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Qualité de l'air : Airparif confirme le rôle prépondérant du trafic routier dans la pollution aux PM2,5

C'est une conclusion qui peut paraître évidente mais qui demandait confirmation : à proximité du trafic routier c'est bien le transport routier qui est la principale source de PM2,5. Une conclusion qui plaide en faveur des Zapa.

Air  |    |  Philippe ColletActu-Environnement.com

Mercredi 14 septembre 2011, Airparif a présenté une étude déterminant l'origine des particules fines (PM2,5) et les principales activités à l'origine des émissions. L'étude, menée de 2009 à 2011 en partenariat avec le Laboratoire des sciences du climat et de l'environnement (LSCE), se base sur la méthode développée à Berlin (Allemagne) et a nécessité près de 90.000 analyses chimiques de filtres issus de 6 sites répartis en Île-de-France.

Son objectif ? "Aider à l'identification de mesures appropriées pour faire baisser les teneurs en particules dans l'environnement", précise Airparif.

Le Périphérique et la voiture

Anne Kauffmann, responsable du pôle études à Airparif détaille le mode opératoire poursuivi dans le cadre de l'étude sur les PM 2,5.
Anne Kauffmann, responsable du pôle études à Airparif détaille le mode opératoire poursuivi dans le cadre de l'étude sur les PM 2,5.
 
Pour les sites proches du trafic, les mesures ont été prises à la Porte d'Orléans sur le Périphérique parisien, un site qui a affiché en 2010 plus de 155 dépassements du seuil européen des 50 microgrammes par mètre cube de particules grossières (PM10), soit plus de quatre fois les 35 dépassements autorisés par la loi.

Sans grande surprise, le trafic routier domine et représente prés de 44 % de l'ensemble des PM2.5 en suspension. Le solde provient pour 17 % de la pollution générale de l'agglomération parisienne et pour 39 % d'autres régions françaises et européennes. Quant aux PM10, "le trafic empruntant le Périphérique contribue aussi à près de la moitié de la concentration", une contribution "stable tout au long de l'année".

Les mesures réalisées à l'écart de trafic routier concernent des zones moins problématiques en termes de santé publique, puisque les seuils européens ont été dépassés 21 fois en 2010. La source principale de la pollution du fond de l'air est le transfert de pollution qui compte pour 68 %. Quant à la pollution locale, sur laquelle peuvent agir les élus franciliens, elle se compose de quatre parts : 8 % de l'ensemble des PM2,5 sont issus du trafic routier francilien, 7 % sont produits par le chauffage au bois, 7 % proviennent de réactions chimiques atmosphériques et 3 % sont émis par l'industrie.

"On a enfin une réponse très claire" se satisfait Denis Baupin, adjoint au maire de Paris en charge de l'environnement, ajoutant que "là où se posent les problèmes sanitaires, on constate la contribution incontestable du trafic et en particulier du diesel."

Vers des ZAPA ambitieuses ?

Effectivement, les conclusions de l'étude pointent "la stabilité de la contribution du trafic au cours de l'année, associée à la récurrence un jour sur deux des dépassements de la valeur limite, [qui] plaide pour des mesures de réduction chroniques et à large échelle". Une stratégie qui présenterait aussi "l'avantage de faire baisser le nombre et l'intensité des épisodes de pollution".

Des conclusions qui semblent appuyer la volonté de certains élus franciliens qui militent pour la mise en place d'une large Zone d'action prioritaire pour l'air (Zapa). Celle-ci irait "jusqu'à l'A86", explique Denis Baupin faisant état du plus ambitieux des quatre projets actuellement évalués par la Mairie de Paris et les communes concernées. Berlin, souvent citée en exemple pour sa zone basse émission, a réduit de 58 % les émissions de l'ensemble du parc automobile en 3 ans, explique Martin Lutz, en charge du dossier au Sénat de Berlin.

Quant aux actions ponctuelles, elles peuvent "diminuer l'ampleur" des pics de pollution en l'absence de vent si elles ciblent plusieurs sources et elles présentent "un intérêt sanitaire pour les personnes sensibles [,mais] elles ne contribuent pas à améliorer la qualité de l'air respiré au quotidien".

Le diesel en première ligne

L'étude fait apparaître qu'à proximité du trafic, les véhicules diesels contribuent à 90% des niveaux de particules fines produits par le trafic. Par ailleurs, 50% des particules émises par les véhicules diesel proviennent des voitures particulières, 20 à 35% des véhicules de livraison, et 10 à 20% des poids lourds.

La contribution des véhicules essence est pour sa part liée essentiellement aux deux roues de moins de 50 cm3. Elle "ne doit pas être sous-estimée en ville", indique Airparif, expliquant qu'en centre ville elle représente jusqu'à 7% des particules liées au trafic.

Enfin, si le trafic engendre avant tout des fumées d'échappement, la remise en suspension de particules déposées au sol et l'abrasion des véhicules (pneus, plaquettes de freins…) et de la route peut également être importante : 6% sur le Périphérique et 24% sur le boulevard Haussmann.

Réduire le carbone élémentaire

 
Réduire les émissions du chauffage bois Si le problème posé par le bois de chauffage est moins critique que celui associé au diesel, il convient cependant d'en tenir compte et d'y remédier. Selon la DRIEE d'Île-de-France, cette source de pollution pourrait être réduite en encourageant les particuliers à s'équiper en foyers de cheminée fermés et en incitant les collectivités à recourir à des chaufferies bois de grande taille.
 
Concrètement pour réduire les émissions, l'étude propose de combiner trois pistes complémentaires.

A l'échelle géographique, il s'agit d'établir des actions spécifiques sur le trafic d'un axe routier pour diminuer son niveau de pollution. A cela s'ajoutent des actions complémentaires à l'échelle de l'agglomération parisienne et des mesures nationales et européennes.

S'agissant des sources d'émissions, "la part du trafic diesel est relativement importante". Par ailleurs, la contribution du chauffage au bois doit être prise en compte, d'autant plus que ce mode de chauffage est "relativement minoritaire en Ile-de-France, contrairement à son impact".

Quant aux polluants, "l'analyse de la composition chimique de particules le long du trafic a de plus mis en évidence que des actions sur le trafic permettraient probablement d'apporter un bénéfice sanitaire complémentaire" Il s'agit notamment de réduire les émissions de carbone élémentaire, "émis à 80% par le trafic et qui serait en partie à l'origine de la toxicité des PM2.5".

Réactions5 réactions à cet article

 

les voitures a mazout grande spécialité de nos constructeurs nationaux !!
pourquoi croyez vous que le gazoil est moins cher a la pompe ?En suisse le prix est le même et la végétation des bords de routes n'est pas noire comme en france.

lio | 15 septembre 2011 à 10h29
 
 

Dans la partie « Réduire le carbone élémentaire », l’article évoque le chauffage au bois : « la contribution du chauffage au bois doit être prise en compte, d'autant plus que ce mode de chauffage est "relativement minoritaire en Ile-de-France, contrairement à son impact" ».

Le constat est le même en moyenne nationale, comme en Suisse par ex. : le chauffage au bois pollue d’une façon disproportionnée par rapport au rôle relativement secondaire qu’il joue sur le marché de l’énergie.

En France, la combustion du bois représente près de 40% des émissions nationales de particules
PM2,5 avec une part majeure du secteur domestique qui représente à lui seul 34% des émissions de PM2,5 (appareils de combustion du bois très majoritairement, brûlage de végétaux à l’air libre). Le secteur des transports arrive en dernière position (14% des émissions) mais il peut être en ville une source principale d'émission de particules (40 à 70% dans certaines agglomérations). Sources : Plan particules complet (PDF), p. 9, 13 et 16. et « D’où viennent les particules ? » sur le site du ministère du développement durable.

à suivre….

vivarais | 15 octobre 2012 à 15h40
 
 

Pour les Offices suisses de l’environnement (OFEV) et de l’énergie (OFEN), les émissions excessives concernent tous les appareils de chauffage au bois « Les chauffages au bois provoquent aujourd’hui des émissions de poussières fines en quantité disproportionnée, qu’il s’agisse des petits chauffages ou des installations automatiques de taille beaucoup plus importante ».
Contrairement aux chauffages au fioul ou au gaz, « le mode d’exploitation des chauffages au bois et le combustible utilisé peuvent influencer considérablement les émissions générées lors de l’utilisation courante » (doc PDF « Prise de position relative aux poussières fines des chauffages au bois », 2006).
Le problème concerne avant tout les appareils à bois bûche : « la taille de la bûche et son humidité peuvent fortement varier et influencer la combustion. Par conséquent, le choix de la bonne qualité de combustible de même qu'un pilotage et une exploitation de l'installation dans les règles de l'art sont essentiels pour minimiser les émissions ». Le réglage de l’appareil est capital :
- apport d’air insuffisant : « de nombreuses poussières fines primaires sont émises sous forme de suie ».
- apport d’air trop important : « les éléments non consumés (COV) génèrent des poussières fines supplémentaires, soit directement, soit suite à des réactions chimiques avec d'autres polluants atmosphériques (poussières fines secondaires) ». (« Sources de polluants atmosphériques: chauffages au bois » sur le site de l’OFEV).

vivarais | 15 octobre 2012 à 16h48
 
 

Suite

Le chauffage au bois peut localement polluer plus que le transport routier : « À Roveredo [canton des Grisons], les chauffages au bois locaux émettent en hiver jusqu’à six fois plus de poussières fines que les camions en transit sur la route du San Bernardino, très fréquentée » (doc PDF « Chauffages Du bois d’accord, mais jamais sans filtre » de l’OFEV, 2007). Outre les filtres à particules pour chaufferies biomasse de grande taille, le document évoque les filtres à particules (électrofiltres) développés en Suisse pour réduire les émissions des petits chauffages au bois.

Mais les émissions polluantes ne sont pas seulement un problème local. Dans la partie « Le Périphérique et la voiture », l’article signale l’importance des transferts de pollution. Selon l’OMS, les principaux responsables des transferts à longue distance de particules PM2,5 à l’horizon 2020 en Europe des 15 ne seront pas les sources mobiles mais les petits appareils domestiques de combustion du bois (38% des émissions, contre 22% pour les sources mobiles, dont 7% pour le diesel). (doc PDF « Health risks of particulate matter from long-range transboundary air pollution », 2006, p. 29, 30).

vivarais | 16 octobre 2012 à 09h26
 
 

Suite

Pour prolonger l’encadré de l’article : « Réduire les émissions du chauffage bois ».
Le projet « Mise en oeuvre locale du plan particules » (PDF) du ministère du développement durable envisage différentes actions au niveau local dans le secteur domestique, par exemple :
- Réorienter la communication publique sur les risques liés à une mauvaise combustion de la biomasse et au brûlage à l’air libre. (p. 4).
- Limiter la combustion du bois individuelle dans les zones sensibles et/ou les PPA :
a) Soumettre les nouvelles constructions équipées d’un appareil de chauffage au bois, comme les constructions existantes, à l’obligation d’un électrofiltre (cf. mon intervention précédente), prévoir le cas échéant un accompagnement financier local.
b) Limiter la combustion du bois individuelle :
b-1 Installations neuves, voire reventes immobilières : interdiction d’installer des foyers ouverts. Interdiction d’un chauffage principal au bois. Obligation pour les installations d’avoir le label Flamme Verte 5 étoiles, voire d’être équipées d'un électrofiltre.
b-2 Pour l’existant, interdiction de la combustion du bois sauf s’il s’agit du seul chauffage principal. Interdiction de la combustion du bois en foyer ouvert, même à des fins d’agréments.
- Quel que soit le logement, interdire le recours au chauffage au bois d’agrément en cas de pic de pollution. (p.8).
- Bâtiments : préférer les réseaux de chaleur ou les installations collectives de combustion du bois. (p.11).

vivarais | 16 octobre 2012 à 14h29
 
 

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