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Boues des Step urbaines : le retour d'expérience des adhérents d'Amorce

Flux entrants, choix des traitements, coûts, Amorce s'est intéressé à la gestion des boues des stations d'épuration urbaines de ses adhérents. Son enquête montre que la valorisation organique reste une solution intéressante pour les collectivités.

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Aussi bien d'un point de vue environnemental qu'économique, la valorisation organique des boues de stations d'épuration urbaines (Step) constitue une solution intéressante pour les collectivités, selon une étude d'Amorce, publiée en novembre 2012. L'association a réalisé auprès de ses adhérents une enquête sur leurs choix concernant la gestion des boues. Epandage direct, compostage ou méthanisation, les résultats de l'étude montrent que la plupart des boues retournent au sol.

L'enquête a recensé les données correspondant à 123.601 tonnes de matières sèches de boues traitées et valorisées ou éliminées en 2011. En comparaison, au niveau national, le gisement de boues issu des Step représente 1,1 million de tonnes de matières sèches en 2010, selon le ministère de l'écologie, du développement durable et de l'énergie.

Accroissement démographique, meilleure efficacité des stations d'épuration urbaines et augmentation du taux de raccordement aux réseaux d'assainissement collectif, la production a connu une augmentation entre 1999 et 2007. Elle se stabilise aujourd'hui.

22 Step reçoivent des eaux usées industrielles

Concernant les effluents, vingt-deux des collectivités interrogées reçoivent des eaux usées industrielles dans leurs step. Pour 9% de ces dernières, ces effluents représentent entre 21 et 30% des flux. Pour la majorité (57%), cependant, cette part reste en dessous de 20% du volume total traité. 34% des collectivités ne connaissent pas le pourcentage des eaux industrielles reçues dans leurs stations d'épuration.

Pour la question des traitements, l'état des lieux d'Amorce révèle que la déshydratation seule ainsi qu'en combinaison avec l'épaississement restent les solutions les plus utilisées.

"La technique de centrifugation est beaucoup plus utilisée que le filtre presse qui est moins adapté à tous les types de stations d'épuration - plus lourd à exploiter, moins automatisable", note Amorce.

Ensuite, vingt-cinq des collectivités interrogées épandent directement leurs boues traitées (soit 74.493 tonnes de matières sèches (MS) en 2011). La siccité serait comprise entre 21 et 30%. La majorité fait appel à un prestataire pour valoriser les boues et assurer le suivi des opérations. " Huit collectivités sur 12 ont indiqué, lors de cette enquête, ne rien payer à l'agriculteur et 4 ont fixé un prix variant de 2 à 20 €HT / tonne de boue épandue, qui correspond à des prestations diverses d'analyses et de suivi de l'épandage", précise le document.

Le Syndicat des Professionnels du Recyclage en Agriculture estime le coût global d'épandage des boues (incluant le transport, les analyses, l'épandage et le suivi) à une fourchette comprise entre 20 et 30 € par tonne épandue. Un tiers de ce prix correspond au transport des boues. Selon l'enquête Amorce, la prise en charge économique du transport des boues est assurée à 86% par le service assainissement, 7% par le service déchets, 3% par l'assainissement et les déchets et 4% par un société privée qui récupère les boues pour les valoriser.

"Cinq collectivités ont signalé qu'elles rencontraient des difficultés pour réaliser cet épandage essentiellement en raison de l'incohérence entre la grande quantité de boues produites d'une part et la petite surface et la courte période d'épandage autorisées d'autre part", pointe Amorce.

Pour y remédier, la stratégie de trois d'entre elles consistera à se tourner vers le compostage ou la méthanisation pour réduire la quantité de boues à épandre et faciliter le stockage des boues en dehors de la période d'épandage.

Vingt-trois collectivités parmi les sondées ont préféré envoyer une partie de leurs boues en compostage ou en méthanisation (27.396 tonnes MS).

"Selon le contexte et la technologie utilisée, le prix payé pour le compostage varie (…) les exploitants d'installations de compostage indiquent une moyenne de 45-50 €/tonne voire jusque 70 €/ tonne de boues, incluant l'amortissement de l'installation (15 à 20 €/tonne)", détaille Amorce. Trois des collectivités sondées ont vendu 23.942 tonnes de compost à un prix moyen de 3,3 €HT/tonne.

Le compost de boues de Step, un déchet ?

D'un point de vue réglementaire, les composts et digestats de boues de stations d'épuration urbaines pourraient ne plus être considérés comme des déchets au niveau européen.

Le Centre de recherche de la Commission européenne (JRC) doit transmettre prochainement un rapport final sur cette question à la Commission européenne. Celle-ci décidera ensuite de la publication ou non d'un règlement européen (qui s'appliquerait alors directement aux Etats membres, sans délai).

Les composts issus de boues de Step ne peuvent pas être utilisés pour des sols exploités en agriculture biologique.

Onze collectivités ont choisi l'incinération (18.086 tonnes MS) dont 8 d'entre elles qui co-traitent les boues avec les ordures ménagères (siccité moyenne de 20 à 30%).

"Le prix que les producteurs de boues paient pour la valorisation énergétique varie de 58 à 107 €HT/ tMB, soit en moyenne 70 €HT/ tMB, note Amorce, sachant que la moyenne nationale du prix de l'incinération des déchets est de 84 €HT par tonne incinérée pour les collectivités clientes d'un incinérateur en 2009".

6.495 tonnes enfouies avec une siccité comprise entre 30% et 40%

Quatre collectivités continuent à opter pour un enfouissement (2.176 tonnes MS). Depuis juillet 2002, les boues ne devraient plus être stockées en centre d'enfouissement. Cette échéance n'a cependant pas pu être respectée en Europe. La réduction progressive du stockage des déchets municipaux biodégradables a donc été planifiée jusqu'en 2015. Les boues sont autorisées en installation de stockage de déchets non dangereux (ISDND) si elles contiennent au moins 30 % de matière sèche.

Selon l'enquête d'Amorce, 6.495 tonnes de boues ont été enfouies en 2011 avec une siccité comprise entre 30% et 40%.

"Les producteurs de boues paient un prix variant de 47 à 96 €HT/ tMB hors TGAP pour envoyer les boues en ISDND, soit 67 €HT/ tMB en moyenne, souligne Amorce, d'après les résultats de cette enquête, la quasi totalité des boues traitées thermiquement ou stockées sont préalablement épaissies, déshydratées et/ou séchées sur STEP, mais rarement stabilisées".

Une des autres options retenues par les collectivités interrogées par Amorce consiste enfin à valoriser les boues en papeterie ou en cimenterie (1.450 tonnes MS).

Réactions7 réactions à cet article

 

Je suis persuadé que ces boues sont bourrées de nombreux polluants toxiques '( métaux lourds, solvants...! Ces boues sont d'ailleurs interdites en Agriculture Biologique....ce n'est pas pour rien...
A quoi cela sert-il de "traiter" les eaux usées si c'est pour finalement déverser les boues ( un cocktail des polluants )dans la nature !

geratschu | 06 décembre 2012 à 11h04
 
 

moi je pense que la valorisation de ces boues est possible surtout en agriculture, il suffit simplement de faire un bon choix du traitement, tel par exemple les filtres plantés de roseaux (fixe les métaux lourd et autres polluants)sont efficaces .

guyzo | 23 décembre 2012 à 09h14
 
 

Les "décideurs" (dont les SPANC) de l'assainissement non collectif (ANC) imposés à plus de 5 millions de foyers (plus de 12 millions de personnes) légitiment les dépenses souvent insupportables imposées elles aussi, par la nécessité de ne pas envoyer les boues, le suivi des eaux usées, dans la nature qui serait ravagée. Pourquoi pas ?

Du coup on interdit aux agriculteurs de pomper ces boues dans les fosses individuelles pour les épandre sur leur terrain. Pourquoi pas ?

Le particulier doit donc faire appel à une entreprise agréer, forcément très chère, pour faire la vidange de sa fosse. La loi oblige. Pourquoi pas ?
Mais attention ! Avant que les boues atteignent 50 % de la fosse (donc une fréquence multipliée des vidanges... payantes).
Autrement la pollution, horrible entité qui semble avoir remplacé le diable de nos anciens, bondit de sa cachette pour anéantir la planète. Pourquoi pas ?
En fin de course... Ces boues sont tout simplement épandues dans notre belle nature que l'épandage individuel, soi-disant, foutait en l'air.

Tout ça a une bien mauvaise odeur de fric sur fond de mensonges avec bien entendu l'alibi de sauvegarde de l'environnement.
Il fut une époque où on était "un anticommuniste primaire" quand on mettait en doute la réalité du paradis soviétique.
Aujourd'hui, mettre en cause le bluff énorme d'obligations porteuses de revenus considérables (à certains), mais inutiles à l'environnement, c'est être un "antiécolo primaire".
Je plaide coupable.

micocharly | 17 janvier 2013 à 13h00
 
 

En bio, les boues sont interdites mais pas le compost bourré de ces mêmes polluants. L'effet des métaux lourds est cumulatif dans l'organisme (les effets à retardement ne se déclarent pas au même stade chez différents malades). Les cantines scolaires, les repas d'hôpitaux, de maternité, les restaurants d'entreprise, les fabricants de pots pour bébés, même s'ils font l'effort du bio, empoisonnent à leur insu leurs clients.
Avec la bénédiction du législateur !
En attendant que ces poisons soient ôtés des boues de step, il faut exiger la création d'un label de compost "propre" (sans boues de STEP) !

Sylvarec | 24 septembre 2013 à 19h09
 
 

Par curiosité, regardez ce qui est arrivé aux maraîchers de la plaine de Pierrelaye après dix ans d'épandages de ces polluants planqués dans les boues...
Ce sont les mêmes polluants qui transitent maintenant par le compost pour revenir quand même dans les cultures, comme si décidément on n'avait rien appris de nos erreurs passées : il suffit de tricher sans se faire prendre pour recommencer à empoisonner en toute sérénité...

Sylvarec | 24 septembre 2013 à 19h18
 
 

Les TCR (taillis à courte rotation) et les roseaux fixent en effet une partie des polluants mais uniquement des lixiviats. Le reste est mélangé au compost pour accélérer sa fermentation. Et on le retrouve dans nos assiettes...

Sylvarec | 24 septembre 2013 à 19h21
 
 

Et si on trouvait une manière d'éliminer physiquement les boues biologiques urbaines et industrielles avec un taux d’élimination (selon le taux de matière organique bien sûr) supérieur à 70% selon le ratio eau – résidus sec, et ce en moins de 48 heures ?
Cela répondrait à pas mal de souci, non ?

Patapouf | 22 octobre 2013 à 17h56
 
 

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