de nouvelles contraintes avec ce système de culture : investissements dans de nouveaux matériels, besoin de plus de main-d’œuvre, dépendance accrue à la météo… Par ailleurs, pour certaines cultures comme le blé tout n'est pas encore au point : ''parfois les pesticides restent la seule solution'', constate l'agriculteur marnais qui malgré tout reste confiant : ''les butoirs d'aujourd'hui vont être levés dans les prochaines années''.

Réorganisation territoriale

Ces évolutions au niveau des exploitations agricoles devront également se faire sentir au niveau des territoires. Gilles Lemaire, président du Conseil scientifique du Farre, estime que l'activité humaine n'a pas toujours été synonyme de réduction de la biodiversité et évoque l'agriculture d'avant-guerre constituée d'une mosaïque de petites exploitations. Selon lui, il est donc essentiel que l'agriculture réintroduise de la diversité à toutes les échelles : diversité des cultures, des activités au sein des exploitations mais aussi des territoires. ''Il n'est pas normal que les élevages soient concentrés sur certains territoires et s'approvisionnent en fourrage à des centaines de kilomètres'', estime-il. D'ailleurs l'expertise collective de l'Inra ''Agriculture et biodiversité'' a démontré que la simplification des paysages avait eu encore plus d'impacts négatifs sur la biodiversité que l'intensification des pratiques au niveau des parcelles. ''Au niveau des territoires, la diversité nécessitera des modes d’organisation et de gouvernance nouvelles qu’il s’agit d’inventer'', explique Gilles Lemaire.

Innovation culturelle pour tous les acteurs de la société

Mais l'innovation agricole sera sans doute moins technique que culturelle et sociale. La mise en œuvre de nouvelles pratiques signifie changer de méthode de travail, de référence, de regard : ''un champ cultivé en culture intégrée est moins ''propre'' qu'un champ classique où aucune herbe ne dépasse ce qui bouleverse les préjugés des agriculteurs qui viennent nous visiter'', témoigne Benoît Collard. ''Il va falloir s'habituer à revoir quelques coquelicots dans nos champs'', prévient-il.
La vision des relations agriculture-biodiversité devra également évoluer vers une reconnaissance accrue des services rendus par la nature envers la société et envers l'agriculture notamment via une évaluation économique.
L'innovation culturelle sera également nécessaire à l'échelle de la société et des politiques. ''L'innovation implique des actions de fond sur le long terme donc il faudra une continuité dans l'appui et le soutien'', recommande Frank Aggeri, professeur à Mines ParisTech. Cela inclut-il une adhésion aux cultures d'organismes génétiquement modifiés (OGM) ? La question reste ouverte puisque du côté des semenciers on s'inquiète de la réaction de la société face à l'innovation, vue la capacité de mobilisation des associations de consommateurs ou de protection de l'environnement. François Burgaud du GNIS s'appuie par exemple sur le débat sur les OGM pour évoquer ''la frilosité de la société face à l'innovation''. Mais où se situe la frontière entre frilosité et prudence ?

Florence Roussel

 Derniers articles sur l'agriculture

© Tous droits réservés Actu-Environnement
Reproduction interdite sauf accord de l'Éditeur ou établissement d'un lien préformaté [9418] / utilisation du flux d'actualité.
 
Réactions à cet article
 
Demain l' Agriculture sera innovante???
 
 
des discours, des promesses non tenues, des ...
 
 
la récup du bio ... (1 réponse)
 
 
et les méthodes culturales????
 
Ajoutez votre réaction
 Votre réaction 
Pseudo : 
Mémoriser mes paramètres
 
Email * : 
Je souhaite recevoir les réponses directement dans ma boite mail
 
Titre : 
Message : 
 
Smiley's :                  
* : Votre adresse e-mail ne sera pas affichée sur le site ni intégrée à des fichiers revendus. Nous la demandons afin de limiter les abus.
 
En participant au forum, vous vous engagez à respecter la charte de bonne conduite.
Tout propos insultant, réducteur, irrespectueux, ou contraire à la loi est interdit.
Les messages visant à assurer l'autopromotion ou la publicité d'une marque, d'un produit ou d'un service seront systématiquement supprimés, au même titre que les liens Internet.
 
Pour éviter les soumissions automatiques des robots, merci d'effectuer ce petit calcul : 5 3 =
En savoir plus…
Sur le même thème :

Vers une meilleure prise en compte de la biodiversité dans les pratiques agricoles - 18/01/2010

Projet de loi de modernisation de l'agriculture : FNE dénonce de ''graves lacunes'' - 13/01/2010

Quand l'économie se penche sur la biodiversité - 07/01/2010

Optimiser la performance énergétique des exploitations agricoles - 09/12/2009

Les AMAP se structurent pour mieux se développer - 16/11/2009

Les enjeux de l'agriculture de demain - 09/07/2009



Aller plus loin...
Agriculture dans son nouveau rôle (L')

Formation sur le thème
Le développement durable : sa mise en oeuvre en agriculture
Ce qu'il faut savoir de la P.A.C.

Offre d'emploi sur le thème
Animateur/conseiller technique de lutte contre ruissellements et érosion agricoles H/F
Agronomist / technical advisor h/f
Chargé de programme agriculture H/F
Toutes les annnonces "Agriculture durable"