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Bois : l'Ademe présente son scénario pour accroître l'utilisation de la ressource française

L'Ademe vient de publier des pistes pour accroître le prélèvement du bois disponible en conciliant les trois usages du bois et sans mettre en péril la forêt française. Pour y parvenir, il est indispensable de redynamiser la filière bois hexagonale.

Biodiversité  |    |  Philippe ColletActu-Environnement.com
Environnement & Technique N°357 Cet article a été publié dans Environnement & Technique n°357
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La forêt française est sous-exploitée, alors même que les objectifs français en terme de bois énergie et de bois construction sont ambitieux. Pour remédier à ce problème, l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) a réuni les acteurs de la filière et a travaillé avec eux à des scénarios à l'horizon 2035. Les objectifs français sont atteignables, sans hypothéquer l'avenir des massifs forestiers, conclut l'Agence. Mais, pour y parvenir, il faut revoir les activités de l'ensemble de la filière, des propriétaires aux utilisateurs.

L'étude "Disponibilités forestières pour l'énergie et les matériaux à l'horizon 2035", réalisée par l'Institut national de l'information géographique et forestière (IGN) et l'Institut Forêt cellulose bois-construction ameublement (FCBA), publiée le 23 février, présente la synthèse des scénarios envisageables et les conditions de leur réalisation.

Le bois énergie, mais pas seulement

Pourquoi avoir réalisé un tel travail d'évaluation du potentiel forestier français ? "Il y a bien sûr un intérêt énergétique important, dans le cadre de l'objectif de 23% d'énergie renouvelable pour 2020, mais il n'y a pas que ça", explique Rémi Chabrillat. Le directeur Production et énergies durables à l'Ademe rappelle certains des principaux avantages environnementaux du bois en tant que matériau : il permet de stocker du carbone, il est relativement léger pour la construction et sa préparation consomme peu d'énergie par rapport à d'autres matériaux. Il s'agissait donc, pour l'Ademe, de qualifier les disponibilités françaises pour l'ensemble des usages complémentaires du bois et pas uniquement pour l'énergie.

En l'occurrence, pour une tonne de bois en forêt, un premier tiers est constitué de rémanents qui peuvent être valorisés en bois énergie ou en bois de trituration. Mais l'ensemble ne peut être collecté car il faut permettre la régénération de l'humus en laissant sur le sol une partie de la biomasse. Un deuxième tiers est constitué des pertes en scierie (écorce, chutes et sciures). Ces éléments peuvent être valorisés comme les précédents. Enfin, le dernier tiers constitue le bois d'œuvre. "Il s'agit là d'ordres de grandeur, explique Rémi Chabrillat, mais la principale leçon est que les activités sont complémentaires et qu'on atteint une efficacité bien plus grande en combinant les usages". En ligne de mire, l'évaluation des objectifs de la programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) et le plan bois-construction.

La question est d'autant plus importante que "les dernières années ont été marquées par des tensions en terme d'approvisionnement", explique l'expert de l'Ademe. Or, ces tensions ne sont pas liées à la disponibilité du bois, mais plutôt à des problèmes conjoncturels ou à l'inadaptation de l'outil industriel français. Ainsi, en 2013, un hiver pluvieux a considérablement gêné l'exploitation forestière, empêchant les professionnels d'atteindre les sites avec leurs engins. De même, l'exportation de grumes, faute de débouchés dans les scieries françaises, pose problème car elle prive les acteurs français des chutes et sciures utilisées pour la trituration et le bois énergie.

Evaluer la disponibilité et la demande

Dans ce contexte, l'Ademe s'est attachée à réunir l'ensemble des parties prenantes de la forêt et de la filière bois, des propriétaires aux industriels, en passant par les associations environnementales, pour développer une vision partagée pour la politique publique bois. Objectif ? Accroître les prélèvements sans mettre en péril la forêt française. "Aujourd'hui, on prélève la moitié du bois disponible grâce à l'accroissement de la forêt", explique Rémi Chabrillat, ajoutant qu'"il y a des marges".

Pour y parvenir, l'Agence a réalisé des scénarios en tenant compte notamment des essences de bois, des types d'usage et des formes de propriété forestière. En partant de la ressource forestière, l'étude a calculé la disponibilité brute annuelle, puis la disponibilité technique et économique et enfin la disponibilité supplémentaire mobilisable par rapport à la récolte actuelle. Parallèlement, l'évolution de la demande a été évaluée selon trois scénarios : "marché atone", "énergie et industrie" et "filière dynamique".

Accélérer progressivement le prélèvement

Finalement, l'Ademe retient le scénario appelé "gestion dynamique progressif", dont la mise en œuvre permettrait d'augmenter le taux de prélèvement, c'est-à-dire le rapport entre les prélèvements et la production biologique hors mortalité, pour le porter à 70% en 2035, contre 50 à 55% aujourd'hui. "Ce chiffre confirme le caractère ambitieux du scénario, mais il reste toujours largement inférieur à 100%, chiffre au-delà duquel les forêts décapitalisent car les prélèvements sont supérieurs à la production biologique", explique l'Agence. Cet accroissement représente un volume supplémentaire de 20 millions de m3 d'ici 20 ans, pour une consommation actuelle de l'ordre de 33 millions de m3. Présenté aux parties prenantes en décembre dernier, "ce scénario a reçu un très très bon accueil", se félicite Rémi Chabrillat.

Mais pour mettre en œuvre ce scénario, plusieurs conditions doivent être respectées. Il faut tout d'abord dynamiser la sylviculture et la mobilisation des bois. La même démarche doit être appliquée à la filière bois dans son ensemble (pour développer la première transformation du bois en France) et plus particulièrement à la filière bois d'œuvre feuillu (pour rendre possible techniquement et économiquement la reconquête de marchés perdus). Pour assurer la transition, et offrir des débouchés en attendant le développement du bois d'œuvre potentiel, l'Ademe recommande de valoriser temporairement une partie de cette ressource, en particulier celle de moins bonne qualité, en bois d'industrie ou énergie.

L'étude met aussi l'accent sur la nécessaire augmentation de la récolte des gros bois résineux, notamment pour assurer le renouvellement des massifs forestiers, et sur l'importance de rééquilibrer progressivement la proportion des résineux dans la ressource française. Concernant ce dernier point, l'étude précise que "la transformation de peuplements feuillus de faible valeur économique en plantations résineuses à plus forte croissance pourrait augmenter la récolte de bois œuvre résineux dans les 30 à 60 années à venir". Enfin, il faut améliorer ou modifier les techniques de récolte pour permettre de récolter davantage de menus bois, actuellement laissés sur site.

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