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La prudence est de rigueur avec les bioplastiques

DECHETS / RECYCLAGE - Actu-Environnement.com - 26/02/2007
 
Malgré tout l'intérêt que peuvent présenter les plastiques produits à partir de ressources renouvelables, de nombreuses incertitudes économiques, environnementales et réglementaires appellent à la prudence.
 
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Le plastique est un matériau polymère dérivé du pétrole. Mais à l'heure où le pétrole devient cher, de nombreuses recherches se portent sur les polymères d'origine végétale appelées biopolymères ou « bioplastiques » comme la cellulose produite à partir de bois ou de maïs ou encore l'amidon de pomme de terre.
Le remplacement de la matière première fossile par une ressource renouvelable est bien évidemment le principal intérêt de ces bioplastiques. Ce point fort et les multiples applications qu'il laisse entrevoir ont poussé la Commission européenne à évaluer le potentiel de développement de ces produits. Résultat, la part de marché des bioplastiques en 2010 devrait être comprise entre 1 et 2% et entre 1 et 4% à l'horizon 2020 alors qu'elle était inférieure à 0,1% en 2002. Donc a priori, le marché des bioplastiques devrait certes se développer mais rester faible au regard des plastiques traditionnels qui représentent 4% des utilisations du pétrole. Une étude à paraître, réalisée par le cabinet Alcimed à la demande de l'ADEME et relayée par le quotidien La Tribune, donne en revanche des résultats plus optimistes : à l'horizon 2015, la consommation des bioplastiques dépasserait la barre des 10% et celle des 20% en 2030. Ces incertitudes quant au développement de ces produits semblent dues aux différents scénarios envisagés par les deux études : mise en place ou non de politique incitative, état d'avancement des technologies de production des polymères, amélioration des caractéristiques techniques des bioplastiques, etc.

À cette incertitude économique, s'ajoute une incertitude environnementale. À l'image des biocarburants, les bioplastiques font l'objet d'études globales sur le bilan environnemental de leur cycle de vie, de la production des végétaux à la fin de vie des produits. Mais les résultats ne sont pas unanimes. Une étude récente de Bio intelligence Service réalisée pour Eco-Emballages conclu par exemple que le caractère renouvelable des résines n'apparaît pas comme un atout environnemental fortement affirmé. Seuls certains bioplastiques présenteraient des bénéfices par rapport aux plastiques d'origine pétrolière et ce pour certains types d'emballages. La question de la consommation d'eau lors de la phase de production des résines, notamment l'amidon de maïs, pourrait en effet poser problème.

Par ailleurs, selon les normes NF EN 134432 et NFU 52-001, un matériau dit « biodégradable » doit être assimilable à au moins 90 % par les micro-organismes en un temps donné, le résultat ultime de cette assimilation étant la production de CO2 et d'eau. Or, au regard de cette définition, il apparaît que certains bioplastiques ne sont pas forcément biodégradables. Inversement, certains matériaux biodégradables ne sont pas forcément fabriqués à partir de ressources renouvelables. Ainsi pour Bernard Hérodin, directeur général d'Eco-Emballages, la situation et encore trop confuse. La définition même des bioplastiques n'est pas claire et les intérêts partent dans tous les sens entre ressources renouvelables et biodégradabilité. Ces deux finalités pouvant au final se contrecarrer. En effet, afin d'améliorer la biodégradabilité ou les performances techniques des bioplastiques qui ne présentent pas encore toutes les caractéristiques nécessaires pour emballer tout type de produit, les fabricants sont amenés à ajouter certains additifs pas toujours issus de ressources renouvelables. Se pose alors la question de la définition de ces bioplastiques : quel pourcentage de ressources renouvelables un bioplastique doit-il contenir pour être défini comme tel ? Doit-il être systématiquement biodégradable ?
Si Eco-Emballages laisse le soin à la réglementation de répondre à la première question, il estime en revanche que la biodégradabilité ne doit pas être un facteur essentiel. Pour Bernard Hérodin, le recyclage s'avère comme la meilleure fin de vie des emballages d'origine végétale car leur tri et leur compostage s'avérera très difficile voire impossible. Eco-Emballages justifie sa position en expliquant qu'il sera difficile pour le particulier ou l'agent de tri de différencier les emballages en bioplastiques des autres emballages et que le compostage de ces bioplastiques ne sera pas aussi facile que celui des déchets fermentescibles même s'ils sont dits biodégradables. Néanmoins, l'entreprise chargée de financer la collecte et le recyclage des emballages prévoit de lancer une réflexion prochainement sur les emballages en bioplastiques avec par exemple des cotisations minorées pour les fabricants utilisant les bioplastiques.

Ainsi, même si pour l'instant la question du devenir de ces produits ne se pose pas encore sur le terrain, le débat est ouvert. Reste surtout à définir correctement ses bioplastiques afin d'éviter des abus de langage à l'image de ce qui a pu se passer en 2005 pour le néosac, annoncé par ses fabricants comme biodégradable alors qu'il n'était que fragmentable sous l'action de la lumière.

F.LABY

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