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Chlordécone en Outre-mer : la Cour des comptes pointe la stratégie de gestion des risques sanitaires

La Cour des comptes dénonce les impacts sanitaires du pesticide chlordécone sur la population antillaise et met en cause les plans d'actions de court terme lancés par l'Etat.

Hygiene / Securite / Sante  |    |  Rachida BoughrietActu-Environnement.com

Dans un rapport publié le 12 juin, la Cour des comptes dénonce "des difficultés sanitaires persistantes" pour les 2,7 millions d'habitants d'Outre-mer et appelle à la "responsabilité de la République". La Cour pointe des risques environnementaux "spécifiques", tels que notamment le chlordécone aux Antilles, qui ont "un fort impact sanitaire".

Outre les pesticides, notamment en Guyane et en Polynésie, l'amiante naturelle en Nouvelle-Calédonie, le mercure en Guyane, le saturnisme, la qualité "parfois dégradée de l'eau de consommation", et la radioactivité résultant des expérimentations nucléaires en Polynésie française, le "risque le plus connu" est celui du chlordécone aux Antilles, pesticide organochloré, perturbateur endocrinien utilisé dans les bananeraies, rappelle la Cour. Il a été classé comme neurotoxique cancérigène dès 1979. On estime à 180 tonnes la quantité du pesticide déversée pour lutter contre le charançon du bananier aux Antilles de 1982 à 1993. Très persistant, le chlordécone reste aujourd'hui très présent dans les milieux (eau, sols, denrées animales et végétales, chaîne alimentaire...), vingt ans après l'arrêt de son utilisation.

Un premier plan triennal d'action interministériel 2008-2010, suivi d'un second 2011-2013, ont été lancés ainsi que des plans régionaux. En mars 2012, le Conseil général de l'environnement et du développement durable (CGEDD) avait dressé, dans un rapport, un "bilan mitigé" des actions conduites dans le cadre du premier plan, doté d'un budget de 33 millions d'euros. Si le CGEDD soulignait la baisse des valeurs limites en chlordécone dans les denrées, il dénonçait toutefois "une stratégie restrictive et un pilotage inefficient". "L'insuffisance est manifeste en matière de suivi des travailleurs agricoles de la banane, malgré les recommandations du conseil scientifique en 2009", pointait-il notamment.

Le second plan d'action, doté de 37 millions d'euros prévus (dont 4,7 M€ issus du ministère de la Santé), visait à améliorer le suivi sanitaire des Antillais concernés par la pollution et mieux prévenir l'exposition à ce produit. Mais, selon la Cour des comptes, l'impact sanitaire, l'étendue et le coût de ce "désastre chimique" demeurent "inconnus". Le recensement des ouvriers agricoles éventuellement atteints "n'a pas été opéré".

Vers un troisième plan d'action

Les risques "demeurent, non limités" au demeurant au chlordécone. Dans un échantillon examiné par la direction de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt de Guadeloupe en 2012, 73% des bovins contaminés par le chlordécone présentaient également des résidus d'autres pesticides antérieurement utilisés dans les plantations de bananes, ajoute la Cour. La canne et la banane sont désormais "sous contrôle", mais le maraîchage aurait "parfois fait un usage excessif de produits autorisés". Les sols "se décontaminant" par lessivage, les concentrations en mer "augmentent". De nouvelles restrictions de pêche avaient été prises en 2013, compensées par des indemnisations versées aux pêcheurs martiniquais et guadeloupéens.

Un nouveau plan chlordécone 2014-2020 est prévu par l'Etat, "mais il n'y a pas eu de bilan indépendant du deuxième plan et notamment de son pilotage", regrette la Cour. Des recherches ont néanmoins été engagées dans ce second plan sur la dépollution. Des réseaux de surveillance ont été constitués et un registre a été créé en Guadeloupe sur le cancer de la prostate, précise la Cour. Des laboratoires de mesures ont été mis en place en vue de réduire l'exposition par voie alimentaire, dont "les comptes-rendus pourraient utilement faire l'objet d'une évaluation indépendante".

Un bilan de ce deuxième plan et de son pilotage sont donc "nécessaires" avant de finaliser le troisième plan, de manière à définir une "plus robuste" stratégie à court, moyen et long terme et à veiller à ce que soit assurée "la qualité des dosages toxicologiques", du suivi épidémiologique et "l'effectivité des mesures structurelles de réduction des risques", d'information et de prise en charge des personnes atteintes, recommande la Cour des comptes. L'impact sur leur santé et le coût pour la collectivité et la sécurité sociale "ne seront pleinement mesurables qu'à un terme lointain", prévient-elle.

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