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Centrale biomasse : la forêt française en danger ?

En France, la filière bois-énergie est en pleine expansion. L'approvisionnement en bois des chaufferies collectives, industrielles et de la filière de trituration impacte la ressource forestière. Un conflit d'usage qui pourrait engendrer un véritable saccage environnemental et économique. Enquête

Reportage vidéo  |  Ressources naturelles  |    |  Baptiste ClarkeActu-Environnement.com
Centrale biomasse : la forêt française en danger ?

Plébiscitée en France, la filière "bois énergie" doit permettre d'atteindre l'objectif que s'est fixé le gouvernement de porter à au moins 23% la consommation d'énergie produite à partir d'énergies renouvelables d'ici 2020. Ainsi, l'énergie produite à partir du bois est encensée, considérée comme une énergie carboneutre et permettant de créer de l'emploi local non délocalisable. Les pouvoirs publics ont subventionné de nombreux projets de chaufferies collectives et aussi incité la construction de grosses centrales biomasse de cogénération (production de chaleur et d'électricité à partir du bois) en permettant de vendre l'électricité produite à EDF à un tarif d'achat préférentiel (via les appels d'offres "CRE Biomasse").

En dix ans, tout un réseau de petites chaufferies communales s'est créé. Au départ, ce sont les communes forestières qui ont initié le mouvement, profitant de leurs propres ressources locales. Ces chaufferies alimentent généralement quelques bâtiments publics : la mairie, l'école, le gymnase… Pour Michel Grambert, maire (PCF) de la commune de Selonnet (04), "la nouvelle chaufferie au bois permet d'économiser presque 30% de la facture énergétique par rapport à notre ancienne chaufferie au fioul" et le cours du bois n'est pas aussi versatile que celui du pétrole… à condition qu'il y ait suffisamment de bois pour tout le monde !

Si la métropole ne manque pas de forêt, le bois n'est pas toujours accessible. Un exemple flagrant : les Cévennes. Le département est composé d'une forêt dense mais les dessertes pour accéder aux parcelles sont très restrictives, pentues, étroites, avec des tronçons interdits aux véhicules de plus de 5 tonnes alors que le poids moyen d'un seul arbre avoisine les 1.000kg…

Il y a les dessertes extérieures pour atteindre la forêt mais aussi les dessertes intérieures. "Si un propriétaire possède une parcelle au milieu des parcelles d'un autre propriétaire, pour y accéder il faut que ce dernier donne son accord, et c'est loin d'être acquis…", témoigne un forestier de la forêt privée lozérienne et gardoise. Résultat, en fonction de l'accessibilité, le coût de l'exploitation sera plus ou moins élevé.

L'autre frein majeur pour rendre le bois accessible : le morcellement des propriétés. Trois quarts des forêts françaises sont détenus par des propriétaires privés. Seuls ceux qui possèdent plus de 25 hectares ont l'obligation de gérer leur forêt et donc de rendre du bois disponible. Mais le plus grand nombre de propriétaires a de toutes petites parcelles et aucune obligation de gérer son patrimoine et surtout ce n'est pas rentable. La mobilisation d'engins coûte cher, il faut environ 10 hectares d'un seul tenant pour amortir les coûts d'exploitation. Problème, à chaque succession, le patrimoine est divisé par le nombre de successeurs, le morcellement s'accentue de génération en génération.

Dans ce contexte, les détenteurs de petites chaufferies collectives voient d'un très mauvais œil les énormes centrales biomasses qui ont besoin d'une très grande quantité de bois. Par peur d'être oublié par les exploitants forestiers qui préféreraient signer un seul contrat juteux avec une "mégacentrale" plutôt que de fournir plein de toutes petites structures. Par peur aussi de voir les forêts accessibles prises d'assaut, ne laissant que les autres forêts, plus chères à exploiter et donc plus cher pour le consommateur final.

D'autres craintes germent au sein d'associations et d'organismes de protection de l'environnement : dans les zones tendues, où la disponibilité du bois est faible. Comment empêcher les exploitants forestiers non scrupuleux de démarcher les fameux petits propriétaires, non pas pour gérer leurs parcelles mais pour les raser. Rien ne les empêche de le faire sur des parcelles de moins de 4 hectares. Et il y a déjà des exemples et dans des zones très sensibles d'un point de vue environnemental (réserve naturelle, espace Natura 2000, ripisylve…).

Les papeteries étaient déjà de gros consommateurs de bois, celle de Tarascon engloutit plus d'un million de tonnes de bois par an ! Mais à peine cent kilomètres plus loin, deux mégacentrales vont voir le jour d'ici quelques mois, une à Brignoles et une autre à Gardanne.

Celle de Gardanne sera la plus grosse centrale biomasse de France, elle aura besoin de 850.000 tonnes de bois par an. Force est de constater qu'il n'y a pas assez de bois en France pour alimenter cette centrale puisque 50% proviendra de l'étranger. Pour le reste, l'usine prévoit un rayon d'approvisionnement de 400 km, de quoi inquiéter de nombreux acteurs de la filière bois énergie et aussi de l'industrie papetière.

Opportunité pour les uns, aberration pour les autres, le débat sur les mégacentrales biomasse ne fait que commencer.

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