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Améliorer la qualité de l'eau des captages, des pistes et des freins à l'action

Des outils existent pour encourager l'amélioration de la qualité de la ressource en eau d'un captage. Mais les déployer pour améliorer les objectifs de la DCE suppose l'implication de nombreux acteurs.

Eau  |    |  Actu-Environnement.com

Même si les pollutions diffuses des captages d'eau potable sont parfois d'origine non agricole - green des golfs, assainissements non efficaces, voiries, chemins de fer, terrains de sports et militaires, cimetières, jardins des particuliers, etc – l'agriculture est reconnue comme cause majeure de la fermeture des captages. L'ensemble des Aires d'alimentation de captages (AAC) représente d'ailleurs 5% de la surface agricole utile (SAU) selon l'Assemblée permanente des chambres d'agriculture (APCA).

Sachant que les objectifs de la Directive cadre sur l'eau et du Grenelle de l'environnement semblent loin d'être atteints, le réseau eau d'IDEAL Connaissances a décidé de consacrer sa dernière rencontre technique aux moyens de protéger les captages d'eau potable, qu'ils soient Grenelle prioritaires ou identifiés comme à protéger dans le cadre des SDAGE.

Mode d'action recommandé

La protection des captages relève d'une problématique transversale, à l'échelle d'un territoire qui varie de quelques dizaines d'hectares à l'échelle d'un bassin versant fluvial. Dans un premier temps, il est nécessaire de définir les opérateurs : le maître d'ouvrage du captage et un comité de pilotage pour valider les orientations. Viennent ensuite des études de délimitation de l'AAC, appelée aussi Bassin d'alimentation des captages (BAC), et de la vulnérabilité intrinsèque du captage combinée à un diagnostic territorial des pressions polluantes sur la ressource. A partir de quoi peut être élaboré un programme d'action d'amélioration de la ressource, sur cinq ans, basé sur le déploiement d'outils de protection : MAE, maîtrise foncière, investissements en matériels, dispositifs ZSCE (Zone Soumise à Contrainte Environnementale), contrats territoriaux, formation du personnel agricole, animation, affichage, etc. Un guide a été élaboré pour ce faire par les ministères en charge de l'agriculture et de l'environnement : le rapport de mai 2011 sur la mise en place des programmes de protection des AAC pour l'eau potable. Un document plus fouillé que le guide de recommandations de bonnes pratiques partenariales pour la protection des captages d'eau potable élaboré dans le cadre de la charte signée en octobre 2009 entre la Fédération Professionnelle des Entreprises de l'Eau (FP2E) et l'APCA.

Cartographier la vulnérabilité intrinsèque des captages

Pour les captages d'eau de surface, un guide est en cours d'élaboration au sein de l'IRSTEA (ex Cemagref), basé sur une méthodologie de cartes de vulnérabilité par types de transferts : eaux de ruissellement sur sols saturés et sur sols battants, transferts de polluants via la dérive des pulvérisateurs et des systèmes de drainage, etc. "Cette méthode a l'avantage d'améliorer la pertinence du choix des actions à mettre en place en fonction de leur qualité à limiter tel ou tel type de transfert", estime Frédéric Barrez, hydrogéologue de l'unité pollutions diffuses de l'IRSTEA.

Pour les captages d'eau souterraine (95% des 30.000 captages français, pour 62% du volume produit) il existe depuis 2007 le guide élaboré par le BRGM "Délimitation des bassins d'alimentation des captages et cartographie de leur vulnérabilité vis à vis des pollutions diffuses". Il repose sur une méthodologie reprise dans le cahier des charges des Agences de l'eau qui financent les MAE, mais pas de manière systématique par les bureaux d'études. Dans ce guide sont distingués les systèmes hydrogéologiques continus et discontinus (karstiques et fissurés). Dans le cas des systèmes continus, par exemple, l'analyse de la vulnérabilité repose sur des critères pondérés : sol (épaisseur, texture...), pluie efficace moyenne (mm/an), topographie et zone non saturée, hauteur piézométrique, perméabilité, etc. Cette pondération "permet de localiser la ou les zones de l'AAC les plus sensibles au transfert de nitrates et de phytosanitaires vers les eaux souterraines, notamment par infiltration, et in fine d'identifier les zones qui seront à prioriser dans le plan d'action", souligne Frédéric Barrez.

Dans le cas des captages mixtes, il importe d'identifier la contribution en eaux souterraines et en eaux de surface, et d'améliorer les indicateurs des programmes d'action et de tendance d'états chroniques. Dans le cas de captages situés à proximité, l'idéal serait de les intégrer dans de mêmes études préalables à l'élaboration du programme d'action.

Freins à la démarche

Bien sûr, il subsiste des besoins en R&D, notamment dans l'élaboration de logiciels de modélisation pour simuler l'évolution de la qualité de l'eau basés sur le coulage de modèles agronomique (de transfert dans le sol, très complexes) et hydrogéologique (de diffusion dans la nappe). Et d'autant plus lorsqu'il s'agit de modéliser le transfert de polluants. Sachant que dans le sol d'une part la dégradation peut conduire à la formation de nouveaux métabolites, également polluants, et d'autre part les coefficients d'absorption différents selon les molécules.

Mais les principales limites à la mise en œuvre de toute cette démarche reposent sur le manque d'acquisition de données. Les cartes piézométriques régionales pour estimer les lignes d'écoulement des eaux n'ont que peu de points ; en obtenir d'autres suppose d'effectuer de nouveaux forages, ce qui représente un coût. Mais surtout, les acteurs s'accordent sur la difficulté à obtenir des données agronomiques relatives aux pratiques agricoles (nature, quantité et fréquence d'usage de produits phytosanitaires ; mode de culture, etc.) à l'échelle de la parcelle. La culture de pommes de terre, par exemple, créée des petits ruisseaux temporaires. L'exutoire d'un système de drainage dans un champ au niveau du bétoire d'une zone karstique représente un point d'infiltration majeure. "Ce manque est regrettable, souligne Frédéric Barrez, car seules des données fines permettent d'évaluer l'efficacité des mesures prises et d'effectuer des comparaisons".

D'une manière générale, il n'existe pas de donnés bancarisées. Ce qui suppose un fastidieux travail de recueil dans les rapports des hydrogéologues agréés, à la chambre d'agriculture et au niveau des coopératives agricoles, auprès des agences régionales de santé, des syndicats d'eau et des agences de l'eau, de Météo-France et aussi des ex-DRAF.

En outre, les MAE sont peu soutenues financièrement par la PAC et ne sont pas autorisées dans le cadre d'échanges de parcelles, ce qui ne facilite pas l'implication des agriculteurs. Tandis que les résultats du programme d'action peuvent mettre des années avant de montrer leur efficacité."On se trouve en situation de confronter logique du système naturel qui réagit lentement et logique du territoire et de financement, car la mise en œuvre de ce plan d'action a un coût, stipule Jean-François Vernoux, hydrogéologue du BRGM. L'objectif étant d'améliorer la qualité de l'eau, pas seulement au niveau du point de captage".

Réactions4 réactions à cet article

 

Le dernier paragraphe me fait réagir, car il est inéxact de dire que les MAE " sont peu soutenues financièrement par la PAC et ne sont pas autorisées dans le cadre d'échanges de parcelles".
En effet les MAE sont aidées au titre du 2ème pilier de la PAC, pour la remise en herbe d'une parcelle sur un captage DCE l'aide peut aller jusqu'à 450€ par hectare et par an. Même si le cours actuel des céréales tend à déprécier ce montant, il est tout de même exagéré de dire que les MAE sont peu soutenues.
D'autre part en cas d'échange de parcelles, si la parcelle échangée bénéficiait d'une MAE, le repreneur de la parcelle reprend aussi la MAE et l'indemnisation qui va avec. S'il n'y en avait pas, les conditions de souscription d'une MAE sont les même sur la parcelle échangée que sur les autres parcelles. Mais en aucun cas celles-ci sont interdites en cas d'échange.

guilfeust | 14 juin 2012 à 08h38
 
 

Pourquoi est-il nécessaire de monter des usines à "gaz" extrèmement couteuses dès qu'on aborde la protection de l'eau, alors que des procédés très simples et bon marché d'origine purement biologiques fonctionnent parfaitement, dès qu'on traite les problèmes en amont (au sens propre sur le terrain). Je vous ai personnellement adressé plusieurs fois des infos sur des entreprises qui utilisent avec succès ces procédés depuis des années. Mais cela est resté, apparemment, lettre morte. Salutations.

bwalterl | 14 juin 2012 à 16h54
 
 

La question est que les MAE ne sont pas suffisament remunératrices pour faire de la substitution et apportent de réelles contraintes.

Quand la MAE payera plus que l'aide non découplée; on pourra être optimiste!!! Ce en quoi le propos rapporté à sa part de vérité.

audaces | 15 juin 2012 à 12h23
 
 

Le second pilier de la PAC ne représente pas grand chose par rapport au premier pilier qui fait la promotion d'une agriculture plus intensive ! Les deux sont en contradiction. Par échange de terres, je pense qu'il s'agit des échanges provisoires entre agriculteurs pour limiter les maladies via la diversification de l’assolement. Et cela, ce n'est pas permis ! le dernier paragraphe est donc exacte bien que peu précis.

loup | 29 juin 2012 à 15h00
 
 

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