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Système de Management Environnemental : un outil performant de protection de la ressource en eau ?

Arnaud Ladépêche, chef de projet chez EcoMundo, diplômé du Mastère spécialisé en Ingénierie et Gestion de l'Environnement ISIGE - MINES ParisTech, nous propose un avis d'expert sur les conditions de l'efficacité des SME dans le domaine de la protection de la ressource en eau.

Avis d'expert  |  Eau  |    |  Actu-Environnement.com

Au lendemain du 6ème forum mondial de l'eau, axé sur les « solutions », nombreux sont les néophytes qui, dans les pays développés à l'abri des pénuries, regardent les problématiques liées à l'eau d'un œil dubitatif. L'eau coule à flot des robinets et ce que le cycle naturel ne suffit plus à épurer, nos usines de potabilisation s'en chargent. Il ne semble donc pas inutile de rappeler que le confort dans lequel nous nous trouvons est à la fois une chance et la conséquence d'années d'efforts législatifs et réglementaires. Des efforts qui ont concouru à assainir et protéger la ressource contre les pollutions du développement industriel et agricole intensif du siècle dernier.

Eau et environnement en milieu industriel

En industrie, l'outil de base pour contrôler et gérer l'impact d'une activité sur l'eau et sur l'environnement est la mise en place d'un Système de Management Environnemental (SME). Apparus il y a une quinzaine d'années, les SME se sont peu à peu démocratisés et sont à présent incontournables pour tout grand groupe. Ils sont à la fois précieux pour la communication externe et pour la satisfaction des clients.

De manière concrète, au delà du suivi de la conformité réglementaire du site concerné, un SME favorise toute démarche volontaire de gestion intégrée de l'environnement. Le responsable EHS dispose en effet d'un nouveau levier - la perte de la certification - pour appuyer de nouveaux projets auprès de sa direction et se détacher au moins partiellement de l'aspect financier.

Les SME confrontés aux difficultés du terrain

Sur le terrain, pour les sites industriels de taille importante, les limites de l'action environnementale sont parfois là où on ne les attend pas. Revenons au cas de l'eau et prenons l'exemple concret d'une entreprise possédant sa propre station d'épuration (STEP). Lorsqu'une amélioration s'impose, dans le cadre d'un non-respect réglementaire ou d'une anticipation d'un durcissement des lois, c'est au responsable du SME de faire approuver son financement dans un premier temps et de la mettre en place dans un second temps.

Une fois le financement accordé, le responsable du processus se heurte à plusieurs obstacles. Il lui faut tout d'abord rassembler les parties prenantes concernées. Dans notre exemple, il s'agit de l'exploitant de la STEP, des équipes de production dont l'activité impacte la qualité des eaux à traiter, des équipes de développement qui pourront proposer des solutions concrètes et éventuellement les laboratoires qui se chargent des analyses. Il s'agit souvent d'instaurer un dialogue entre des entités qui ne communiquent généralement qu'en cas de crise. Et cela ne suffit pas. Ce type de projet s'étalant sur plusieurs mois, il est tout aussi important de maintenir l'intérêt des parties prenantes dans le temps.

La difficulté d'un tel rassemblement autour d'un projet environnemental vient précisément du manque de sensibilité environnementale des ateliers de production et de leurs responsables. C'est le cas notamment dans les industries implantées depuis des dizaines d'années, et pour lesquelles la protection de l'environnement a d'abord été une contrainte avant d'être une alliée. Changer ces mentalités est un réel défi. On s'aperçoit que les responsables ont des difficultés à placer l'environnement parmi leurs priorités, sous le poids d'objectifs de productivité et de rentabilité de plus en plus lourds.

Pour parvenir à établir et pérenniser cette communication entre les acteurs, mais aussi pour réfléchir aux questions pratiques qui touchent à la mise en place de l'action, son responsable a besoin de temps. Or ce temps lui manque. Les responsables EHS de grands sites industriels sont généralement débordés par la quantité et surtout la diversité des tâches à accomplir. Dans ces conditions, comment dégager du temps pour une action qui va prendre plusieurs semaines, plusieurs mois ? Si le temps manque, comment ne pas tomber sur l'écueil du traitement superficiel ?

La communication comme enjeu

Le succès de l'action dépend donc principalement de la capacité de son responsable à établir une discussion entre les principaux acteurs. Ceux-ci deviennent ainsi les moteurs du processus. Dans un premier temps, des échanges périodiques en petits groupes permettent d'enclencher la dynamique. Ils doivent ensuite continuer à intervalle régulier pour pérenniser la démarche. Après avoir demandé cet investissement aux personnes au cœur de l'activité de l'entreprise, il est important de leur faire partager les avancées du projet. Or c'est loin d'être systématique. Si le retour d'information est très rapide en cas de soucis, il est beaucoup plus lent lorsque les choses progressent. Certains acteurs n'apprennent les bonnes nouvelles qu'une fois le projet terminé.

Changer cela est essentiel pour le responsable du SME car c'est la garantie de chercher des solutions avec les personnes qui connaissent le mieux l'activité et qui sont les plus à même de fournir les solutions optimales. Solutions auxquelles le responsable EHS ou l'exploitant de STEP n'auraient peut-être jamais pensé. Ce travail permet ainsi d'importants gains de temps et d'argent. C'est d'autant plus vrai qu'en retour ces actions fournissent le terreau pour une sensibilisation concrète des parties prenantes sur l'impact environnemental de leur activité. C'est autant de temps gagné pour les prochaines actions à mener avec ces mêmes personnes pour une diminution à la source des impacts. En un sens, les synergies déployées se rapprochent des fondements de l'écologie industrielle et de la bonification de tous les atouts en présence.

La dernière clé de la réussite d'une action ambitieuse menée dans le cadre d'un SME est l'anticipation. Souvent oubliée faute de temps, une réflexion parallèle sur la pertinence globale des décisions et sur l'établissement de mesures secondaires ou de secours est trop souvent négligée.

Des bénéfices à valoriser

Quelle que soit la bonne volonté initiale de l'entreprise, on s'aperçoit trop souvent que même après plusieurs années, la pérennisation des bonnes pratiques n'a jamais été réalisée. La faute à une pression croissante exercée sur les responsables EHS, et à un système d'évaluation des SME, ISO 14001 en tête, qui n'encourage pas suffisamment cette démarche. La majorité des bénéfices aperçus en cours de processus sont ainsi rapidement perdus. Ces bénéfices sont pourtant multiples :

  • Une communication facilitée et systématisée entre départements
  • Une sensibilisation concrète à l'environnement, à travers l'étude de l'impact de l'activité propre à chaque acteur
  • L'apport de solutions de la part des personnes qui connaissent le mieux l'activité
  • La limitation des impacts à la source et avec une plus grande précision
  • La réalisation d'économies plus rapides et plus importantes

Le temps des solutions, nouvelles et anciennes

On voit bien que les SME, normés, évalués et utilisés par une majorité d'entreprises, souffrent encore de problèmes d'efficacité. Les causes en sont multiples, mais au delà de leur énumération, c'est la manière dont les règles du jeu évoluent et les contraintes quotidiennes associées qui doivent être observées. Comprendre pourquoi leur potentiel n'est pas pleinement exploité, c'est éviter de reproduire les mêmes erreurs avec les outils qui arrivent aujourd'hui en entreprise : ISO 26000, les analyses de cycle de vie (ACV), ou l'empreinte eau pour rester dans le domaine qui nous intéresse. Quand les organisateurs du forum mondial de l'eau parlent du temps des solutions, il est important de ne pas oublier d'optimiser les solutions existantes qui donneront de la force aux innovations et aux progrès à venir.

Avis d'expert proposé par Arnaud Ladépêche, chef de projet chez EcoMundo.

Réactions3 réactions à cet article

 

"Ils sont à la fois précieux pour la communication externe et pour la satisfaction des clients."
toute l'utilité des SME resume en une phrase.
Le SME c'est du DD encore plus light pour l'entreprise. Dans un SME on met absolument ce qu'on veut ! Meme un bilan carbone et un rapport DD c'est presque plus utile.. pour dire !

décroissant | 20 mars 2012 à 08h49
 
 

Passionnant. Merci Mr Ladepeche

rakoon | 29 mars 2012 à 22h12
 
 

Très bien écrit et très intéressant.

Caroline | 01 avril 2012 à 14h59
 
 

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