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| © Grischa Georgiew
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Au cœur d'enjeux environnementaux, sanitaires et économiques l'agriculture française est appelée à évoluer. Les défis sont nombreux : réduire les impacts environnementaux, produire des aliments de qualité et maintenir le revenu des agriculteurs. Alors que la France réfléchit à une nouvelle loi agricole (Loi de modernisation agricole) et s'apprête à entamer les négociations européennes sur la prochaine Politique Agricole Commune, l'association interprofessionnelle Forum de l'agriculture raisonnée respectueuse de l'environnement (FARRE) a dédié son colloque annuel à l'innovation estimant que c'est par cette voie que l'agriculture saura prendre le virage qui s'impose.
Évolution des pratiques culturales
Pour de nombreux acteurs, l'innovation agricole sera avant tout technique : nouveaux matériels, nouvelles variétés culturales ou nouvelles méthodes agronomiques.
''L'agronomie a déjà permis d'innover sur les rendements et la qualité des cultures, et a encore beaucoup de progrès à faire. Nous ne savons toujours pas comment fonctionne une plante malade par exemple'', a expliqué Jean Boiffin, président de l'Association française d'agronomie. Le Groupement National Interprofessionnel des Semences et plants (GNIS) plaide pour sa part en faveur de la conservation des ressources génétiques afin d'identifier et d'utiliser des variétés respectueuses de l'environnement ou capable de faire face au changement climatique. Pour Jean-Paul Bordes, chef du département actions régionales de l'institut du végétal Arvalis, la solution sera dans tous les cas multiple et combinera l'ensemble des moyens disponibles :
''pour progresser nous serons obligés de combiner plusieurs techniques qui au final s'avèrent aussi efficaces que l'utilisation de produits phytosanitaires. Le temps du principe un problème/une solution est révolu''.
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Le temps du principe un problème/une solution est révolu - Jean-Paul Bordes
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Benoît Collard, agriculteur adhérent du réseau Farre dans la Marne a commencé à mettre en pratique ce principe sur des petites parcelles de son exploitation depuis 2005. Son ambition : utiliser des techniques alternatives à l'utilisation de produits chimiques tout en maintenant sa marge brute à l'hectare. L'agriculteur s'est inspiré de ses collègues de l'agriculture biologique en privilégiant la prévention, le désherbage mécanique, l'utilisation de variétés tolérantes aux maladies ou encore le retard de semis tout en ne s'interdisant pas l'utilisation de produits chimiques en cas de besoin. Après trois ans, les résultats sont très prometteurs pour certaines cultures comme l'orge et la betterave pour lesquels la fréquence de traitement et la quantité de matière active déposée ont été réduites jusqu'à 75% tout en maintenant le rendement de la parcelle. Pour lui il est donc évident que les objectifs du plan Ecophyto 2018 sont atteignables. Mais ce ne sera pas sans efforts. Benoît Collard a été confronté à de nouvelles contraintes avec ce système de culture : investissements dans de nouveaux matériels, besoin de plus de main-d’œuvre, dépendance accrue à la météo… Par ailleurs, pour certaines cultures comme le blé tout n'est pas encore au point :
''parfois les pesticides restent la seule solution'', constate l'agriculteur marnais qui malgré tout reste confiant :
''les butoirs d'aujourd'hui vont être levés dans les prochaines années''.
Réorganisation territoriale
Ces évolutions au niveau des exploitations agricoles devront également se faire sentir au niveau des territoires. Gilles Lemaire, président du Conseil scientifique du Farre, estime que l'activité humaine n'a pas toujours été synonyme de réduction de la biodiversité et évoque l'agriculture d'avant-guerre constituée d'une mosaïque de petites exploitations. Selon lui, il est donc essentiel que l'agriculture réintroduise de la diversité à toutes les échelles : diversité des cultures, des activités au sein des exploitations mais aussi des territoires.
''Il n'est pas normal que les élevages soient concentrés sur certains territoires et s'approvisionnent en fourrage à des centaines de kilomètres'', estime-il. D'ailleurs l'expertise collective de l'Inra ''Agriculture et biodiversité'' a démontré que la simplification des paysages avait eu encore plus d'impacts négatifs sur la biodiversité que l'intensification des pratiques au niveau des parcelles.
''Au niveau des territoires, la diversité nécessitera des modes d’organisation et de gouvernance nouvelles qu’il s’agit d’inventer'', explique Gilles Lemaire.
Innovation culturelle pour tous les acteurs de la société
Mais l'innovation agricole sera sans doute moins technique que culturelle et sociale. La mise en œuvre de nouvelles pratiques signifie changer de méthode de travail, de référence, de regard :
''un champ cultivé en culture intégrée est moins ''propre'' qu'un champ classique où aucune herbe ne dépasse ce qui bouleverse les préjugés des agriculteurs qui viennent nous visiter'', témoigne Benoît Collard.
''Il va falloir s'habituer à revoir quelques coquelicots dans nos champs'', prévient-il.
La vision des relations agriculture-biodiversité devra également évoluer vers une reconnaissance accrue des services rendus par la nature envers la société et envers l'agriculture notamment via une évaluation économique.
L'innovation culturelle sera également nécessaire à l'échelle de la société et des politiques.
''L'innovation implique des actions de fond sur le long terme donc il faudra une continuité dans l'appui et le soutien'', recommande Frank Aggeri, professeur à Mines ParisTech. Cela inclut-il une adhésion aux cultures d'organismes génétiquement modifiés (OGM) ? La question reste ouverte puisque du côté des semenciers on s'inquiète de la réaction de la société face à l'innovation, vue la capacité de mobilisation des associations de consommateurs ou de protection de l'environnement. François Burgaud du GNIS s'appuie par exemple sur le débat sur les OGM pour évoquer
''la frilosité de la société face à l'innovation''. Mais où se situe la frontière entre frilosité et prudence ?
Florence Roussel
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