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L'Anthropocène est en passe d'être caractérisé comme une nouvelle époque géologique

Les activités humaines lèguent des traces durables voire irréversibles dans les strates de la planète, annoncent des chercheurs. Au point d'interférer avec les cycles naturels et de s'imposer comme une ère géologique à part entière : l'Anthropocène.

Biodiversité  |    |  Agnès SinaïActu-Environnement.com

Selon le groupe de travail sur l'Anthropocène réuni au Cap (Afrique du Sud) cette semaine à l'occasion du 35ème Congrès international de stratigraphie, l'époque de l'Anthropocène a bel et bien commencé. Il s'agit d'une époque géologique, dont le nom a été forgé par le géochimiste néerlandais Paul Crutzen et le géologue et biochimiste américain Eugene Stoermer. Pour la première fois en 2000, dans la newsletter de l'International Geosphere-Biosphere Program (IGBP), ces deux scientifiques évoquaient une situation inédite : le fait que l'Homme soit devenu une force géologique capable de modifier le cours des fleuves, les courants des océans, le climat et l'ensemble des éléments.

A leurs yeux, cet état de fait justifiait la nécessité de changer le nom de notre époque. Non plus l'Holocène, période interglaciaire commencée il y a 11.700 ans, mais l'Anthropocène, époque de l'Homme. En 2002, Paul Crutzen, dans un nouvel article, intitulé Geology of Mankind (Géologie du genre humain), publié dans la revue Nature, popularisait le terme. Et le géochimiste Will Steffen, alors président de l'IGPB, produisait une représentation saisissante de l'Anthropocène, sous la forme des courbes dites de la Grande Accélération : un ensemble de 24 graphes présentant en vis-à-vis l'accélération de la croissance économique et le dérèglement rapide de l'ensemble des cycles naturels depuis 1750.

Les géologues se sont emparés du débat. En 2009, une sous-commission de la Commission internationale de stratigraphie (ICS), a mandaté un groupe d'une quarantaine de scientifiques de plusieurs disciplines pour examiner la pertinence du concept d'Anthropocène et fixer une date pour marquer le début de cette nouvelle époque : s'agit-il de 1750, début de la Révolution industrielle en Angleterre, autour de l'invention emblématique de la machine à vapeur ? Ou bien d'une origine plus ancienne, lors des débuts du Néolithique, où les tribus nomades ont commencé à se sédentariser, pratiquant alors les premières grandes déforestations ?

1945, seuil géologique d'une époque inédite

A l'issue de sept années de délibérations, les membres de ce groupe de travail international ont fini par se mettre d'accord. Sous la houlette de leur président, le géologue britannique Jan Zalasiewicz, ils ont présenté une note, le 29 août, visant à faire reconnaître par la communauté scientifique que l'humanité est entrée dans l'Anthropocène. Le groupe de travail, composé de 34 membres, affirme à l'unanimité que cette "époque" est bien "réelle". "Si l'Anthropocène est adopté comme une époque, cela signifie que l'Holocène est terminé, mais que nous demeurons dans la période quaternaire et dans l'ère cénozoïque", précise leur résumé.

Selon l'Anthropocene Working Group (AWG), cette époque se distingue de toutes les autres grâce à des marqueurs stratigraphiques spécifiques, décelables dans les roches partout sur la planète, et légués par les activités humaines à partir de 1945. Radionucléides, phosphates et nitrates utilisés dans l'agriculture industrielle, prolifération de particules de plastique, particules de béton et d'aluminium, modifications chimiques à grande échelle du cycle du carbone sont parmi les éléments qui signalent l'entrée dans cette nouvelle époque caractérisée par des changements rapides et irréversibles dans le système Terre. "Le milieu du 20ème siècle coïncide avec le plus clair et le plus distinct ensemble de signaux imprimés dans les strates récentes", estime l'AWG.

"Etre capable de pointer un intervalle de temps dit quelque chose sur la manière dont nous avons eu un impact incroyable sur l'environnement de notre planète", a déclaré Colin Waters, géologue en chef au British Geological Survey et secrétaire du groupe de travail. "Le concept d'Anthropocène parvient à rassembler toutes ces approches du changement environnemental".

"C'est la première fois que notre groupe de travail diffuse une communication officielle annonçant nos préférences en faveur d'une datation précise du début de cette nouvelle époque", commente l'historien des sciences Jacques Grinevald, membre de l'Anthropocene Working Group et pionnier du sujet.

L'AWG estime pouvoir identifier d'ici deux ou trois ans un indicateur unifié de l'Anthropocène, c'est-à-dire un point de référence identifiable dans l'ensemble des strates récentes de la Terre. Sur cette base, il présentera à la sous-commission de stratigraphie du quaternaire la proposition d'une unité formalisée définissant l'Anthropocène. Puis celle-ci devra être approuvée par la Commission internationale de stratigraphie, et enfin par le Congrès international de géologie. "Une procédure quasi judiciaire, voire un parcours du combattant", estime Jacques Grinevald.

Réactions2 réactions à cet article

 

Bonjour,

Intéressant. Preuve encourageante s'il en est que le nombre de climatosceptiques continue de décroître puisque la reconnaissance de notre impact peut aujourd'hui se faire sans trop d'accrocs.
Par contre 1945 pour le débute de l'ère paraît tardif compte tenu de toutes les pollutions industrielles et guerrières des années 1870 à 1950. Par exemple le DDT (et autres produits chlorés), on peut en trouver dans quasiment toutes les plantes du globes... .

Agoratempe | 05 septembre 2016 à 13h41
 
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en Réponse à Agoratempe :

Il ne faut pas tout mélanger non plus ! La chronostratigraphie est un outil et une charte qui permet à tous les géologues d'employer les mêmes termes.Et surtout qu'ils aient la possibilité d'avoir un calage temporelle ! Les médias se sont fait relais d'une fausse polémique au sein de la commission. Les climatosceptiques n'ont absolument rien avoir la dedans car l'acceptation d'une ère, d'un système ou un étage doit répondre à des arguments GÉOLOGIQUES très précis. De plus les climatosceptiques sont très peu nombreux au sein des scientifiques au contraire de nos POLITIQUES qui n'y connaissent absolument rien. Donc la non recevabilité de l'Anthropocène au sein de la Charte n'a aucun lien avec un quelconque climatoscpeticisme ! Ce qui bien entendu va à l'encontre de ce que certains médias relayent !

| 27 octobre 2016 à 18h04
 
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