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Alternatives à Notre-Dame-des-Landes : garder l'actuel aéroport de Nantes est-il crédible ?

L'Atelier Citoyen, réseau de citoyens-experts, démontre la possibilité de redéployer le trafic aérien du Grand Ouest vers les infrastructures existantes. Bruit, développement économique, continuité écologique, tous les enjeux ont été passés en revue.

Aménagement  |    |  Agnès SinaïActu-Environnement.com

Dans le contexte mouvementé des mobilisations des dernières semaines, Ségolène Royal a commandité une étude auprès du Conseil général de l'environnement et du développement durable (CGEDD), le 13 janvier 2016, afin de faire l'inventaire des alternatives à la construction du nouvel aéroport de Nantes, prévu à Notre-Dame-des-Landes, sur un périmètre de 2.000 hectares, au milieu de marais et de haies bocagères aujourd'hui intactes.

Ce rapport, qui devra être remis à la ministre le 31 mars 2016, fera état des avantages et inconvénients des différentes options envisagées pour la région nantaise : construire un nouvel aéroport ou redéployer le trafic vers les infrastructures existantes. Quels sont la méthode et le périmètre de cette étude ? Quelles sont les personnes ressources, les associations, les institutions sollicitées ? Pour l'heure, le CGEDD n'est pas habilité à s'exprimer sur un rapport en cours. Quant aux services de communication du ministère de l'Environnement et ceux de la Dreal Pays-de-la-Loire, ils n'ont pas donné suite à nos questions.

Quoiqu'il en soit, les services de la ministre devront évaluer les impacts techniques des projets, à savoir leur capacité à répondre à la hausse présumée du trafic aérien. Il s'agira de récapituler leurs conséquences environnementales, tant sur les milieux naturels qu'en termes de nuisances sonores. L'étude devra aussi envisager le développement des aéroports existants – Rennes-Saint-Jacques, Angers, Nantes-Atlantique, Saint-Nazaire – comme alternative potentielle à la construction du nouvel aéroport.

Une contre-expertise pluridisciplinaire

L'Atelier Citoyen pour l'optimisation de l'aéroport de Nantes-Atlantique a engagé des recherches sérieuses sur la question. Rassemblant plus de 120 personnes, ce réseau mobilise architectes, étudiants en Master, ingénieurs d'Aéroports de Paris, urbanistes, anciens pilotes de ligne, paysagistes. Il mène depuis deux ans une expertise citoyenne et bénévole afin de proposer des alternatives à la construction de l'aérogare de Notre-Dame-des-Landes."Il s'agit de réagir aux mensonges ressassés depuis des années et de développer une contre-expertise, nombre de personnes sont indignées", résume l'architecte Ivan Fouquet, qui a participé à ces travaux.

L'Atelier s'est surtout évertué à prouver que l'aéroport actuel de Nantes-Atlantique peut être optimisé pour répondre aux enjeux de demain et que la construction d'une nouvelle infrastructure est inutile. L'aéroport de Genève, tout comme celui de Nice, sont d'une taille comparable à l'aéroport actuel de Nantes, mais accueillent un nombre plus élevé de passagers. Pourquoi, dans ces conditions de capacité, vouloir construire un nouvel aéroport ? "La longueur de la piste de Nantes Atlantique (2.900m) est la même que celle prévue à Notre-Dame-des-Landes. Cette longueur est comparable à la piste la plus longue de l'aéroport de Nice de 2.960 mètres, la surface de l'aéroport de Nice est de 370 ha pour 12 millions de passagers. A Notre-Dame-des-Landes, il n'est prévu, selon le contrat de Vinci, d'allonger la piste qu'en 2052 (quid du pétrole pour faire de bitume et du kérosène en 2052?)", s'étonne Ivan Fouquet.

L'obsolescence programmée de Nantes-Atlantique

Les auteurs du contre-projet proposent trois objectifs : valoriser le patrimoine existant ; améliorer le confort des visiteurs dans leur parcours au sein de l'aéroport ; adapter l'aéroport aux besoins de demain. Ils s'étonnent qu'"à l'heure où le mot « recyclage» est remplacé par « économie circulaire », et alors que la France vient d'adopter une loi contre le « délit d'obsolescence programmée », la stratégie des porteurs du projet de Notre-Dame-des-Landes consiste visiblement à laisser l'aéroport existant se délabrer, se congestionner, devenir inadapté, pour montrer la nécessité d'un nouvel équipement".

A travers une série de notes techniques, l'Atelier démontre que l'aéroport existant de Nantes-Atlantique pourrait être redimensionné sur sa superficie actuelle pour répondre à un trafic en hausse. Aux riverains et habitants de Nantes qui souffrent de nuisances sonores, la note sur le bruit répond qu'il est possible pour les avions de ne pas survoler la ville à l'atterrissage. En outre, il faut prendre en compte le progrès technique des nouveaux appareils. Les pilotes de l'Atelier ont également démontré et chiffré la possibilité de mettre en place des instruments pour optimiser les approches, fluidifier le trafic et limiter les gênes visuelles et sonores, les émissions de GES et les risques.

Avantages d'une restructuration de l'aéroport actuel

L'architecte Ivan Fouquet a contribué au cahier "aérogare". Il estime que "le tissu économique très riche qui entoure Nantes-Atlantique est lié à l'existence de l'aéroport existant et pourrait être densifié et dynamisé par sa modernisation. Les travaux de l'Atelier Citoyen montrent que l'on peut agrandir et aménager l'aéroport existant, en travaillant le redéploiement des services, des commerces, de la circulation des passagers. Tout en restant dans l'emprise de l'aéroport actuel, qui est de 315 hectares, à comparer aux 2.000 hectares du futur aéroport du Grand Ouest ".

S'appuyant sur le projet de Vinci pour Notre-Dame-des-Landes jusqu'en 2052, le groupe de travail qui a élaboré le cahier aérogare montre qu'un projet similaire est possible sur l'emprise foncière de Nantes-Atlantique avec la même organisation et les mêmes surfaces, contrairement à ce qu'en pense la Direction générale de l'aviation civile (DGAC). Selon l'Atelier, la DGAC a surévalué les surfaces nécessaires à l'agrandissement de Nantes-Atlantique par rapport au projet prévu par Vinci pour Notre-Dame-des-Landes. Dans son étude de 2013, l'Administration prévoit en effet de multiplier par quatre la surface existante de l'aérogare à l'horizon de 9 millions de passagers, avec une surface de 59.000 m² soit une surface supérieure de 18.100 m² (44%) à celle prévue à Notre-Dame-des-Landes pour la même capacité de passagers.

"La première tendance consiste à valoriser les vastes espaces en friches, espaces agricoles et naturels, forêts et lac, zone Natura 2000 et à les aménager en zones de détente, parc, zones de loisirs. Ces espaces sont largement préservés de l'urbanisation par les contraintes aéronautiques et la réglementation sur le bruit qui environnent l'aéroport", estime l'étude 'aérogare', qui propose de connecter les zones vertes et bleues, d'y aménager des chemins pédestres, cyclables, équestres, des centres de loisirs…

Au moins trois fois plus d'énergie grise

L'Atelier Citoyen souligne que le maintien de cette aérogare (mais aussi celui de la piste et des équipements techniques) permet des économies non négligeables tant financières qu'écologiques. A partir d'un état des lieux des mesures d'optimisation énergétique prises dans les autres aéroports français ces dernières années, l'étude conclut que l'isolation de l'enveloppe, la rénovation énergétique du bâtiment et des systèmes, la mise en place d'une gestion centralisée et d'une production d'énergie renouvelable, en résumé un travail approfondi sur l'usage de l'énergie permettrait de réduire de 30 à 40% les consommations énergétiques actuelles pour s'approcher de celles prévisibles pour NDDL. Une chaufferie biomasse paraît être une solution bien adaptée à la rénovation de l'aérogare. Eclairage LED en priorité dans les commerces, mise à profit de la verrière en toiture existante pour assurer une ventilation naturelle nocturne sont autant de possibilités. Les éventuelles rénovations des toitures existantes seront également l'occasion d'étudier la pertinence d'une installation photovoltaïque.

Le gain financier a été étudié par le groupe de travail "Finances" de l'Atelier Citoyen. L'économie en termes d'énergie grise et de bilan carbone est également démontrée. L'étude "aérogare" conclut que l'énergie grise pour la construction de Notre-Dame-des-Landes est trois à quatre fois plus importante que celle nécessaire à la rénovation de Nantes-Atlantique. Les calculs exprimés en émissions de CO2 montrent que la construction de la seule aérogare de Notre-Dame-des-Landes correspond à plus de 100 ans de ses consommations énergétiques et la rénovation de Nantes-Atlantique à environ 28 ans. Sans compter les pistes, les bâtiments autres que l'aérogare (tour de contrôle, parking avions), aires de stationnement, accès routiers et ferroviaires : "Nous n'avons pas cherché à évaluer le bilan énergie grise du nouvel aéroport à cette plus grande échelle, mais il est évident que toutes ces infrastructures qui ne sont pas nécessaires (ou dans une bien moindre mesure) en cas de rénovation de l'aéroport Nantes-Atlantique, pénalisent fortement le bilan global de Notre-Dame-des-Landes".

Réactions1 réaction à cet article

 

Bravo et merci pour cet excellent travail

S'il y a dédit pour Vinci, il faudrait le faire financer
par nos irresponsables parlementaires et pas par leurs victimes contribuables.

Vraiment et de plus en plus « Qui trouve nos organisations et pratiques sociétales, en particulier sur le plan politique et économique, globalement rationnelles et louables ne l'est guère »

Sagecol | 08 mars 2016 à 05h03
 
 

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