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Centre de stockage de déchets radioactifs : les désaccords sur l'estimation des coûts persistent

L'Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs vient de rendre son dossier de chiffrage sur les coûts du centre de stockage des déchets nucléaires (Cigeo). Son analyse diverge toujours de celles des producteurs et de l'ASN. Explications.

Risques  |    |  Dorothée LapercheActu-Environnement.com
Centre de stockage de déchets radioactifs : les désaccords sur l'estimation des coûts persistent

L'Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) vient enfin de rendre public son dossier de chiffrage des coûts du Centre industriel de stockage géologique (Cigéo) de déchets nucléaires. Le document était attendu : l'avis de marché pour mener cette évaluation avait en effet été lancé en octobre 2014, sans que les résultats ne soient publiés avant ce lundi 11 janvier.

Dans le document, scindé en deux tomes (un et deux) de près de 300 pages chacun, l'Andra a listé et estimé les coûts, répartis sur une vingtaine d'années des études, des essais technologiques, des investissements pour la construction du centre et l'exploitation de la phase industrielle pilote de Cigéo. Elle s'est également penchée sur les dépenses ultérieures, étalées sur une centaine d'années, liées à la construction et à la phase d'exploitation courante de Cigéo.

Un chiffrage entre 20 et 30 mds€, selon les acteurs

"L'évaluation de ces coûts est un exercice particulièrement délicat puisqu'il nécessite de faire des hypothèses sur le coût du travail, de la fiscalité, des matériaux ou de l'énergie pendant plus de 100 ans", souligne l'Andra dans un communiqué. Le document ne donne donc qu'une vision probabiliste et ne fournit pas de chiffre bilan précis. Le montant devrait néanmoins avoisiner les 30 milliards d'euros, selon l'Agence.

Cette estimation s'avère plus pessimiste que celle des exploitants nucléaires, le CEA, Areva et EDF qui tablent eux sur 20 mds €. "Il existe ainsi des visions différentes du chiffrage, plus ou moins conservatives en fonction de la manière dont sont anticipés les progrès technologiques et les optimisations qui pourront être développées et valorisées dans les phases ultérieures des études, justifie l'Andra. Cumulées sur une centaine d'années, ces visions peuvent conduire à des différentiels de l'ordre de 30% à la fin de la phase d'esquisse (soit un écart entre un chiffrage d'environ 20 mds € et un autre d'environ 30 mds € à faire converger dans les phases ultérieures du projet) ".

Pour rappel, le financement de Cigéo est pris en charge par les exploitants nucléaires : il est sécurisé dans leurs comptes par des provisions adossées à des actifs dédiés. Aujourd'hui, ce dernier repose sur des estimations de 2005. Le ministère de l'Ecologie peut toutefois décider de fixer un nouveau coût prévisionnel de référence du stockage en fonction des évolutions observées.

"Les charges liées à Cigéo vont s'étaler sur plus d'un siècle (…) ce sont les consommateurs d'électricité, les particuliers, les entreprises, les acheteurs du courant que nous avons exporté qui ont financé ces 5,7 milliards d'euros qui nous permettront sur la base de l'évaluation de 2005 de financer sur un siècle l'ensemble des charges qui nous reviennent, donc 80% du coût de Cigéo, avait précisé lors du débat public Pierre-Yves Lochet, directeur de projet Nouvelles Implantations Industrielles pour le Cycle du Combustible Nucléaire chez EDF. Si à l'issue du chiffrage le gouvernement (…) nous dit qu'il faut 1 milliard de provisions en plus qui correspondraient à plus de 3 milliards de surcoûts supplémentaires, il faudra que nous prenions en compte ce milliard dans nos comptes".

Dans un courrier adressé à la directrice de l'énergie du ministère de l'Ecologie, Areva, le CEA et EDF ont expliqué avoir "mis en commun leurs éléments d'analyse et (..) abouti à une version très proche d'un coût prévisionnel de Cigéo, sur un périmètre légèrement différent notamment sur le stockage des [déchets de haute activité] HA et l'évolution de la fiscalité. Le coût hors risques issu de cette analyse complémentaire est ainsi compris entre 19,2 et 20,5 Mds€". Ils proposent au final un coût du projet de 20 Mds€ (sans prendre en compte les risques).

Une divergence qui perdure depuis 2003

Cette divergence d'estimation entre les producteurs et l'Andra n'est pas nouvelle. En 2003, la première estimation officielle visait une "fourchette raisonnable d'évaluation d'un coût de stockage de 13,5 à 16,5 Md€2002". Les exploitants eux avaient retenu le chiffre de 14,1 Md€2002. En 2005, l'Andra réactualise son chiffrage en prenant en compte un allongement de la durée de vie du site et un taux d'inflation de 4% : le montant atteint les 20,8 Md€2010 (contre 16,5 Md€2010 pour les exploitants).

Comme ces évaluations montraient une divergence importante entre l'Andra et les producteurs, en 2009, la Direction Générale de l'Énergie et du Climat (DGEC) a réuni un groupe de travail pour réévaluer les coûts du stockage profond. L'Andra a alors communiqué sa nouvelle évaluation (qui intègre d'avantage les objectifs de sûreté et de réversibilité) aux producteurs s'élevant à 35,9 Mds €2010. Ces derniers ont contesté ce montant jugeant qu'il s'élevait à 14,4 Mds €2010.

Selon la Commission nationale d'évaluation du financement des charges de démantèlement (CNEF), l'écart entre les deux chiffrages s'expliquent par les différences d'estimation entre les principales composantes du projet : 4,6 Mds€ pour l'Andra contre 5,6 Mds€ pour les producteurs en investissement, 8,3 Mds€ vs 3,5 Md€ concernant les coûts d'exploitation, 2,8 Mds€ vs 0,8 Md€ pour les frais administratifs et d'étude et enfin 8,1 Mds€ vs 3,7 Md€ pour les impôts, taxes et assurances.

Un chiffrage insuffisant ?

Dans un avis rendu le 10 février 2015 et publié le 11 janvier, l'Autorité de sureté nucléaire considère comme "optimistes" certaines des hypothèses retenues par l'Andra et "ayant un fort impact sur le chiffrage global". Notamment concernant l'inventaire des déchets retenus comme référence, l'ASN estime que ce dernier doit intégrer une vision élargie qui couvre "la réorientation de certains déchets qui ne seraient pas acceptables en faible profondeur vers le stockage géologique". Elle déplore également que l'évaluation du coût de la R&D s'arrête en 2034. Autre constat : des coûts unitaires ou rations optimistes comme par exemple ceux relatifs au génie civil des installations nucléaires de surface.

L'ASN souligne que certains choix comme l'augmentation de la section des alvéoles des déchets de moyenne activité à vie longue (MA-VL) ou la réutilisation des équipements de fond du process MA-VL et des déchets de haute activité (HA) représentent potentiellement un impact important sur le niveau de sûreté de l'installation ou sur le niveau de réversibilité. Elle recommande donc "qu'une prise en compte plus prudente (…) soit retenue en vue de la fixation du coût afférant au stockage".

Un calendrier incertain

Selon l'Andra, les études d'avant-projet détaillé seront menées en 2016-2017 pour élaborer la demande d'autorisation de création. Ensuite sous réserve d'autorisation, la construction du centre pourrait démarrer à l'horizon 2020. Après avoir été retiré du projet de loi de transition énergétique, la disposition permettant le dépôt de la demande de création du centre de stockage en 2017 avait été introduite dans la loi Macron en juillet avant d'être censurée par le Conseil constitutionnel en août. Le Premier ministre Manuel Valls avait alors indiqué dans un communiqué, que les mesures censurées seraient présentées à nouveau devant le Parlement "dans les prochains mois".

Réactions1 réaction à cet article

 

Depuis sa naissance le discours nucléaire officiel français est plus souvent mensonger qu'informatif

Peut-être parce qu'il avait aussi un lien avec la bombinette chère à de Gaulle

La réalité incontestable c'est que, avec les déchets à demi-vie longue, nous allons laisser à de très nombreuses générations futures, si elles survivent, un cadeau très empoisonné à propos duquel il est trop facile et irresponsable de dire "Il y aura bien des scientifiques qui trouveront une solution"

Sagecol | 13 janvier 2016 à 10h08
 
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