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Les banques françaises à reculons devant l'objectif des 2°C

Selon un inventaire des 25 plus grandes banques mondiales, dont cinq françaises, publié par Fair Finance International, les investissements dans les énergies fossiles demeurent en moyenne près de dix fois supérieurs aux soutiens aux ENR. 05 novembre 2015

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C'est un rapport de référence que vient de publier le réseau Fair Finance International. Celui-ci porte sur les prêts et les émissions d'actions et d'obligations de 75 banques en direction de 178 entreprises et 540 projets d'énergies renouvelables (ENR) afin de comptabiliser leurs soutiens financiers aux énergies fossiles et aux énergies renouvelables entre 2004 et 2014. Ce périmètre de sélection représente 65% des émissions totales de gaz à effet de serre du secteur énergétique et plus de 53% des émissions de gaz à effet de serre totaux. Il en ressort que si le financement des énergies renouvelables a progressé dans le monde, passant de 67 à 90 milliards d'euros entre 2004 et 2014, les énergies fossiles continuent de se tailler la part du lion, drainant près de dix fois plus d'actifs, de 848 à 855 milliards d'euros entre 2004 et 2014.

Dans le top 15 des banques fossiles

Cet inventaire planétaire révèle aussi que BNP Paribas, Crédit Agricole et Société Générale sont les trois plus grandes banques fossiles françaises et figurent dans le top 15 des banques fossiles internationales. Depuis le sommet sur le climat de Copenhague en 2009, les cinq plus grandes banques françaises – BNP Paribas, Société Générale, Crédit Agricole, BPCE et Crédit Mutuel-CIC – ont soutenu les énergies fossiles à hauteur de 129 milliards d'euros, contre seulement 18 milliards d'euros aux énergies renouvelables, estime cette étude, qui pointe le "greenwashing" de ces établissements. BNP Paribas – sponsor officiel de la COP 21 – est classée première banque fossile au niveau français et cinquième au niveau international, avec près de 52 milliards d'euros aux énergies fossiles depuis 2009.

La pression politique de l'événement COP 21 a toutefois amené les banques françaises à prendre des mesures de désinvestissement des énergies fossiles. En octobre 2015, Natixis a annoncé la fin de tout financement de projets à des centrales électriques au charbon et de mines de charbon thermique dans le monde. La nouvelle politique oblige également la banque à renoncer à financer les sociétés dont l'activité repose à plus de 50% sur l'exploitation de centrales électriques au charbon ou de mines de charbon thermique.

Pas de changement structurel depuis Copenhague

Quant au Crédit Agricole, il s'estime pionnier d'un mouvement continu de changement de ses pratiques, depuis son engagement récent à ne plus financer de nouveaux projets de mines de charbon, ni les entreprises principalement actives dans l'extraction du charbon, ainsi que de nouvelles centrales ou extension de centrales électriques au charbon dans les pays à hauts revenus, tels que définis par la Banque Mondiale. "C'est là que le bât blesse", estime Alexandre Naulot, d'Oxfam France, co-redacteur du rapport : "Ce désengagement ne couvre qu'une petite partie du marché (12% du marché selon Global Coal Plant Tracker), car ne concerne que les pays développés. Reste aussi à vérifier les actions qui vont suivre ces engagements sur le terrain". Pourquoi une telle inertie ? "Il faut voir là un effet routinier. Les banques ont des relations avec les entreprises du CAC 40, selon une structure de marché établie".

Depuis 2009, pour chaque euro dégagé au profit des énergies renouvelables, les banques françaises offrent 7 euros aux énergies fossiles. Entre 2009 et 2014, celles-ci ont accordé 18 milliards aux énergies renouvelables, contre près de 129 milliards d'euros aux énergies fossiles, peut-on lire dans la version française du rapport, co-élaborée par Oxfam France et les Amis de la Terre.

Dans cette mise en perspective des chiffres, les écarts entre les montants de soutiens accordés aux énergies fossiles et ceux que les banques accordent aux énergies renouvelables frappent par leurs proportions. A l'heure où les énergies renouvelables sont en plein essor, ainsi qu'en attestent plusieurs rapports récents dont celui de l'Ademe qui estime possible un scénario 100% ENR à l'horizon 2050, il ressort de la compilation effectuée par le cabinet Profundo et Fair Finance International que les ENR occupent la portion congrue dans le portefeuille des banques. Celles-ci ont investi de manière erratique et marginale dans les renouvelables, selon des niches d'opportunité, et sans véritable vision de la transition. Et ce malgré la conférence de Copenhague qui, dès 2009, fixait à l'ensemble des parties prenantes l'injonction d'une stabilisation à 2°C de la température planétaire pour éviter un chaos climatique.

Comment lever les freins ? Pour Arnaud Berger, directeur du développement durable du Groupe BPCE, "la coopération entre acteurs publics et banques de réseau gagnerait à être renforcée. Les banques locales pourraient financer plus de projets si on leur donnait les conditions de garanties suffisantes. C'est l'enjeu des discussions internationales qui ont cours actuellement, à travers la volonté de développer un fonds vert pour soutenir des projets qui pourraient être financés par les banques locales si les conditions leur étaient données de le faire. Le problème n'est pas que français. C'est le besoin de développer ces coopérations qui nous a amené, à la demande de la Commission européenne, à développer le programme KfW-ELENA, destiné à promouvoir des projets locaux d'efficacité énergétique".

La loi de transition énergétique, levier potentiel

Le rôle de l'Etat pourrait être décisif dans cette affaire. Doté de l'outil puissant qu'est la loi de transition énergétique, il dispose d'une palette de leviers pour mettre les banques sur une voie plus vertueuse en matière de climat et les orienter vers des projets en prise avec les territoires. Ainsi, l'article 173 de la loi vise à instaurer la publication des données qui permettent d'estimer si les banques sont alignées sur l'objectif de +2°C afin d'illustrer leur contribution à la transition énergétique. Les décrets d'application sont en cours de rédaction, mais il reste à élaborer une méthodologie qui clarifie les méthodes de calcul des banques. En l'occurrence, quel est le périmètre de leur empreinte carbone ? L'inventaire de leurs portefeuilles devrait permettre de faire apparaître leurs investissements par secteur – énergies, mais aussi transports, secteur immobilier -, afin que l'Etat ait une vue d'ensemble sur l'évolution des stratégies bancaires à l'aune de la transition énergétique.

La loi de transition énergétique est aussi un levier tant pour fixer des objectifs quantitatifs d'investissements dans les énergies renouvelables que pour orienter les investissements vers la sortie du charbon. A l'heure des engagements volontaires des Etats et de l'addition amère des INDC, la mobilisation du secteur financier s'avère cruciale pour accompagner la transition énergétique et la stabilisation du réchauffement global.

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