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Photovoltaïque : le réseau de distribution confronté à l'autoconsommation

L'autoconsommation photovoltaïque pose la question du rôle des réseaux électriques. Le photovoltaïque sera-t-il progressivement exclu du réseau ou le réseau devra-t-il s'adapter pour gérer le plus localement possible cette électricité ?

Energie  |    |  Philippe ColletActu-Environnement.com

L'incertitude relative au rôle futur du réseau électrique de distribution et à son financement est l'un des principaux enjeux du développement de l'autoconsommation de l'électricité photovoltaïque. Telle est l'une des conclusions qui ressort de la journée d'échanges organisée jeudi 10 avril par l'Office franco-allemand pour les énergies renouvelables (OFAEnR) et relative aux nouveaux modèles de consommation photovoltaïque.

Si Pierre Fontaine, sous-directeur des systèmes électriques et des énergies renouvelables au ministère de l'Ecologie, annonce "un développement spontané de l'autoconsommation avec la parité réseau", il rappelle cependant que les prix de production photovoltaïque ne le permettent pas encore en France. Cependant, le ministère "souhaite l'accompagner", et c'est dans cette optique qu'il a établi un groupe technique sur le sujet au sein duquel il semble bien que la question du financement du réseau électrique par les futurs autoconsommateurs tient une place de choix.

Comment entretenir le réseau de distribution si les producteurs photovoltaïques consomment leur production, se "coupent" du réseau et sont exemptés des taxes le finançant ? La question a été l'un des fils rouges des débats.

 
Premières pistes en juin Pierre Fontaine a indiqué que le rapport du groupe de travail sur l'autoconsommation sera remis en juin.
Comment articuler les mesures proposées par le rapport avec la loi de transition énergétique dont la rédaction devrait être achevée en juin ? Pour l'instant, le représentant du ministère de l'Ecologie se contente de noter que certaines mesures pourraient être d'ordre règlementaire. Quant aux mesures d'ordre législatif, elles pourraient être introduites au Parlement au cours de la discussion de la loi de transition énergétique.
 
Simplifier le travail du gestionnaire de réseau

En Allemagne, l'autoconsommation s'est développée à partir de fin 2011, c'est-à-dire lorsque le coût de production de l'électricité photovoltaïque a chuté à un niveau inférieur au prix de l'électricité commercialisée. Une situation favorisée par le gouvernement allemand qui lui a donné un coup de pouce en exonérant les sites en autoconsommation des taxes de financement du réseau électrique et de la compensation dédiée au financement des énergies renouvelables.

En France, il semble que les pouvoirs publics hésitent à suivre une telle voie, tout du moins sans obtenir de contrepartie. Pierre Fontaine a ainsi expliqué que pour ErDF, qui gère le réseau de distribution français, l'autoconsommation est accueillie favorablement si elle permet d'alléger son travail. Pour cela, il faut que l'autoconsommation permette de réduire les "pics" et en particulier les pics d'injection liés aux énergies renouvelables. "C'est simple pour le tertiaire [la production photovoltaïque coïncidant avec "les heures de bureau", ndlr] mais le résidentiel nécessitera stockage et pédagogie", estime le représentant du ministère.

Autoconsommation n'est pas autarcie

Reste que, pour la plupart de ses promoteurs,  l'objectif de l'autoconsommation n'est pas de simplifier la vie du gestionnaire de réseau… En poussant la logique d'ErDF à l'extrême, l'autoconsommation placerait le photovoltaïque hors réseau, ce qui résoudrait de fait le problème de gestion du déphasage entre la production photovoltaïque et la consommation électrique française. En creux, se cache donc la question du rôle du gestionnaire de réseau et de sa préparation face à la montée en puissance des moyens de production renouvelables décentralisés.

Quand les intervenants allemands rappellent qu'outre-Rhin de nombreux réseaux sont gérés par les communes et certains réseaux, en particulier en zones industrielles, fonctionnent même en circuit fermé, leurs homologues français expliquent que le réseau de distribution français appartient aux communes mais est géré par ErDF.

"ErDF a mis la main sur le réseau, alors qu'il appartient aux communes", déplore Marc Jedliczka, directeur général de l'association Hespul, qui juge que la transition énergétique doit placer la gestion du réseau entre les mains des communes pour favoriser les projets territoriaux et décentralisés.

Gérer des îlots

En l'occurrence, pour la plupart des intervenants, l'autoconsommation peut difficilement se passer du réseau pour être optimale. Ce dernier "est la batterie idéale", défend Marc Jedliczka. En effet, pour faire coïncider la courbe de production avec la consommation, il est plus judicieux de raisonner en "îlot". Ainsi, le photovoltaïque installé sur un bâtiment résidentiel pourrait alimenter un site commercial. Mais pour cela, il faut… un réseau.

Il est bien sûr possible de "conquérir le droit de ne pas utiliser le réseau public", comme le défend Luc de Marliave, membre du bureau du Syndicat des énergies renouvelables (SER). Néanmoins, pour nombre d'acteurs, le plus efficace serait d'adapter le réseau existant pour permettre le développement de projets locaux, à l'échelle d'un quartier par exemple, s'appuyant, entre autres, sur le photovoltaïque. L'idée est d'autant plus intéressante que le fonctionnement en îlot permet de ne pas tuer le gisement en sous-dimensionnant les installations faute de pouvoir consommer l'intégralité du potentiel photovoltaïque du bâtiment.

Mais un tel système fait de ces autoconsommateurs des "clandestins du réseau", selon certains détracteurs. "Non", répond Thierry Mueth, président du syndicat des professionnels de l'énergie solaire (Enerplan), expliquant qu'avec "ce changement de modèle, il faut changer de règles". En l'occurrence, le représentant d'Hespul plaide pour faire d'ErDF "un collecteur d'électricité", c'est-à-dire un acteur dont le rôle serait de prendre en charge les énergies décentralisées plutôt que d'acheminer l'électricité produite par des moyens centralisés.

Réactions9 réactions à cet article

 

Il est clair qu'Hespul a raison en déclarant que les ilôts décentralisés sont optimaux pour la gestion du solaire entre autres et pour la fourniture aux industries/entreprises avec le moins de ressources utilisées pour le stockage (lithium etc importés). De même pour le renouvellement et la modernisation régulière du matériel. C'est un peu comme les réseaux de chaleur et de froid, quand on a une densité d'habitats, il est préférable d'avoir une chaufferie centralisée multi-énergies renouvelables dont l'entretien est optimisé que d'avoir pour chaque habitat sa propre unité de chauffage et de froid qui au global utilise plus de ressources et dont les coûts sont plus élevés. Relier des îlots entre eux est plus simple aussi pour un stockage à plus grande échelle. Et il est impératif d'utiliser au maximum les toitures afin d'éviter les emprises au sol. De même les particuliers ont intérêt à utiliser pleinement le solaire hybride (type Dualsun etc) pour, sur la même surface, la production électrique + le chauffage + l'eau chaude. Ne pas oublier non plus l'arrivée des véhicules et camions électriques avec la demande qui en résulte et la diminution du nombre de centrales nucléaires qui sont vieillissantes. En outre les régions ensoleillées peuvent exporter à d'autres ce qui est une ressource pour les régions voire pays. Cà n'empêche pas les cas d'autoconsommation. En résumé, toujours chercher l'optimum et l'excellence dans les solutions !

Energie+ | 12 avril 2014 à 07h56
 
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L'autoconsommation ne doit pas faire appel au réseau. Les puissances produites sont justement adaptées à une consommation par le propriètaire, moyennant au besoin des investissements dans des équipements au fonctionnement tolérant cette intermittence.
L'exemple de moulins a vents, jadis, est une bonne illustration: le fonctionnement était parfaitement aléatoire et pourtant cette énergie était utilisée. Aujourd'hui nous avons pris l'habitude d'avoir une source d'énergie pérenne et de l'employer quand bon nous semble. Il faut revoir ce système qui n'est pas applicables aux EnR INTERMITTENTES.
Naturellement l'auto-consommation doit s'accompagner de la disparition des taxes d'entretien du réseau et de soutien aux EnR!!
(un type de stockage d'énergie auquel on pense pas: fabriquer de la GLACE...On pense plus facilement a stocker ou produire de la chaleur.

ami9327 | 13 avril 2014 à 00h36
 
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Le solaire c'est propre c'est tres "bien", mais qui fournira l'energie pendant les quatre mois difficiles novembre a fevrier ? C'est pendant cette periode ou les besoins sont les plus importants que l'on a besoin de reseau national

D'accord pour l'autarcie qui ne demandera pas au reseau de lui fournir de l'energie l'hiver. C'est une position que l'on peut qualifier de "citoyenne".

L'autoconsommation qui demande au reseau de l'énergie en hiver est foncièrement inegalitaire. D'une part elle beneficie de subventions pour investir, - et ce ne sont pas les pauvres qui investissent - d'autre part elle utilise l'énergie du reseau au moment ou cette energie est la plus demandée. C'est l'exploitation par des particuliers de la communauté

fleurent | 14 avril 2014 à 10h02
 
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Tout est possible dans tous les sens, sans oublier le vélo de salon avec dynamo pour faire fonctionner la télé les soirs sans vent. Malheureusement les solutions proposées par energie + auraient besoin d'être chiffrées. Un tas de possibilités existent effectivement, la difficulté reste l'aspect financier de la mise en oeuvre. L'urgence aujourd'hui est de définir les objectifs car les décisions sont très engageantes pour les collectivités comme pour les individus (20 à 50 ans. Réduction des GES, sortie du nucléaire (50% est le plus stupide des scénario: on garde tous les inconvénients et on perd les avantages) réduction de la facture énergétique, maintien de la compétitivité et du pouvoir d'achat...
En plus d'être engageantes, les orientations prises seront structurantes car on ne peut faire un tout et son contraire faute de moyens financiers suffisants (Ne pas oublier notre situation de récession économique)
Pour revenir à l'autoconsommation, seul l'objectif d'autosuffisance est plausible collectivement. Un peu comme l'éolien industriel qui se fait payer (trop cher aujourd'hui) quand il y a du vent et qui renvoie au thermique quand il n'y en a pas. Le thermique n'est pas d'accord s'il doit être seulement la roue de secours
Autoconsommation partielle, EDF et consort ne sont pas d'accord pour servir uniquement de roue de secours (manque à gagner certain)
Il reste à mettre en place la CPNCE: Contribution Pour Non Consommation d'Electricité

ITC78 | 14 avril 2014 à 10h48
 
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@fleurent
Et les grosses industries qui bénéficient de tarifs ultra-dégressifs, au plus elles consomment... Ca ne tiendrait pas de l'exploitation par le privé de la communauté alors que nous sommes dans un contexte de raréfaction des ressources ???
C'est plus une provocation qu'une question. Car il faut simplement admettre que le paradigme de la gestion des énergies change. C'est un fait, je dirai même que c'est irrésistible, il nous faut faire preuve de résilience.

Cependant, chaque région a ses spécificités en France. Il serait préférable de ne pas parler que du photovoltaïque, qui est plus-ou-moins adapté au climat de notre beau pays. L'éolien oui, mais aussi la géothermie, marémotrice et énergie de la houle... Il n'y a pas de réponse simple à un problème complexe. C'est illusoire.
De plus, il faut parler sobriété, avant la consommation, en matière énergétique. Sous entendu, Isolation, vous l'aviez sans doute deviner.

Car pourquoi bénéficier d'avantages, au détriment de la communauté, si on gaspille mais en produisant "vert" ?
Il y a ici un gros biais qui donne tout le loisir au détracteur des EnR de critiquer. A raison, je dois l'avouer.

Quoi qu'il en soit, le premier axe de travail est le bon, la décentralisation du réseau, c'est le nerf de la guerre (guerre de business model). Et en matière d'environnement, avec le passif qu'on connaît, c'est déjà bien de s'attaquer au problème par le bon bout !

Wait & See

Troll_Buster | 14 avril 2014 à 11h54
 
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Une bonne isolation , une architecture intelligente, des comportements responsables,l'utilisation de l'électrolyse (individuelle, ou collective) pour le stockage et la fourniture d'énergie (nuit, jour avec peu de soleil)grâce a l’hydrogène,des compteurs vraiment intelligents, tout cela ne va pas plaire à EDF.
Cette situation me rappelle la récupération des eaux de pluies, les contraintes et les bâtons dans les roues multiples, ont eus raison de cette "technologie" pourtant très prometteuse

lio | 14 avril 2014 à 12h50
 
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Au sujet de la récupération des eaux de pluie, il y a quelques années une enquête a eu lieu sur les particuliers qui en faisaient ainsi que ceux qui avaient un puits et s’en servaient ; tout ça dans le but de revoir la taxe sur les eaux usées !
Ne nous leurrons pas, s'il y a de la production électricité et autoconsommation, il y aura perte de revenus donc des taxes risque de fleurir pour compenser !

Maurice | 14 avril 2014 à 19h02
 
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Des 'clandestins de l'autoconsommation', il y en aura si des taxes nouvelles rendent la clandestinite attractive.
Les defis dus a l'auto-consommation sont majeurs : financement du reseau (qui continuera a exister meme si les clients se deconnectent), mais aussi baisse de la TIPP/TIPCE si on roule au solaire.

Steph | 15 avril 2014 à 11h14
 
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Rouler au solaire ?
Qu’est-ce à quo ?
Recharger des batteries grâce à de la production électricité produite par …, ou (et là j'ironise) des véhicules fonctionnant à partir de panneaux solaires sur leur toit ?
La TIPP devenue TIPCE (taxe intérieure sur la consommation de produits energetiques) ne baissera pas ! C'est un des plus gros revenus pour l’état !
Lorsque des taxes ne rapportent plus assez, le gouvernement en crée d'autres pour assumer le fonctionnement de l’état, et à ce niveau il y a des inventeurs prolifiques !

Maurice | 16 avril 2014 à 08h00
 
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