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Agrocarburants : Jean-Louis Bal décrypte la synthèse de l'ADEME

La publication de la synthèse du rapport de l'ADEME sur l'analyse de cycle de vie des agrocarburants de première génération a relancé les débats sur ce sujet. Jean-Louis Bal, directeur des ENR de l'ADEME, nous livre son analyse.

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Agrocarburants : Jean-Louis Bal décrypte la synthèse de l'ADEME (© Karl Naundorf)
La publication du rapport de l'ADEME présentant un bilan environnemental des différentes filières d'agrocarburants de première génération développées en France a suscité de nombreuses réactions, positives comme négatives. Alors que les associations environnementales dénoncent ce rapport favorable aux agrocarburants, les professionnels du ''carburant vert'' se félicitent des conclusions de cette étude. Pour Proléa, la filière française des huiles et protéines végétales, ''ces résultats satisfont pleinement aux critères de durabilité définis par la directive énergies renouvelables (ENR) de la Commission Européenne, qui imposent au biodiesel de réduire d'au moins 35 % les émissions de CO2 par rapport à un carburant traditionnel, taux qui sera porté à 50 % en 2017.'' Les associations environnementales, de leur côté, dénoncent les chiffres utilisés pour cette étude et les conclusions qu'en a tiré l'ADEME.
Jean-Louis Bal, directeur des énergies renouvelables de l'ADEME, fait le point sur les résultats de ce rapport.

Comparer l'impact environnemental des différentes filières

L'étude de l'ADEME dresse un bilan environnemental ''du champ à la roue'' de toutes les filières d'agrocarburants de première génération utilisées en France. Elle permet de comparer l'impact des filières bioéthanol (betterave, maïs, blé, canne à sucre), des filières biodiesel (colza, tournesol, soja, palme, graisses animales, huiles alimentaires usagées) et des huiles végétales pures à cinq niveaux : émissions de gaz à effet de serre, consommation d'énergie non renouvelable, oxydation photochimique, toxicité humaine et eutrophisation.
''La première conclusion que l'on peut tirer de cette étude est qu'en dehors des changements d'affectation des sols, les biocarburants utilisés en France représentent un intérêt en terme de consommation d'énergie et d'émissions de gaz à effet de serre à des degrés divers. Les esters d'huiles végétales et l'éthanol affichent de bons résultats. Pour l'éthanol sous forme d'ETBE (ndlr : mélangé avec une base pétrolière), le résultat est plus mitigé…'', note Jean-Louis Bal.
L'ETBE est pourtant l'agrocarburant le plus utilisé en France actuellement, mélangé à l'essence SP 95 et SP 98 à hauteur de 15 %. Son développement réside dans le fait qu'il ne nécessite pas d'adaptation du véhicule.
''Les résultats de l'étude nous poussent à accorder une préférence à l'éthanol par incorporation directe.'' Aujourd'hui, cet agrocarburant, très répandu au Brésil et qui nécessite une adaptation spécifique des véhicules, est très peu utilisé en France, même si l'E85 a été introduit sur le marché en 2006.

Changements d'affectation des sols directs et indirects

''Le changement d'affectation des sols peut avoir un effet très négatif sur les émissions de gaz à effet de serre''. Pourtant, l'étude a pris le parti de ne traiter ce point qu'en annexe, d'où les vives critiques des associations environnementales. L'une des grandes problématiques liées aux agrocarburants repose en effet sur la mise en concurrence des différents usages des sols.
''Pour les biocarburants produits à partir de filières françaises ou européennes, il n'y a pas de changement d'affectation des sols direct contrairement aux filières des pays en développement (Brésil, Indonésie…). Nous devons donc accorder une préférence aux biocarburants issus de productions françaises ou européennes. Les changements d'affectation des sols indirects sont en revanche extrêmement difficiles à évaluer. Par exemple, le développement de biocarburant à base d'huile de colza peut entraîner des changements positifs et négatifs. L'huile alimentaire de colza peut être remplacée par l'huile de palme, les effets seront alors négatifs. En revanche, la valorisation des coproduits pour l'alimentation animale peut éviter l'importation de tourteaux de soja, les effets sont alors positifs…''.
Le directeur des ENR de l'ADEME est catégorique : ''si nous ne voulons pas de changements d'affectation des sols indirects de grande ampleur, nous devons maintenir les niveaux actuels de production, ne pas chercher à atteindre 10 % des consommations avec les premières générations.''

Reconsidérer le rôle des agrocarburants

Pour Jean-Louis Bal, la question est beaucoup plus large que ça : ''faire des biocarburants, c'est bien, mais ça ne dispense pas d'autres efforts dans les transports pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Les biocarburants ne constitueraient que 4 % des réductions possibles d'émissions…''.

Réactions3 réactions à cet article

 
Bouger vers 2ème géné ASAP !

Bonjour,
OK, soit, va pour le rapport-bilan de JL.Bal sur les agro-carburants de 1ère génération, mais il n'en ressort pas les conflits avec les aspects et besoins vivriers, d'où renchérissement artificiel de certaines ressources, en particulier maïs et blé. Les autres se trouvant soit en excédent (sucre de betterave et de canne transformé en agro-éthanol, OK), soit assez facilement remplaçable (colza, tournesol,..), Ok de les garder.
Néanmoins, il faudrait dès à présent une prise de conscience sérieuse et concrète dans les actes des professionnels des ''carburants verts'' de 2ème génération: biomasse terrestre (bois, déchets solides et liquides ad hoc dont lisier...) et biomasse alguale pour faire du BtL, jatropha en terrains semi-arides dans nos DOM-TOM, autres pistes à creuser....
C'est ça l'enjeu à traiter maintenant, ne pas s'attarder sur ceux de 1ère génération à abandonner ou ne garder qu'en cas d'excédents ( blé, maïs,..)...YA+KA !
A+ Salutations Guydegif(91)

Guydegif(91) | 15 octobre 2009 à 09h32
 
 
Paradoxe

Bonjour à tous,
N'est-il pas paradoxale de cultiver des plantes pour nourrir nos véhicules alors qu'il y a tant de famine dans le monde ?
Devra-t-on continuer d'affamer les pays pauvres pour notre confort en supprimant la culture traditionnelle au profit d'un soi-disant "bio" carburant ?
Salutations.

kali63 | 16 octobre 2009 à 09h43
 
 
les NECROCARBURANTS

vouloir mettre du végétal dans nos réservoirs à carburants est un crime contre l'humanité. Déjà que le bilan carbone de cette activité est très mauvais ...entre la culture qui nécessite des pesticides, le transport et la transformation en nécrocarburant...
En plus, 65 % des terres cultivées sont destinées à l'alimentation du bétail ...que reste-t-il pour NOUS les êtres humains comme surface cultivée pour nous nourrir ? A force de toujours vouloir faire du fric, nos dirigeants ne trouveront plus personne pour cultiver les terres, elles seront mortes de FAIM.
La solution est toute simple : manger moins de viande et moins se déplacer.

remifasol57 | 21 octobre 2009 à 14h32
 
 

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