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Le carbone importé, fantôme des inventaires

Alors qu'officiellement les émissions de GES de la France sont en diminution, elles s'illustrent par une dérive non comptabilisée dans les inventaires, liée à l'importation de produits fabriqués à l'autre bout du monde, souligne une étude du RAC.

Climat  |    |  Agnès SinaïActu-Environnement.com

A première vue, la France est une bonne élève en matière d'application des objectifs de réduction d'émissions qu'elle s'est assignée. Entre 1990 et 2011, l'Hexagone a réduit de 16% ses gaz à effet de serre, selon l'inventaire du Citepa, organe officiel d'inventaire des émissions françaises. Mais une étude sur les émissions importées, passager clandestin du commerce mondial, présentée à Paris le 17 mai par le Réseau action climat France (RAC-F), va à rebours des idées reçues : "Ces réductions ne résultent que de très peu de politiques publiques visant à modifier structurellement et durablement nos trajectoires d'émissions et de développement. En réalité, la France a augmenté ses émissions de CO2 de 15% entre 2000 et 2010. A ce rythme, la France ne va donc pas atteindre le facteur 4", alertent Meike Fink et Célia Gautier, du RAC-F, rédactrices du document.

L'étude du RAC dévoile une saisissante compilation de données, réalisée en partenariat avec l'Ademe et le Citepa. La zone d'ombre réside dans le fait que les chiffres officiels ne prennent en compte que les émissions produites sur le territoire, mais pas les flux de gaz à effet de serre résultant de biens de consommation produits à l'autre bout du monde, mais importés et achetés en France. Ces flux peuvent être considérés comme "clandestins", au sens où ils échappent aux statistiques officielles. Ils proviennent soit de produits manufacturés, tels que ceux qu'exporte la Chine, soit de matières premières, exportées par la Russie par exemple.

40% des émissions dues à la production de biens exportés à l'international sont émises par des industries très consommatrices d'énergie (sidérurgie, ciment, papier), dont une proportion croissante est située dans les pays émergents. Entre 1990 et 2008, leurs exportations ont augmenté de 160%, selon un article publié par la revue de l'Académie des sciences des Etats-Unis et cité par l'étude du RAC-F. Les industries relativement moins consommatrices d'énergie comme le textile, l'électronique, l'automobile, montrent une augmentation non négligeable de leurs émissions, qui atteignent 30% des émissions exportées entre 1990 et 2008.

Un tiers des émissions individuelles escamotées

La France présente l'un des plus forts taux d'importation d'émissions de CO2. Selon une étude sur l'empreinte carbone des Français, publiée en 2012 par le Commissariat général au développement durable et le Service de l'Observation et des Statistiques (SOeS), les émissions liées à la consommation ont augmenté de 14% entre 1990 et 2007. Les émissions liées aux importations pèsent lourd dans la balance française : elles représentent 43% de l'empreinte carbone de la consommation nationale en 2007. Rapportée aux individus, l'empreinte carbone a augmenté de 5% par Français entre 1990 et 2007, alors que, au cours de la même période, le niveau moyen individuel d'émissions de gaz à effet de serre sur le territoire a diminué de 15%. C'est ainsi que, par un tour de passe passe, les statistiques officielles escamotent un tiers des émissions individuelles.

Les produits importés à fort contenu de CO2 sont issus de l'industrie extractive, des produits chimiques et plastiques, que l'on retrouve dans l'industrie alimentaire, l'automobile et les équipements, y compris les équipements électriques et électroniques. Les émissions liées aux importations de ces produits affichent une hausse importante de 1990 à 2007 : + 11% pour les fournitures agricoles non transformées, + 25% pour les produits alimentaires finis. Selon le SOeS, en 2005, la France a importé de l'étranger 30 millions de tonnes de CO2 liées au secteur automobile ou aux transports. Les économies sont interconnectées via le commerce mondial. En Europe, les relations commerciales entre la France et l'Allemagne sont particulièrement denses : l'Allemagne est le premier client de la France et son premier fournisseur. La France exporte en Allemagne des produits similaires à ceux qu'elle produit sur son propre territoire. Ne serait-il pas préférable d'un point de vue climatique qu'elle consomme les biens qu'elle produit sur son propre territoire, interroge l'étude du RAC ?

Diviser par 6 plutôt que par 4

A l'échelle globale, le Protocole de Kyoto est aveugle face aux émissions liées à la consommation. Or, entre 1990 et 2008, 16 gigatonnes de CO2 ont été transférées des pays émergents aux pays industrialisés de l'annexe 1 (soumis à des obligations de réductions d'émissions), sans que ces mouvements soient comptabilisés par la méthodologie de la Convention climat. Le transfert d'émissions est passé de 1,1 gigatonnes de CO2 en 1990 à 2,4 gigatonnes de CO2 en 2010. Ce flux d'émissions délocalisées dépasse les réductions d'émissions induites par le Protocole de Kyoto. Leur comptabilisation actuelle exclut également les émissions liées au transport international, parce que les inventaires nationaux sont fondés sur la production rattachée à un territoire. Or le transport voit ses émissions augmenter de manière constante. Prendre en compte les émissions liées à la consommation permettrait de réguler le secteur très émetteur qu'est le transport international de marchandises.

Dans une économie mondialisée, marquée par un commerce international à croissance rapide, les inventaires d'émissions relevant de la production territoriale apparaissent anachroniques : les méthodologies actuelles touchent à leurs limites, souligne l'étude du RAC. Les consommateurs devraient pouvoir être conscients des émissions incorporées dans les produits de consommation. Mais les pays émergents pourraient s'opposer à une comptabilisation de leurs exportations d'émissions vers les pays industrialisés. L'idéal serait de définir une responsabilité partagée entre le pays producteur et le pays consommateur. Le préalable en est la prise de conscience des transferts internationaux d'émissions, grâce à une comptabilisation appropriée qui "déclandestiniserait" ces flux fantômes. Il apparaîtra alors que ce n'est pas par 4, mais par 6, que les émissions actuelles par personne devraient être divisées en France. De quoi inciter à réduire le niveau de consommation dans les pays industrialisés, et promouvoir un nouveau paradigme global.

Réactions2 réactions à cet article

 

Avec le Carbone comme avec d'autres choses (industrie chimique) le recours a des moyens de production à l'étranger permet de présenter des chiffres satisfaisants.
Mais sans une modification radicale de nos modes de vie, dans un sens qui paraitra a beaucoup pénible et rétrograde on arrivera à rien. Il faut voir le niveau auquel on a placé la barre et les possibilités techniques réelle que nous avons: clairement la technique ne pourra pas suffire à elle seule.
De toute façon entre le moment ou nous avons commencé a prendre conscience du problème et celui ou les premières mesures ont été prises il était déja en vérité trop tard: En effet il faut voir l'inertie du système global et il aurait fallu agir de dizaines d'année AVANT parce que maintenant la machine est lancée, alimentée par le déséquilibre du CO2 et d'autres gaz a effet de serre que nous continuons à répandre via toutes les installations frigorifiques et climatisation de voiture. Aucune de ces machines n'est véritablement étanche. Les nouveaux gaz remplaçant les Fréons chlorés sont toujours avec des effets de serre trés importants.
Alors il n'est pas inutile de réduire les emissions de C02 et autres gaz à effet de serre mais d'ici qu'on en perçoive un bénéfice il faudra des dizaines d'années, si tant est qu'on réussisse a en avoir.

ami9327 | 24 mai 2013 à 15h34
 
 

Un peu tard pour s'en rendre compte, alors que l'ETS dans sa 3ème phase va permettre de liquider tout ce qui produit encore en UE (à part les hospices et les centrales élerctriques).
RAC est un bon profiteur de la panique climatique (je propose de diviser par 32, qui dit mieux?) et CITEPA est très fort pour des études qui n'apprennent rien et pour une application idiote de l'ETS qui impose aux industriels de liquider leurs cogénérations...

Albatros | 28 mai 2013 à 10h47
 
 

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