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Changement climatique : vers une meilleure prise en compte des maladies émergentes

Le réchauffement joue un rôle ambigu mais de mieux en mieux déterminé dans l'émergence et le déplacement des maladies. Cette problématique sanitaire constitue d'ailleurs un volet du Plan national d'adaptation au changement climatique.

Gouvernance  |    |  Angela BolisActu-Environnement.com

"Il est aujourd'hui admis que le changement climatique affectera la santé humaine, selon des mécanismes directs ou plus indirects", affirme le Plan national d'adaptation au changement climatique (Pnacc). Au-delà des menaces liées aux évènements extrêmes, des tempêtes aux sécheresses en passant par les canicules, d'autres risques sanitaires semblent apparaître en lien avec l'évolution du climat. C'est notamment le cas des maladies infectieuses émergentes (MIE).

En fait, le développement de ces maladies n'est pas un phénomène nouveau en soi. Comme le souligne un rapport du Haut Conseil de la santé publique (HCSP) publié en juin, "depuis toujours, l'homme a vécu avec des maladies infectieuses, de nouvelles pathologies apparaissant, d'autres disparaissant, dans une permanente dynamique évolutive". Toutefois, c'est la fréquence de l'émergence des MIE qui a évolué : selon Renaud Lancelot, chercheur au Cirad et coordinateur du projet EDENext (Emerging disease in a changing European environment), "dans la décennie 1940-1950, une vingtaine de tels événements ont été enregistrés, alors qu'il y en a eu plus de 80 dans la décennie 1980-1990" (sur le site du Cirad).

 
Les mesures du Pnacc sur la santé - La mesure phare : créer un groupe de veille « santé-climat » au sein du HCSP, avec une équipe pluridisciplinaire permanente comprenant aussi bien des experts scientifiques du climat, de la santé, ou des sciences économiques et sociales.
- Renforcer la recherche en santé et climat : impact du climat sur la production de pollen allergisant, contribution des moisissures, des pollens et des pics d'ozone à l'augmentation des symptômes allergiques, développement des microorganismes producteurs de toxines, etc.
- Surveiller les facteurs de risques liés aux évènements extrêmes
- Surveiller les microorganismes producteurs de toxines naturelles (moisissures, micro-algues, phytoplancton, espèces de poissons d'origine tropicale …)
- Anticiper les risques sanitaires liés à la ressource en eau, selon sa quantité et sa qualité
- Sécurité sanitaire des aliments, notamment lié à la maîtrise de la chaîne du froid
- Prévention : étendre le calcul d'index UV, améliorer la gestion des risques professionnels induits par le changement climatique, cartographier les eaux superficielles à risque de dégradation en cas de températures extrêmes, etc.
- Sensibiliser et éduquer le public, les consommateurs, les acteurs professionnels…
 

Ces MIE peuvent aussi bien apparaître pour la première fois, comme le Syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS), seulement se déplacer, comme le virus West Nile qui a migré aux Etats-Unis, ou encore devenir plus résistantes après intervention de la médecine, selon le HCSP. Du côté des maladies vectorielles, transmises par les insectes, Thomas Balenghien, chercheur au Cirad, note également une recrudescence de pathologies jusqu'ici peu actives, voire oubliées.

Climat : un facteur de risque rarement direct, jamais prouvé

Selon le rapport du HCSP, le réchauffement serait déterminant dans l'émergence du paludisme en Afrique de l'Est, de la dengue en Asie du Sud-Est et de la leishmaniose viscérale en Europe du Sud. De plus, un avis de ce Conseil "relatif aux risques pour la santé liés aux effets qualitatifs du changement climatique" établit une liste de pathologies pouvant être "modifiées en France par le changement climatique" (virulence, gravité, épidémiologie, etc.). Y sont mentionnées de nombreuses maladies infectieuses : paludisme, chikungunya, leishmanioses, fièvre boutonneuse, légionellose, etc. Mais aussi des accidents (cardiovasculaires, déshydratation…), des maladies de l'immunité (asthme, urticaire…), des effets des rayonnements naturels (cataracte…), des souffrances psychiques (dépression…) et autres morbidités (pollution chimique, insuffisance rénale...).

Toutefois, il reste difficile de savoir si le changement climatique est déterminant dans les évolutions globales des pathologies. Rares sont les cas où un lien direct a pu être établi entre ce phénomène et les maladies émergentes. La fièvre catarrhale du mouton fait partie de ces exceptions. L'augmentation des températures est "la seule explication qui reste", selon Thomas Balenghien, pour comprendre l'apparition en Europe de cette maladie totalement exotique jusqu'en 1998. Le vecteur, un moucheron hématophage, serait remonté depuis ses foyers d'origine – Maghreb, Afrique, Moyen Orient, d'Israël à l'Inde – pour atteindre récemment l'Espagne, l'Italie et le Sud de la France.

Plus souvent, le lien est beaucoup plus indirect et moins franchement établi. C'est le cas de la légionellose, qui a augmenté de 28% en France entre 2009 et 2010 selon l'InVS. Les tours aéroréfrigérantes sont parmi les principales sources de contamination, or le parc de climatisation a tendance à augmenter avec la hausse des températures. Autre exemple : le cas de la fièvre hémorragique avec syndrome rhénal (FHSR), évoqué par Renaud Lancelot sur le site du Cirad. Le virus est transmis par des rongeurs qui, à cause des hivers plus doux, fuient leurs terriers inondés par la pluie et la fonte des neiges, se réfugiant alors dans les habitations humaines.

De manière générale, le manque de données scientifiques et surtout de recul par rapport aux premiers signes du changement climatique ne facilitent pas la détermination de ce lien climat – maladies. Ainsi, "pour s'assurer qu'il y a une relation entre El Niño et les épidémies de choléra, il faudrait faire des évaluations sur trois ou quatre apparitions de ce phénomène, c'est-à-dire sur une trentaine d'années. Pour l'instant, on manque de données. On a perdu la culture de surveillance sur le long terme…", déplore Jean-François Guégan, chercheur à l'IRD.

Par ailleurs, rien ne prouve que le lien entre changement climatique et maladies n'est pas inversé dans certains cas. En effet, selon Jean-François Guégan, on se penche souvent sur l'apparition de nouvelles pathologies, mais rarement sur leur éventuelle disparition. Or un nouveau climat peut aussi bien mettre en péril les micro-organismes ou les vecteurs de transmission (insectes, rongeurs, etc.) moins bien adaptés. Ici, la hausse des températures joue autant que le taux d'humidité, moins pris en compte selon Thomas Balenghien : "Or on ne peut exclure qu'une désertification puisse entraîner une diminution de certaines maladies."

Faisceau de facteurs

Si l'évolution des maladies est difficilement imputable directement au changement climatique, c'est aussi parce qu'une multitude de facteurs entre en jeu et vient souvent masquer ce lent phénomène. C'est pourquoi de nombreux exemples viennent réfuter l'idée d'une simple remontée des maladies vers le Nord et vers des altitudes plus élevées. Le paludisme a ainsi été éliminé d'Europe et des Etats-Unis et n'y réapparaîtra sans doute pas, grâce à une lutte et à une surveillance efficace de cette maladie.

Au-delà des politiques sanitaires, l'un des principaux facteurs d'émergence de maladies est, selon Jean-François Guégan, le contact de l'homme avec de nouveaux espaces naturels, lors des déforestations notamment, ou avec les sols agricoles. Selon le rapport du HCPS, les déplacements d'hommes et d'animaux entre espaces urbains, agricoles et naturels (forêts adjacentes aux habitations notamment) favorisent grandement le développement de maladies. En France, c'est la reforestation et la pullulation des rongeurs et cervidés qui a permis l'émergence de la maladie de Lyme, transmise à l'homme par les tiques.

Le transport aérien, et de manière générale la hausse des déplacements internationaux d'hommes et de produits, accélèrent aussi grandement les migrations de microorganismes, qui pourront ensuite s'épanouir dans leur nouveau foyer si le climat y est devenu propice. Thomas Balenghien rappelle ainsi que les cas de chikungunya apparus en France l'année dernière sont dûs au commerce de pneu (transport des œufs de moustique tigre) et à l'arrivée rapide, par avion, de personnes infectées en provenance de l'Inde notamment.

C'est aussi la croissance démographique, la concentration de populations pauvres dans des villes où les déchets sont mal évacués, et les conditions socio-économiques qui sont en cause. Il en est ainsi, de la fièvre hémorragique de Lassa, citée par Renaud Lancelot : la distribution géographique du virus dépend de facteurs climatiques (pluie, température). Pourtant, la maladie apparaît surtout "dans les régions frappées par les troubles sociaux, comme les camps de réfugiés". Ainsi, le rôle du changement climatique dans l'émergence des maladies peut à la fois être contré par une surveillance sanitaire forte, et à la fois accéléré par les activités, déplacements et conditions de vie des hommes.

Réactions1 réaction à cet article

 

la leishmaniose sévit depuis très longtemps dans le monde...elle fait meme partie des maladies les plus mortelle...le fait qu'elle touche de plus en plus l'Europe du Sud...va peut-être permettre qu'on s'intéresse un peu plus à elle...ainsi qu'à d'autres maladies tropicales négligées...

pauline thureau | 03 août 2011 à 14h38
 
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