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L'ONU et l'Unesco lancent l'année internationale de la biodiversité pour tirer la sonnette d'alarme

Quelque 250 participants venus de tous les continents se sont réunis à Paris au siège de l'Unesco, du 25 au 29 janvier, afin de présenter les dernières avancées scientifiques en matière de biodiversité et leurs implications sur les décisions politiques, encore largement inadéquates.

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L'ONU et l'Unesco lancent l'année internationale de la biodiversité pour tirer la sonnette d'alarme (© Jacques Palut)
L'accélération de la disparition de la diversité biologique sur Terre est constatée depuis le début du XXème siècle, mais le public et les politiques n'ont commencé à en prendre conscience que dans les années soixante-dix. C'est dans les années quatre-vingt dix qu'est apparu le néologisme ''biodiversité''.

La Stratégie mondiale de la conservation, publiée en 1980, jette les bases de la conservation de la nature associée au développement et propose une première définition du développement durable. L'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) souligne alors l'importance de respecter la capacité de charge des écosystèmes, ce qui renvoie à la notion écologique fondamentale de limites de l'environnement, mesurées notamment par l'empreinte écologique. Tous ces principes ont été affinés dans le document Sauver la Planète, stratégie pour l'avenir de la vie, publié en octobre 1991 par le Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE) et le World Wild Fund for Nature (WWF). C'est dans ce document qu'est approfondie la définition du développement durable, mise en rapport avec la capacité de charge et les limites de la biosphère, dans le cadre d'une économie ''qui préserve le capital des ressources dont elle dépend''.

La biodiversité ne se réduit pas à la conservation

Publiée en 1992 par le World Resources Institute, l'Union mondiale pour la nature et le Programme des Nations unies pour l'environnement, la Global Biodiversity Strategy introduit une évolution majeure dans la philosophie dominante des milieux dédiés à la protection de la nature : elle souligne que la conservation de la biodiversité ne se réduit pas à la protection d'espèces sauvages dans des réserves naturelles, mais qu'elle consiste aussi et surtout à sauvegarder l'intégrité des grands écosystèmes de la planète, appréhendés comme conditions de la vie sur Terre. La diversité des cultures humaines, des représentations, des imaginaires est indissociable de la diversité biologique. La biodiversité désigne une politique de la coexistence des êtres vivants sur une planète aux ressources limitées.

Selon Robert Kasisi, de l'Ecole d'architecture du Paysage de Montréal, ''biodiversité est un terme qui ne passe pas dans le public. L'approche par la conservation ne tient pas compte de la diversité culturelle des visions du monde''. Comme l'écrivait l'anthropologue Philippe Descola, il y a bien une pluralité des intelligences de la nature. Pour l'éleveur, la forêt, c'est l'obstacle. Pour un Occidental, une table en bois est un objet de décoration. Pour une nomade du Sahel, elle sert à faire du bois de feu. La biodiversité ne se limite donc pas à un inventaire du nombre d'espèces présentes sur la Terre, mais désigne une pluralité d'usages. Ainsi les contes et les chansons Pygmées permettent de comprendre les relations avec la faune en République du Congo.

Les écologues affinent la notion de diversité biologique en fonction des niveaux d'organisation du vivant : la diversité génétique désigne la diversité des gènes déterminant les différences entre individus d'une même espèce ; la diversité spécifique correspond à la diversité des espèces proprement dite ; la diversité écosystémique désigne la diversité des systèmes biologiques sur la Terre, au sein desquels se développent des combinaisons plus ou moins complexes d'espèces végétales et animales, en fonction des facteurs prépondérants caractérisant les milieux physiques : le climat (température, lumière, hygrométrie) et les sols. Chaque niveau de biodiversité influence les autres niveaux et subit leurs variations en retour. La sauvegarde de la biodiversité se joue donc à plusieurs échelles, locales et globales. L'initiative japonaise Satoyama (Satoyama Initiative) expérimente dans les banlieues de Tokyo la création de ''paysages socio-écologiques''. Cette approche à échelle humaine s'inspire de traditions ancestrales qui utilisent les ressources naturelles dans les limites de la capacité de charge du terrain et en boucle cyclique.

L'évaluation des services écosystémiques comme argument politique

La valeur des services rendus par les écosystèmes est désormais l'argument clé pour rallier entreprises et Etats à des stratégies de développement qui anticipent la détérioration des ressources naturelles comme un manque à gagner pour les agents économiques. Dès 1997, l'économiste Robert Costanza et son équipe ont évalué à quelque 33.000 milliards de dollars par an (estimation minimale) la totalité des services rendus à l'humanité par les écosystèmes de la planète1. Cette estimation démontre que la valeur du capital naturel est supérieure au PIB mondial annuel, de l'ordre de 18.000 milliards de dollars par an. Divisés par six milliards d'individus, ces 33.000 milliards offrent environ 5.500 dollars par personne et par an de services offerts par la nature. Cela n'est pas cher pour ces services vitaux ''rendus'' par les écosystèmes, comme la régulation de la composition de l'atmosphère, du climat, de l'eau, la capacité de résilience, l'offre de ressources en eau, le contrôle de l'érosion, la formation des sols, le recyclage des nutriments, le traitement des déchets, la pollinisation, le contrôle biologique, l'habitat des espèces, la production de nourriture, de matériaux bruts, de ressources génétiques, de divertissement et de support de culture.

Publié en 2005, le Millenium Ecosystem Assessment croise l'approche économique de Robert Costanza avec l'observation fine des services rendus par des biorégions emblématiques. Menée sur quatre ans par quelque 1.360 naturalistes et scientifiques de 95 pays, cette vaste étude, rédigée par plus de 2.000 auteurs, fournit un diagnostic sans précédent et dresse un état des lieux des services rendus à l'humanité par ces écosystèmes. Elle démontre que les services que la biodiversité fournit sont la base du bien-être humain. Et que le maintien en bon état des écosystèmes est à la base de la sécurité des personnes, de la cohésion sociale et du respect de l'autre. Le Millenium Ecosystem Assessment tente de convaincre les industriels qu'à terme ils gagneront à maintenir les écosystèmes plutôt que de les exploiter à outrance.

L'influence du Millenium Ecosystem Assessment reste limitée, même si des initiatives voient le jour : l'Australie a évalué la pollinisation à 1,3 milliards de dollars, la compagnie de l'eau de la ville de New York a su protéger la biodiversité en amont des captages dans les Catskills, ce qui lui a permis d'éviter six milliards de dollars d'investissements. En Equateur, une négociation a été possible pour limiter l'impact des industries minières dans des zones protégées. Pour impliquer davantage encore les décideurs économiques, un rapport de plus a été commandé par l'IUCN et par la Commission européenne à l'économiste indien Pavan Sukhdev, sur les effets économiques de la perte de biodiversité. Ce rapport est à la biodiversité ce que le rapport Stern a été au climat. Sa version finale sera livrée lors de la COP 10 à Nagoya, au Japon, en octobre prochain.

Ni la décision politique, ni le comportement des agents économiques ne sont aujourd'hui guidés par la conscience de la valeur intrinsèque de la nature, constatent la plupart des participants à la conférence de l'Unesco. L'objectif lancé par la Convention sur la diversité biologique (1992) d'inverser les tendances actuelles de sa perte à l'horizon 2010 n'a pas été atteint. Il devrait être renouvelé par un objectif « 2x20 » (réduire de 20% la dégradation des écosystèmes d'ici à 2020). La COP 10 aura surtout la lourde charge d'impliquer les politiques dans le maintien en bon état des écosystèmes en les convainquant du caractère primordial de cet enjeu encore incompris. ''La biodiversité en général n'est pas une priorité des gouvernements'', se désole Ashok Khosla, président de l'IUCN. ''A qui profitent les écosystèmes ? Combien valent-ils ? Il y a encore du travail pour convaincre les politiques''. Améliorer la communication entre scientifiques et décideurs sera la mission du très attendu Groupe intergouvernemental sur la biodiversité et les services écosystémiques (Intergovernmental Platform on Biodiversity and Ecosystem Services). Cet IPBES sera à la biodiversité ce que l'IPCC (GIEC) est au climat. Il devrait voir le jour cette année. Selon M. Khosla, dans les cinq prochaines années, l'approche de la biodiversité devrait connaître une refonte totale. La sauvegarde des écosystèmes mobilisera de plus en plus les entités régionales et les pouvoirs décentralisés, en association avec les populations autochtones, qui possèdent une science citoyenne de la biodiversité.

Notes

1 - Robert Costanza et al., « The value of the World’s Ecosystem Services and natural capital », Nature, n° 387, 1997.

Réactions9 réactions à cet article

 
le prix de la terre

Il y a quelque chose que je trouve choquant : pour obtenir des résultats, il est impératif de donner un prix à la nature et aux services qu'elle rend. Si ça ne vaut pas de l'argent, à quoi bon s'en préoccuper?
mais en fait la nature n'a pas de prix, et sa conservation est la condition nécéssaire au maintien de toute vie, y compris humaine bien sûr.
Alors même si ça fait longtemps que l'on sait et que l'on répete que dans notre société, c'est l'argent qui gouverne, notre environnement devrait faire exception et passer avant tout.

alex | 11 février 2010 à 10h48
 
 
la 6ème extinction majeure

Il faut aussi noter que nous vivons en ce moment la 6ème extinction majeure des espèces dans l'histoire de la terre. toutes les précédentes extinctions étaient dues à des catastrophes naturelles de grande ampleur (chutes de météorites, éruptions volcaniques de grande ampleur, ...).
Aujourd'hui rien de tel, mais 'simplement' le développement humain. et le taux d'extinction des espèces est 10 à 100 fois plus important que lors des extinctions passées. (source : Miguel Delibes de Castro - La naturaleza en peligro, probablement traduit en français)
Tout comme les émissions de GES, le changement de régime est ultra brutal. Il est grand temps de réagir.

alex | 11 février 2010 à 11h02
 
 
Compromis

Le facteur economique permet de pleder pour la biodiversite au niveau des gouvernements et au niveau mondial. Cependant cet argument est un compromis car "etiquement parlant" la nature n'est pas un produit de l'homme (mais l'inverse) et donc n'est pas monnayable. L'organisation des societes primitives montrent un rapport beaucoup plus vertueux a la nature, et si l'on sait pertinemment que ceci appartient aux passe de nos societe modernes, on peut esperer garder une sorte de complicite avec elle, c'est a dire la connaitre mieux et en enseigner les elements essentiels (reservee aujourd'hui a une elite ou aux passionnes de la nature) aux generations futures comme le font si merveilleusement et si naturellement les societe primitives ... pour survivre. Ce qui est etranger ne ous interesse pas; et manifestement la nature nous etait devenue etrangere. En voici une preuve: ce mot "biodiversite" est une vulgarisation tardive des principes si evidents et si essentiels qui definissent la nature.
Mais j'accepte le compromis financier, faute de mieux pour le moment.

vgras | 11 février 2010 à 11h34
 
 
Re:Compromis

Ah on est d'accord, c'est la solution la moins pire trouvée pour le moment pour susciter de l'intérêt. Mais que c'est triste.
Par ailleurs j'ai aimé votre argument sur les sociétés primitives. On a beaucoup à apprendre des anciens, que ce soit les individus ou les civilisations.

alex | 11 février 2010 à 13h46
 
 
Re:Compromis

Nôtre société s'est bien détachée de la nature, maintenant on s'en apperçoit. Faut faire un pas en arrière, mais faut pas nier le progrès de nôtre société. Si on nie le progrès, on va degoûter la majorité des gens avec des idées folles ;) La question est comment les réconsilier, je pense: le retour vers la vie naturelle en gardant les bons points du progrès.

Autrement, l'homme deviendra une espèce en extinction ;)

Il y a si peu de gens sensibles à ces questions que vous discutaient. Est-ce que vous penser que des conférences et des postères ça-et-là vont sensibiliser les gens? J'y crois pas ... Il s'agit de changer d'attitude: faire les enfants planter des arbres, faire plusieures sorties dans la nature pour la connaitre et l'aimer, montrer des modes de vie plus naturelles ...

Pour moi la solution est: 1) commencer par sensibiliser les enfants à une vie plus naturelle (responsabilité de l'école, les parents, les organisations éco) et 2) faire un effort coordiné pour infliger moins de dégas à la Nature...

Faut pas oublier que nous ne sommes qu'une espèce qui peut disparaître comme chaque autre ;)

kayzlat | 11 février 2010 à 14h55
 
 
Re:Compromis

Nôtre société s'est bien détachée de la nature, maintenant on s'en apperçoit. Faut faire un pas en arrière, mais faut pas nier le progrès de nôtre société. Si on nie le progrès, on va degoûter la majorité des gens avec des idées folles ;) La question est comment les réconsilier, je pense: le retour vers la vie naturelle en gardant les bons points du progrès.

Autrement, l'homme deviendra une espèce en extinction ;)

Il y a si peu de gens sensibles à ces questions que vous discutaient. Est-ce que vous penser que des conférences et des postères ça-et-là vont sensibiliser les gens? J'y crois pas ... Il s'agit de changer d'attitude: faire les enfants planter des arbres, faire plusieures sorties dans la nature pour la connaitre et l'aimer, montrer des modes de vie plus naturelles ...

Pour moi la solution est: 1) commencer par sensibiliser les enfants à une vie plus naturelle (responsabilité de l'école, les parents, les organisations éco) et 2) faire un effort COORDINé pour infliger moins de dégas à la Nature...

Faut pas oublier que nous ne sommes qu'une espèce qui peut disparaître comme chaque autre ;)

kayzlat | 11 février 2010 à 15h02
 
 
ONU et catastrophisme-le rôle des Elites

L'ONU et ses officines (OMS, GIEC...) nous ont habitué aux grandes causes planétaires, propices à l'instauration d'un Gouvernement Mondial - non "démocratiquement élu". Celui des Technocrates.

Pour mémoire, nous avons eu la grande pandémie mortelle de la Grippe H1N1, orchestrée par l'OMS, par l'ONU, et par les Big Pharmas. Les indices de corruption de l'OMS sont de plus en plus dénoncés.

Nous avons eu (juste avant les vagues de froid et de neige) la grande cérémonie de Copenhague, rameutée par l'ONU et un certains nombre d'élitistes bien pensants (Al Gore) sur le grand réchauffement climatique causé par l'activité humaine...théorie simpliste qui semble de plus en plus battue en brèche par la réalité et par la révélation de pratiques scientifiques douteuses, comme la manipulation des chiffres et des informations alarmistes et fausses comme la fonte totale des glaciers himalayens pour 2035 !

Volià que l'ONU remet le couvert à présent sur la Bio-diversité. Pourquoi pas donc. Mais il faudrait s'attaquer aux véritables causes : les bétonneurs (Bouygues...) et promoteurs de tout poil; les multinationales de l'agriculture (Del Monte, Chiquita...), les firmes derrière les pesticides et les OGM (MONSANTO, BASF...), les firmes minières qui dévastent les paysages (RIO TINTO); le lobby nucléaire (AREVA...), les banques de la spéculation qui ruinent les paysans etc.

Ce ne sont pas les populations indigènes ou les paysans qui détruisent la bio-diversité, mais encore une fois, les Elitistes milliardaires qui sont derrière les banques et les multinationales.

Construire un monde meilleur, ne pourra être envisagé qu'en remontant à la cause racinaire : la tromperie exercée sur l'humanité par des Elitistes corrompus et rapaces, qui veulent en plus nous faire croire que c'est nous, le peuple, les coupables de leurs dégâts ! Nous l'avons vu avec le plan de sauvetage des Banques, qui ont remercié les contribuables en spéculant de plus belle et en menant le monde au bord de l'abime de la faillite généralisée...et elles continuent à nous pousser vers le ravin.

Naullay | 11 février 2010 à 18h25
 
 
a donner à tous les politiques

tres bon article ...:

sabine | 11 février 2010 à 20h30
 
 
perte de bon sens

L'argent permet "beaucoup" et ce beaucoup l'homme en à fait une exploitation illimitée. A tel point que l'on pense que l'eau, l'air, la terre sont des éléments "éternels et gratuits" Ces éléments ne font même pas (plus) partie de nos réflexes de protections de transferts à nos enfants... quel dommage.
Nous vivons dans un monde ou la peur est entretenue par les médias et nous somme en doute permanent sur les informations très souvent suivies de contre informations. Alors on écoute ce qui nous arrange, chacun se replie sur l'urgence et nous passons à coté de l'essentiel, cet essentiel qu'est la nature que l'on finit par remarquer que lorsque la neige, la pluie, le vent, les mouvements de l'écorce terrestre... nous rappellent à l'ordre et là on voudrait que le gouvernement s'occupe du déséquilibre environnemental ! ce n'est comme cela que nous progresserons ! le seul recours positif pour l'environnement nous concerne tous par les efforts journaliers et fréquents de tous, consommer autrement, se déplacer avec plus de logique utile, moins jeter, refuser les emballages et sur emballages inutiles, trier nos déchêts... faire des efforts de vie pour que nos enfants aient également un accès à dame nature... Soyons moins égoïstes et plus réalistes sur l'équilibre entre possession, partage et vie en harmonie avec nos proches

pascal | 13 février 2010 à 09h40
 
 

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