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Les limites de l'audit énergétique et l'intérêt de la démarche ISO 50001

Arnaud Gheysens, directeur associé de TEEO, décrypte les avantages de la démarche ISO 50001 pour développer la performance énergétique des entreprises.

Avis d'expert  |  Energies  |    |  Actu-Environnement.com
Environnement & Technique N°352 Cet article a été publié dans Environnement & Technique n°352
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L'audit énergétique permet aux grandes entreprises d'être conformes à la réglementation mais demeure une action isolée. Pour répondre à un enjeu énergétique de plus en plus important et maîtriser durablement ses dépenses énergétiques, la mise en œuvre d'un système dynamique de management énergétique est la seule stratégie gagnante qui permet à la fois d'améliorer directement la compétitivité de l'entreprise, mais également d'anticiper les obligations réglementaires qui vont être de plus en plus contraignantes.

La première échéance, qui concerne près de 5.000 entreprises, est la loi DDADUE. Votée en 2013, elle impose aux entreprises de plus de 250 salariés ou ayant un chiffre d'affaires supérieur à 50 millions d'euros et un bilan excédant 43 millions d'euros de réaliser, avant le 5 décembre 2015, un audit énergétique de leurs installations.

Les sociétés ayant mis en place un système de management énergétique (SME) certifié ISO 50001 sont exemptées de cette obligation.

Audit énergétique : un état des lieux sans engagements

Réalisé par un organisme indépendant interne ou externe à l'entreprise, l'audit énergétique est une étude approfondie et exhaustive d'un périmètre défini (process, bâtiments, système, organisation). L'auditeur identifie les potentiels d'économies d'énergie, détermine les actions d'efficacité énergétique à réaliser et rend compte des investissements nécessaires associés.

Pour être conforme à la réglementation, l'audit énergétique doit être renouvelé tous les 4 ans et couvrir au minimum 65% de la facture énergétique la première année et 80% les années suivantes.

L'audit est donc un état des lieux circonscrit dans le temps, une "photographie" de la situation énergétique de l'entreprise. Celle-ci n'est pas tenue de mettre en œuvre ni de suivre dans le temps les solutions préconisées, lesquelles représentent parfois un investissement important, voire rédhibitoire, pour les décideurs.

Une fois l'audit achevé, de nombreuses questions se posent : qui prend la décision d'investir dans une action ? Qui est garant de son déploiement ? Comment évaluer dans le temps l'économie réalisée ? Et, enfin, comment faire en sorte de pérenniser et même d'améliorer le gain inhérent à cette action ? Autant d'interrogations organisationnelles et techniques susceptibles de freiner les entreprises dans la mise en œuvre de solutions d'amélioration.

Le retour des enquêtes de l'Ademe est d'ailleurs très révélateur, puisqu'il montre que 9 actions sur 10, identifiées suite à un audit énergétique, ne sont pas mises en œuvre. Un Système de Management de l'Energie réalisé et animé suivant la référence ISO 50001 permet de pallier ces limites.

L'efficacité énergétique au coeur de l'entreprise

L'énergie est un sujet transverse qui concerne directement ou indirectement tous les secteurs de l'entreprise (Direction, Technique, Environnement, Finance, Achats…). La gestion de l'efficacité énergétique doit donc être pilotée de manière globale et centralisée.

A ce titre, la norme ISO 50001 constitue un véritable engagement de l'entreprise à optimiser sa performance énergétique. Comme tout système de management, elle est fondée sur un principe dynamique d'amélioration continue.

Le déploiement d'un SME ISO 50001, assuré par le responsable Energie, représentant de la direction, vise à intégrer le management énergétique dans les pratiques quotidiennes de l'entreprise. La mesure des consommations en est le point de départ. Sans forcément avoir recours à des systèmes de comptage développés, la simple visualisation du profil de consommation peut permettre d'identifier des gains potentiels significatifs.

Selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE), une utilisation rationnelle de l'énergie, c'est-à-dire débarrassée des pertes, gaspillages et mauvaises utilisations, engendre des économies allant de 5 à 22%.

Ainsi, une entreprise industrielle qui optimise le cycle de démarrage de ses unités de production et qui réduit les talons de consommations par une sensibilisation des salariés (quantité d'énergie consommée indépendamment de l'activité, soit consommation d'un bâtiment la nuit ou le week-end quand il n'y a personne) obtient simplement, rapidement et sans gros investissement des économies non négligeables et une amélioration de la performance énergétique.

Rapportée à la facture énergétique, une démarche ISO 50001 coûte entre 3 et 10% maximum la première année, elle est donc vite rentabilisée !

La réglementation prévoit en outre une valorisation multipliée par deux des certificats d'économie d'énergie obtenus pour des travaux initiés en 2014 et par 1,2 pour des travaux initiés en 2015 pour toute installation certifiée ISO 50001.

Les gains obtenus et quantifiés par la mesure et le suivi en continu des consommations permettent par la suite à l'entreprise de mener des actions techniques de réduction de la consommation d'énergie. Dans cette logique d'amélioration continue, l'entreprise a d'ores et déjà financé une partie de ses investissements, par exemple la modernisation de son outil de production, avant même le démarrage des travaux, facilitant ainsi la prise de décision de la direction.

Autre avantage : la norme ISO 50001 suit une démarche flexible et pragmatique. Si l'entreprise doit définir des cibles et objectifs d'amélioration de la performance, elle n'est pas tenue de les réaliser dès lors qu'elle est en mesure d'en expliquer les raisons et de justifier la mise en place d'actions d'amélioration de sa performance énergétique.

En résumé, pour être certifiée, une entreprise doit apporter les preuves qu'elle répond à l'objectif de la norme : mener une politique cohérente et pérenne de management de l'énergie. En s'appuyant sur des solutions de Système d'information du management énergétique qui garantissent la traçabilité et le suivi des données énergétiques (consommations, projets, indicateurs, objectifs, retour sur investissement…), l'entreprise peut, en quelques mois seulement, être conforme aux exigences de la norme.

Ce délai est susceptible d'être réduit pour les entreprises déjà certifiées ISO 9001 ou ISO 14001. Ces normes sont en effet complémentaires à l'ISO 50001, structurées de la même manière et fondées sur le même principe d'amélioration continue. Par exemple, une entreprise ISO 14001 a déjà une organisation capable de mettre en place une politique, des objectifs, les outils réglementaires, documentaires, de communication et organisationnels nécessaires au déploiement de l'ISO 50001.

Des économies certaines

Selon une enquête d'octobre 2014 réalisée par l'Afnor (un des principaux organismes de certification), les économies réalisées par les entreprises certifiées ISO 50001 ont atteint 10,4% du montant des factures en moyenne avec un maximum de 25% pour un temps de retour inférieur à deux ans, soit une amélioration de 11,2% de la performance énergétique (maximum de 35%).

Ces entreprises font coup double : elles améliorent leur compétitivité tout en réduisant durablement le risque lié à l'énergie (prix, sécurité d'approvisionnement, émissions de gaz à effet de serre). Par ailleurs, la norme ISO 50001 permet à l'entreprise de développer un projet collectif d'amélioration des pratiques opérationnelles. L'aspect collaboratif de la démarche favorise la montée en compétences des différentes parties prenantes.

Si, aujourd'hui, la réalisation d'un audit énergétique rend les grandes entreprises conformes à la réglementation, le contexte législatif relatif à la maîtrise de l'énergie va se durcir dans les mois et les années à venir (transition énergétique, suite de la COP 21…). En témoigne un amendement de la loi sur la transition énergétique adopté en mai qui conditionne maintenant le bénéfice de conditions avantageuses d'approvisionnement en électricité pour les sociétés électro-intensives, à la mise en œuvre d'un système de management de l'énergie certifié ISO 50001.

L'obtention de la certification permet donc clairement aux entreprises d'anticiper l'évolution du cadre réglementaire européen.

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