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Quelle prise en compte de la biodiversité dans les infrastructures de transport routier ?

Corridors écologiques, limitation des pesticides en bord de voiries, fauchage raisonné figurent parmi les solutions déjà mises en pratique dans les tracés jugés grenello-compatibles et inscrits dans le projet de SNIT. Retours d'expériences.

Nature / Ecologie  |    |  Actu-Environnement.com

Destruction et fragmentation d'espaces agricoles ou naturels, émissions de gaz d'échappement, bruit, pollutions par désherbage chimique, déchets jetés des véhicules ou encore épandage de sel en cette période hivernale et contamination des eaux… Autant de sources d'impacts sur la biodiversité liés à la création de nouvelles voiries, ou à l'usage et à l'entretien de celles existantes. Si 28 projets autoroutiers ou de routes nationales sont inscrits dans le projet de Schéma national des Infrastructures de Transport (SNIT), représentant 1.000 kilomètres de voies nouvelles (soit une augmentation du réseau existant de 10 %), la trame verte et bleue (TVB), "mesure phare" du Grenelle de l'environnement prévoyant la mise en place de corridors écologiques, est elle encore au stade expérimental. Elle sera opérationnelle ''au-delà de 2012'', selon Fabienne Allag-Dhuisme, chef du projet au ministère de l'Ecologie.

Si des actions visant à renforcer la prise en compte de la biodiversité ''dès les réflexions amont des projets d'infrastructure'' impulsées par la loi Grenelle 2 sont inscrites dans le projet de SNIT, des initiatives ont déjà été entreprises par les maîtres d'ouvrage pour concilier (auto)routes et biodiversité, tant en phase de conception que d'exploitation. Plusieurs exemples de réduction de l'impact écologique de ces infrastructures ont été présentés le 31 janvier dernier à Paris, à l'occasion des rencontres européennes Business et Biodiversity organisées par le groupe de concessions Eiffage, en partenariat avec l'Université Paris I, l'UICN et le programme européen LIFE.

A65, projet pilote du Grenelle ?

Etudes d'impacts, diagnostics faune/flore avant le choix du tracé, établis en concertation avec les associations environnementales locales, sont autant de mesures préalables à appliquer avant tout projet routier. L'objectif étant d'éviter tout contentieux avec les associations à l'instar du concessionnaire A'liénor, filiale d'Eiffage en 2008 qui avait fait face à l'opposition de plusieurs organisations écologistes (dont la FNE, l'Alliance pour la Planète ou la FNAUT), lors de la construction de l'autoroute Langon-Pau A65 (Gironde). Ce projet initié dans les années 90 était alors vivement critiqué par les associations pour ses impacts sur la biodiversité . ''L'autoroute détruira 2.000 hectares d'espaces naturels, 8 zones Natura 2000, de nombreux habitats et espèces protégées'', prévenait en 2008 le WWF, alors que le gouvernement s'était engagé dans le cadre du Grenelle au gel des nouvelles routes et autoroutes, hormis rapellons-le, les cas de sécurité et de congestion, ou d'intérêt local inscrits dans le SNIT. L'ex-ministre de l'Ecologie Jean-Louis Borloo avait maintenu en juin 2008 ce projet estimant que l'A65 qui avait ''fait l'objet de nombreuses améliorations pour éviter les zones sensibles'' était grenello-compatible. Il a été inauguré en décembre 2010.

Le concessionnaire A'liénor s'est toutefois engagé aux côtés de la CDC Biodiversité à compenser les impacts environnementaux de ces 1.600 hectares de route en protégeant sur 60 ans (durée de la concession) une surface de terrains quasi-identique, soit 1.400 hectares de foncier dédié au redéploiement des espèces. L'A65 est ainsi "le premier projet post-Grenelle nécessitant d'être compensé", selon Jean-Christophe Benoît, de la CDC Biodiversité.

Prise en compte des corridors écologiques

Outre la réduction et la compensation des atteintes portées aux espèces et aux habitats naturels, des mesures spécifiques ont été prises visant à protéger notamment deux colonies de 16 espèces de chauves-souris, espèces protégées, traversant l'A 65 à proximité du Vallon de Cros, via la mise en place de ''corridors de vol'', selon Cyrille Beaux, chargé de mission environnement chez Eiffage Travaux Publics."L'entreprise a conçu un chiroptéroduc qui permettra de rétablir un corridor écologique pour plusieurs espèces de chauves-souris au dessus de l'autroute A65''. De son côté, ASF (Vinci Autoroutes) a mis en place un partenariat avec l'association FRAPNA (Fédération de Rhône Alpes de protection de la nature) dans le but de trouver des "solutions techniques de préservation de la Barbastelle" sur l'autoroute A89 reliant la Tour de Salvigny à Balbigny (Rhône Alpes), qui sera mise en service fin 2012, a indiqué Jean-Jacques Lacaze, directeur d'opération chez ASF. Deux galeries artificielles ont ainsi été construites, servant de grottes pour les chauves-souris.

Autre retour d'expérience en faveur de la biodiversité : la réalisation de mares de substitution pour les batraciens sur l'A89 mais aussi surl'A406, contournement sud de Macôn (Val de Saône) mise en service par APRR, filiale du groupe Eiffage, en mars 2011. ''Des prairies de fauche ont aussi été recréées'', a expliqué Isabelle Lacharme, responsable environnement chez APRR. Tandis que des passages à faune au-dessus et au-dessous de l'autoroute A406 ont été mis en place pour permettre "la circulation des petits vertébrés jusqu'au chevreuil''. Idem pour l'A 89 via la constitution d'un fond à base de substrat terreux pour la petite faune et la réalisation d'andain de souches et de tas de bois sous et en tête des passages grande faune.

Outre le fauchage tardif des talus ou encore la pose de nichoirs à oiseaux sous les ponts, la lutte contre les plantes invasives comme l'ambroisie via la ''réduction de 40% des pesticides depuis 2008 '' (date du lancement du plan Ecophyto) est aussi pratiquée par la filiale d'Eiffage lors des chantiers autoroutiers pour limiter leur impact sur la biodiversité indigène. ''Il faut végétaliser immédiatement afin de prévenir l'apparition des plantes envahissantes et favoriser les graminées pour gazon'', a indiqué de son côté Etienne Cuneot, chef du génie civil chez APRR qui privilégie l'entretien mécanique en bordure de voiries (broyage avec engins ou roto fils). Si des solutions alternatives aux pesticides existent (désherbage avec de l'eau chaude, de la vapeur d'eau, désherbeur thermique), M. Cuneot considère toutefois qu'elles "ne sont pas adaptées''.

La recherche des lampadaires dirigeant la lumière vers le sol afin de limiter l'impact de la pollution lumineuse des éclairages des voiries est aussi une des initiatives déjà adoptée. La restauration des berges des canaux par l'utilisation de techniques végétales ou encore la mise en place de plans de gestion formalisés de déchets figurent aussi parmi les actions inscrites dans le SNIT et préconisées dans la Stratégie nationale pour la biodiversité.

Réactions5 réactions à cet article

 

Ne figure pas dans la liste des plantes envahissantes l’AMBROISIE, pourtant en cours d’expansion dans toute la France, sur le bords des routes tout autant que dans les terrains agricoles !

Ignorant | 08 février 2012 à 10h36
 
 

Qu'on arréte de prendre les gens pour des idiots!!
C'est du greenwashing rien d'autre.On construit une autoroute (par exemple l'a65)dont la légitimité (a part le faite de faire travailler les ETS de travaux publics)et plus que contestée(pratique pour aller au ski) qui passe en pleine campagne dans des zones protégées,emmenant des nuisances de toutes sortes (construction,utilisation,mitage,bruit) et puis en marge et parce que c'est tendance ,on construit quelques malheureux crapoducs !!
C'est vraiment se foutre de la gueule du monde et je trouve cela particuliérement cynique .

lio | 08 février 2012 à 12h03
 
 

par exemple :un massif forestier :RETZ de 20.000 ha (dont 13.000 domaniaux) à moins d'une heure de l'aglomération parisienne :10millions d'habitants
bref UN TRESOR NATIONAL ENVIRONNEMENTAL qui devrait avoir un statut comparable aux Monuments Historique ,sectionné en plein travers par une voie RN2 express 2x2 voies aux caractéristiques autoroutières : 25 km de coupure (25.000mètres),UN passage faune supérieur de 0,08km (80mètres)(qui fonctionne) et déjà certains élus et certains fonctionnaires trouvent que c'est de l'argent gaspillé et demandent l'abandon du 2ème passage prévu 0,04km (40 mètres)...la prise de conscience écologique n'est pas générale!

laubergiste | 09 février 2012 à 10h09
 
 

Grenello-compatible, c'est un concept, coco. J'apprend l'existence de chiroptéroducs, ce qui est instructif. On pense à d'autres noms se terminant par le son "duc"...
Bientôt, on nommera "corridor de biodiversité" le terre-plein central d'une autoroute. C'est beau.

Albatros | 09 février 2012 à 14h44
 
 

Il faut souligner la mise en place de la chose, toutefois.
Bien sûr, les mentalités ne vont pas changer aussi vite qu'il serait souhaitable mais on avance et c'est déjà ça !

lego | 14 février 2012 à 14h53
 
 

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