En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. En savoir plusFermer
Actu-Environnement

Gaz de schiste : l'Académie des sciences relaie le plaidoyer des foreurs et de l'IFPEN

Les rapports favorables à l'expérimentation de techniques alternatives à la fracturation hydraulique s'empilent. L'Académie des sciences ajoute le sien et reprend le plaidoyer des industriels du pétrole et de l'IFPEN.

Energie  |    |  Philippe ColletActu-Environnement.com

"Réaliser des études et des expériences visant à évaluer et réduire l'impact environnemental d'une éventuelle exploitation" des hydrocarbures de schiste. Telle est l'une des neuf recommandations "à caractère scientifique" de l'avis "Eléments pour éclairer le débat sur les gaz de schiste", publié le 21 novembre par l'Académie des sciences. Le documentappelle aussi à "mettre en place une autorité scientifique, indépendante et pluridisciplinaire de suivi des actions engagées pour l'évaluation des ressources et des méthodes d'exploitation".

Rappelant en introduction qu'un précédent rapport de l'Académie "constatait que des décisions au sujet des gaz de schiste avaient été prises hâtivement", le nouvel avis enfonce le clou : "le message essentiel [que] contiennent [les recommandations du présent avis, ndlr] est que la question d'une exploration, puis d'une éventuelle exploitation des gaz de schiste mérite d'être examinée, qu'il faut avancer sur ce sujet et développer la recherche, mais que rien ne saurait être entrepris sans de nombreuses vérifications et expérimentations préalables encadrées par une réglementation rigoureuse, afin de maîtriser les risques potentiels pour l'environnement et pour la santé", résume le document.

Intense lobbying

Globalement, l'avis de l'Académie reprend les grandes lignes du plaidoyer des industriels du secteur pétrolier rassemblés au sein de l'Amicale des foreurs. En amont de la décision du Conseil constitutionnel du 11 octobre 2013 validant la loi du 13 juillet 2011 interdisant le recours à la fracturation hydraulique pour l'extraction des hydrocarbures, les industriels réclamaient à Philippe Martin la mise en place effective de la Commission nationale d'orientation, de suivi et d'évaluation des techniques d'exploration et d'exploitation des hydrocarbures liquides et gazeux, prévue à l'article 2 de la loi.

Les académiciens reprennent aussi les grandes lignes du pré-rapport de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (Opecst) qui juge qu'"une exploration/exploitation des hydrocarbures non conventionnels respectueuse de l'environnement est possible, à condition de favoriser la recherche sur ce sujet".

Ce document, présenté en juin 2013, en plein débat national sur la transition énergétique, plaide pour "[que soient forés] quelques dizaines de puits d'exploration en appliquant toutes les précautions aujourd'hui connues" si une première phase d'évaluation s'avérait fructueuse.

L'IFPEN se tient prêt

Le nouvel avis de l'Académie émane de son Comité de prospective en énergie, présidé par Sébastien Candel, professeur à l'Ecole centrale de Paris, mais également membre du comité scientifique du pré-rapport de l'Opecst et président du conseil scientifique de l'Institut français du pétrole et des énergies nouvelles (IFPEN).

Or, l'IFPEN apparaît comme l'un des principaux militants favorables au lancement de recherches relatives aux hydrocarbures non conventionnels français. En effet, l'organisme public postule ouvertement pour piloter l'éventuel programme. Il a d'ailleurs l'aval de l'Amicale des foreurs qui le qualifie d'"outil remarquable". "L'ex IFP a été le fer de lance de l'industrie pétrolière française pendant plusieurs décennies", rappellent les industriels, plaidant pour qu'il "[retrouve] des attributions dont le Grenelle de l'environnement l'a totalement dépouillé".

Et l'IFPEN se tient prêt et "propose d'évaluer le potentiel des ressources en hydrocarbures non conventionnels pour la France". L'offre de l'Institut et de sa filiale Beicip-Franlab fait d'ailleurs l'objet d'un encart détaillant l'éventuel programme et son coût (1,75 million d'euro) dans le rapport de l'Opesct. Quant au président du conseil scientifique de l'Institut, il a, en tant que membre du comité scientifique de l'Opesct, "[approuvé l']idée de lancer un programme de recherche". Il s'agit là, selon le pré-rapport parlementaire, de son unique intervention lors de la réunion du comité.

Enfin, Olivier Appert et François Kalaydjian, respectivement président et directeur adjoint ressource de l'IFPEN, ont été auditionnés aux côtés des industriels du secteur à l'occasion de l'unique audition publique menée par l'Opecst. Quant à Sébastien Candel, il a été auditionné par l'Office, à huis clos le 7 mars 2013, en parallèle de son rôle de membre du comité scientifique auprès de l'Opecst.

Interrogé sur sa participation à ces rapports, Sébastien Candel explique qu'il s'agit de l'"avis du comité de prospective en énergie et pas de [son] opinion". "Je suis compétent dans ce domaine, je ne milite pas", précise le membre de l'Académie, ajoutant "j'essaye de regarder lucidement ces questions, d'un point de vue scientifique et avec honnêteté".

Réactions13 réactions à cet article

 

Une nouvelle preuve de la dépendance aux lobbies de cette institution qui avait cautionné l'incinération et les dioxines au motif qu'il ne fallait pas freiner l'industrie des déchets.

MEYNIERMICH | 25 novembre 2013 à 12h26
 
 

Les gaz de schiste sont et resteront des combustibles fossiles aggravant le risque du rechauffement climatique; seul un developpement du nucléaire nous permettrait d'eviter cette aggravation

flleurent | 25 novembre 2013 à 12h52
 
 

Ah les fameuses Académies ! Pas une pour rattraper l'autre ! Un jour, elles auront des comptes à rendre auprès du tribunal de La Haye ! Les conflits d'intérêts s’entremêlent à l'infini : tabac, amiante, pesticides, nanoparticules, OGM, médicaments, vaccins, .................. C’est beau le partenariat public – privé mis en place par la droite néolibérale, capitaliste de la France forte d’en haut permettant la privatisation des profits et la mutualisation des dégâts collatéraux au frais des citoyens cobayes contribuables Français ! En résumé, un Etat souverain contrôlé par les lobbys !!!

Eau Pure | 25 novembre 2013 à 19h24
 
 

@Eau Pure
Je suis embarrassé par votre réaction. Non que je ne sois pas d'accord, mais parce que vous stigmatisez les Académies sur un terrain politique alors que, justement, leurs avis devraient être aussi loin que possible de toute prise de position politique.
La droite néolibérale, le capitalisme et autres choix de droite n'ont rien à y faire pas plus que les politiques de gauche ou écolo, pour faire court.
Eb l'occurrence, l'Académie des sciences perd une occasion de se taire ou de dire qu'elle n'a rien à trancher dans ce débat, et Sébastien Candel n'aurait pas à faire une pirouette pour expliquer que son opinion personnelle n'entre pas en conflit avec les conclusions de ce rapport ; alors que tout laisse à croire (en particulier une audition à huis clos !?) que la réalité est tout à fait contraire.

Jean-Claude HERRENSCHMIDT | 26 novembre 2013 à 11h47
 
 

Tout en souhaitant ne pas passer par le terrifiant tribunal permanent présidé par "Eau Pure", c'est vrai que l'orientation de ces rapports interroge. Cependant, une académie a pour vocation de développer le savoir, elle ne peut pas dire "ignorons", ce ne serait pas une académie (en tous cas, ce n'est pas - pas encore - un tribunal). Ouf!
◾Société savante dont les membres se consacrent à une spécialité des lettres, des arts, des sciences, etc. (Larousse)

Albatros | 26 novembre 2013 à 14h12
 
 

@Albatros.
Nous sommes bien d'accord. Mais, je vous avoue que j'ai bien du mal à voir et entendre beaucoup de sciences dans la polémique autour des gaz de schiste.
Par contre j'y trouve beaucoup de technique pure et dure au service d'intérêts financiers. Que va donc faire l'Académie des sciences en cette galère ?
J'illustre mon propos : je n'ai jamais vu l'Académie française prendre position sur la littérature qui se vend dans les librairies. Par contre, elle ne se prive pas de donner un sens aux mots qui sont utilisés par les littérateurs. Elle entérine même parfois leurs néologismes. C'est même son rôle. Le parallèle est peut-être un peu rapide ? Quoique…

Jean-Claude HERRENSCHMIDT | 26 novembre 2013 à 18h16
 
 

Ce n'est pas parce que l'Académie des sciences dit la même chose que les foreurs et l'IFPEN qu'il est permis d'écrire qu'elle relaie leur plaidoyer.

Wackes Seppi | 26 novembre 2013 à 22h59
 
 

@ Fleurent: ce serait à mon sens une grave erreur d'embrayer sur le nucléaire, car que ferons nous de déchets? et des risques d'erreurs humaines? Fukushima ne vous dit rien?

Il faut à mon sens développer le solaire et l'éolien, car ce sont des ressources inépuisables et qui ne dégradent pas l'environnement.

Bien entendu sur les gds je pense que l'Académie des sciences joue le jeu des grandes compagnies pétrolières et qu'il y a manifestement des enjeux financiers derrière tout ça.En bref: des vendus à la solde des pétroliers.

blowinginthewind | 28 novembre 2013 à 11h52
 
 

Si les scientifiques reconnus de l'académie des sciences nous disent que les risques sont maitrisables et qu'on a tout intéret à explorer cette voie en pleine crise économique pourquoi ne pas les croire ?

Quelle crédibilité apporter à des jeunes idéalistes et manipulés, à des écologistes qui ne doivent leur place au gouvernement qu'à une alliance politique, et à des extrémistes qui ont noyauté le parti des verts ?

Je suis désolé mais j'ai beaucoup davantage confiance dans les scientifiques et même les professionnels du métier (ces gens là aussi ont des familles, des enfants et sont responsables). L'éolien et le solaire ne peuvent pas suffire il serait temps d'ouvrir les yeux sur ce qui se passe en Allemagne (réouverture des centrales à charbon) et en Espagne (explosion du prix de l'électricité à cause de l'éolien et du solaire). Faut arrêter de nous vendre du vent...

Réalisme | 03 décembre 2013 à 11h28
 
 

à Réalisme: Vous faites confiance aux scientifiques? Alors que vous disent les preuves accablantes de pollution aux USA dus aux gaz de schiste?
C'est également pour les générations futures comme vous le dites qu'il faut penser à une transition énergétique.

Par contre ne cherchez pas d'intrigue: les écologistes ont plus que leur place sur la scène politique et sans des gens avec un minimum de conscience et qui sont désintéressés (contrairement à pas mal de scientifiques) on aurait davantage de soucis environnementaux.

la science peut dire ce qu'elle veut, tant que ça rapporte des sous. Mais pensez vous aux dégradations irréversibles de la nature et à une fuite en avant continuelle? Non monsieur, je ne peux vous suivre dans votre raisonnement.

Il est temps de chercher des alternatives, quitte à modifier nos modes de vie.

Et pour continuer vous parlez de risques maîtrisables? Pouvez-vous m'en indiquer des indices valables? Tout ceci n'est de mon observation, qu'un discours destiné à rendre acceptable ce qui en réalité ne peut absolument pas l'être.

Accepteriez vous de voir un puit de forage à proximité de votre habitation?

blowinginthewind | 03 décembre 2013 à 11h45
 
 

@blowinginthewind: Oui je fais confiance aux scientifiques et aux spécialistes.

Comme le reste de la terre du reste: vous vous focalisez sur la pollution induite par la ruée vers l'or américaine où des centaines de milliers de puits sont forés sans contrôle (irréaliste en France) mais pourquoi ne pas parler des autres pays qui étudient plus sérieusement que nous le gaz de schiste : le canada, l'algérie, la tunisie les exploitent déjà, en Europe: l’Allemagne, la Lituanie, les Pays-Bas, la Pologne, le Dannemark, le Royaume-Uni et les régions autonomes du Pays basque et d’Aragon en Espagne ont procédé à des études préliminaires permettant d’évaluer leurs réserves potentielles en gaz de schiste.

Encore une fois il faut cesser de nous vendre du vent. La position isolationniste et obscurantiste du vieux du village qui s'oppose à tout changement et progrès ne fera pas progresser notre pays à l'heure où tout montre que le modèle français est à la ramasse: que ce soit pour l'éducation, l'économie, le chomage de masse, les comptes du pays ou ses entreprises.

Alors moi oui je préférai travailler dans une exploitation à côté de chez moi, gagner 6000 euros par mois, pouvoir vivre agréablement et faire vivre ma famille plutôt que de rester assisté au fond du canapé (le rêve à la française). L'argent ne tombe pas tout cuit pour tout le monde. Modifier mon mode de vie pour devenir un assisté ne me convient pas.

Réalisme | 04 décembre 2013 à 00h10
 
 

@blowinginthewind et Réalisme ?
Moi aussi je fais confiance aux scientifiques. Mais seulement quand ils font de la science. C'est-à-dire quand ils disent ce qu'ils savent en acceptant de dire, en même temps, qu'ils en acceptent la critique radicale. Si la preuve, scientifique, est apportée qu'ils se trompent, ils l'acceptent comme telle.
Je ne fais confiance aux spécialistes que dans le cadre de leur spécialité. Et encore ! À condition qu'ils ne se trompent pas, ce qu'ils reconnaissent difficilement quand c'est le cas car, par définition, ils sont enfermés dans leur spécialité. Et cet enfermement, sans doute nécessaire à une bonne maîtrise de leur spécialité, est justement la cause de leurs erreurs.
Dans la présente polémique, je ne vois pas que les académiciens se comportent ni comme des scientifiques, ni comme des spécialistes. Mais ils profitent de leur statut pour user de l'argument d'autorité ce qui est bien …… regrettable.

Jean-Claude HERRENSCHMIDT | 04 décembre 2013 à 15h30
 
 

« Une exploration / exploitation des hydrocarbures non conventionnels respectueuse de l'environnement est possible, à condition de favoriser la recherche sur ce sujet" (Opecst)
Ce genre d’affirmation qui repose sur le principe de l’ aptitude présumée de la recherche appliquée à trouver des solutions économiquement viable à n’importe quel problème d’environnement posé par une pratique industrielle ne peut que surprendre les professionnels de la recherche en premier lieu.
Favoriser la recherche pour concilier les besoins d’une industrie avec le respect de l’environnement va bien évidement dans le bon sens. Mais cela ne signifie pas pour autant dans le cas qui nous intéresse ici , que des solutions économiquement viables pourront être trouvées , permettant d’atteindre cet obectif, sachant que la fracturation hydraulique (quel que soit le fluide utilisé) reste un procédé incontournable pour extraire des hydrocarbures de roche mère.
On ne peut que s’interroger sur le niveau de représentativité d’un comité scientifique (un de plus) réuni dans les circonstances d’une pression croissante de lobbies du pétrole et gaz. Ce qui est très grave, c’est que ce comité engage lourdement la responsabilitée d’un organisme aussi prestigieux que l’Académie des Sciences en donnant écho à une croyance selon laquelle la science et la technique trouvent réponse à tout, ce qui est bien évidemment faux.

Gérard Lemoine | 25 janvier 2014 à 23h15
 
 

Réagissez ou posez une question au journaliste Philippe Collet

Les réactions aux articles sont réservées aux lecteurs :
- titulaires d'un abonnement (Abonnez-vous)
- disposant d'un porte-monnaie éléctronique
- inscrits à la newsletter (Inscrivez-vous)
1500 caractères maximum
Je veux retrouver mon mot de passe
[ Tous les champs sont obligatoires ]
 

Partagez sur…