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La conférence de Copenhague enterre le Protocole de Kyoto

Ambiance abattue en cette fin de négociation : le climat se retrouve orphelin de traité, la planète est projetée dans une ère d'incertitudes, livrée au pragmatisme cynique des nations. Analyse à chaud et en direct.

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La conférence de Copenhague enterre le Protocole de Kyoto (© Serguei Kovalev)
A mi-journée, ce vendredi 18 décembre, dans la bulle survoltée du Bella Center où se déroule la plus décisive négociation environnementale de l'histoire, le temps est suspendu. 27 chefs d'Etat ont discuté tard dans la nuit de jeudi à vendredi dans une salle à huis clos. Barack Obama a rejoint la négociation vendredi matin. Mais il ne sera pas le sauveur de la COP 15. Sa déclaration en plénière déçoit. Le ton est celui d'un discours de politique intérieure, qui met en avant les intérêts nationaux des Etats-Unis. Son annonce est sans surprise, les objectifs de réduction d'émissions n'ont pas bougé : - 17% à échéance 2020 par rapport à 2005, et - 80% en 2050, conformément au projet de loi Kerry-Boxer en cours d'examen au Sénat.

Le président des Etats-Unis énonce trois préalables, déjà martelés par les porte-parole du gouvernement des Etats-Unis : les ''économies majeures'' doivent s'engager dans des réductions d'émissions ''décisives'', sous-entendu les grands émergents, tels que l'Inde et la Chine, doivent afficher leurs engagements au même titre que le Nord ; tous les pays doivent accepter des vérifications internationales de l'évolution de leurs émissions, et c'est sur ces fameuses MRV (mesures de rapport et de vérification) qu'achoppe toute la négociation depuis le début, car les pays en développement n'accepteront d'être ''vérifiés'' que pour les mesures d'atténuation financées par les pays industrialisés ; troisièmement, les Etats-Unis proposent un fonds international de 10 milliards de dollars à partir de 2012 pour les pays en développement, alors qu'il s'agissait, pour le G77, de le débloquer dès 2010 et de le faire monter en puissance jusqu'à 400 milliards de dollars.

Mais le fund raising ne fait pas tout : ''nous ne sommes pas des mendiants. Cette somme est la facture des émissions de gaz à effet de serre des pays industrialisés'', déclare Lula. Une dette non négociable, qui, pour le président du Brésil, ne relève pas d'un marchandage, mais d'un impératif de solidarité. Le temps n'est plus à la commisération post-coloniale, sous la tutelle dépassée du FMI et de la Banque mondiale.

Les postures se crispent sur des nationalismes mêlés de sentiments d'injustice, sur fond de récession globale. L'Union européenne, autrefois force d'entraînement de ces négociations, ne sait plus s'exprimer d'une seule voix. Les initiatives individuelles d'un Nicolas Sarkozy pour mobiliser un levier de financement à court terme pour les pays du Sud agacent et divisent. La présidence suédoise de l'Union européenne manque d'énergie. Le Danemark n'a pas su tenir son rôle d'hôte de la conférence, tant par la mauvaise organisation pratique de l'événement que par une accumulation de maladresses, vécues comme des affronts par les pays du Sud et les grands émergents. De leur point de vue, ce petit royaume septentrional n'est pas plus grand qu'un quartier de Shanghai.

Du coup, l'animation des négociations dérape. Une déclaration politique se prépare, qui rétrécit d'heure en heure comme une peau de chagrin. Dans la journée, plusieurs drafts ont officieusement circulé. De textes ultra complexes négociés pendant deux ans, depuis la conférence de Bali (2007) en vue du régime post 2012 de Kyoto, on passe, en moins de 24 heures, à une vague déclaration de principe, qui pourrait ne pas entériner la suite du Protocole de Kyoto, mais se limiter à des orientations génériques, ni chiffrées ni datées : stabiliser la hausse des températures à + 2°C, opérer des réductions ''profondes'' des émissions globales, s'engager à des réductions de ''x'' pour cent en 2020 par rapport à 1990…

Cette déclaration, confirmée en fin de soirée, met sans ambiguïté un terme à l'avenir même du processus onusien. Reporter à 2010 l'adoption d'un traité reviendrait à une sortie ''sans gloire'', comme l'a souligné le président du Vénézuela Hugo Chavez lors d'une conférence de presse improvisée et fracassante.

Dans la soirée, c'est la sidération : la déclaration finale ne comporte plus aucune mention au Protocole de Kyoto et reporte les négociations sine die. Les chefs d'Etat quittent le sommet les uns après les autres. A 23h30, Barack Obama donne une conférence de presse qui lève les dernières incertitudes : le président des Etats-Unis décrit le monde de demain, où chaque pays fera un rapport sur ses réductions d'émissions en dehors de tout traité international. Il n'évoque pas de relais à Kyoto, tout en estimant que ce protocole, adopté en 1997, n'a pas accompli ses objectifs. Manifestement, le monde entre dans une ère d'incertitudes et de turbulences. Voici Kyoto décapité, et sans postérité. Désormais, c'est chacun pour soi.

Réactions6 réactions à cet article

 
tragédie

La menace climatique est avérée, comme l'était la menace de guerre en 1938, et l'occasion historique de copenhague n'a pas été saisie par nos dirigeants, comme ils n'ont pas su agir avant la deuxième guerre mondiale. Ils sont responsables, nous sommes donc responsable de les avoir choisi et de ne pas leur avoir montré qu'un échec était inacceptable. Les politiques n'agissent qu'en fonction de ce que leur peuple est prêt a accepter et là les politiques n'ont pas agi parceque la majorité de leurs électeurs n'est pas prêt à changer. Là où nos dirigeants sont coupables, c'est qu'ils ont toutes les informations en main et qu'ils ne peuvent pas dire "on ne savait pas"... ils auraient pu agir plus massivement pour convaincre leurs populations du changement à venir. Ils ne l'ont pas fait. Obahama m'a tué...Le chaos nous attend maintenant, très rapidement et ce sera chacun pour soi, y compris au sein de chaque pays. La 3ème guerre mondiale a commencé à Copenhague.

yahoobruce | 19 décembre 2009 à 11h14
 
 
Re:tragédie

La 3ème guerre mondiale commence à copenhague, j'espère que ce n'est pas ce que l'histoire retiendra mais on en est pas loin ...
En conclusion du "sommet" de copenhague il semble que les frontières soient plus perméables aux GES qu'aux idées. D'un autre coté les villes ont formé les pays, aujourd'hui environ 2000 villes d'Europe et d'Amérique du nord ont signé des accords contraignants (type Energie-cités). Ne baissons pas les bras, impliquons nous ! inventons l'éolienne qui récupère les gesticulations politiques pour alimenter le monde d'un courant alternatif !

chocard | 21 décembre 2009 à 10h24
 
 
concentration responsable

Concentrer tous les pouvoirs, prive les citoyens de moyens d'action. Vouloir faire un grand "show" à Copenhague ou ailleurs pour mettre tout le monde d'accord était une grande tromperie, un gaspillage énorme pour tous même pour ceux qui croient encore en profiter:politiques, "riches" qui mangent + qu'à leur faim,pays dits civilisés mais déshumanisés, "marionnettes" atteintes de "réunionite" qui passent leur temps sur les plateaux télé à duper ceux qui travaillent dur, à leur prendre ce qui leur reste.
Chaque dirigeant devrait être exemplaire dans sa vie personnelle ou publique, entraîner son pays dans la même voie,dans le cas contraire c'est toujours une catastrophe comme celle que nous vivons.Espérons que certains sauront être à la hauteur et auront la force de faire changer ce monde.

Odalile | 21 décembre 2009 à 10h55
 
 
Re:Re:tragédie

J'ai peur que cette déception de Copenhague n'entraîne qu'un ras le bol écologique de première classe. En clair: les dirigeants ne peuvent pas s'entendre pr "sauver notre planète" et bien autant vivre sans y penser voir partons polluer comme c'est permis!
Bref, je croyais que les français, les européens et la population mondiale avait bien saisi la chose. je me suis rendu compte que moi-même, n'étant pas allé à Copenhague, j'ai failli! Pour qu'il en sorte quelque chose, il aurait fallu que tout un chacun qui puisse prendre des congés, s'y rende et proteste, il aurait fallu un soulèvement de l'humanité! Au lieu de ça, on est tous restés dans notre coin et on nous parle du coma de Johnny Halliday ! On est en faute et nos dirigeants ne font que de nous renvoyer notre inconscience! Je ne baisserai pas les bras mais ça fait mal de se rendre compte de ça!

Kent | 22 décembre 2009 à 11h03
 
 
Re:tragédie

Quel jeu de dupes ! Il n'y a rien à attendre de ces conférences. Au mieux elles permettent aux dirigeants de multinationales de mettre en avant leurs nouvelles politiques marketing.
Les dirigeants politiques des pays industrialisés, de concert avec leurs champions industriels, poursuivent d'autres intérêts que le développement de la solidarité internationale ou la lutte contre les conséquences écologiques d’un modèle de développement économique sans bornes.

Je suis d’accord: le changement doit venir de chacun. Malheureusement, malgré ce que nous ressentons jusque dans nos tripes, nous restons là à regarder les dégâts sans vraiment agir. Il faudrait changer nos habitudes. Ce n’est pas facile.
Ne perdons pas espoir, la situation va évoluer, peut-être en raison d’évènements imprévus ? Il faut se regrouper et agir à notre niveau, dans nos quartiers, dans nos villes. Aussi se faire entendre en masse. Nos dirigeants nous promettent +2degC max. ? On peut leur donner beaucoup plus chaud!!! La 3eme guerre mondiale n’est pas inéluctable.

Crunch | 23 décembre 2009 à 13h52
 
 
Ce qu’il faudra retenir de Copenhague->

Ce qu’il faudra retenir de Copenhague->

Le Vendredi 18 décembre dernier jour du sommet avec un bien triste bilan.



Il semblerait bien que les gros pays pétroliers, comme les Soudanais et leurs amis ont bien réussi à polluer les débats avant même leurs débuts en bombardant d’intox et se servant des mass média avec les moyens que l’on juge à leurs niveaux , vu qu’ils se battent pour garder l’avantage sur le Pétrole et comme il s’agit de milliards de dollars ou d’euros, tous les moyens sont bons et internet est facile à polluer car peu de personnes prennent le temps de juger les informations, et sont prises d’un romantisme rebelle.



Cela a commencé avec des échanges de courriels d’une minorité de scientifiques qui, à la base, après réflexion, n'étaient pas si méchants que ça.


De la simple communication, rien de bien calculé, sauf quand on choisit l’interprétation que l’on veut lui donner.


Il est pourtant assez facile de comprendre à qui profite le crime, bah oui, certains préfèrent que la planète continue a se shooter au pétrole et surtout que l’on continue le plus longtemps possible.



Si des gens comme Claude Allègre en France sont de ces personnes là, et en plus défenseurs des OGM, et du programme nucléaire (EPR), quoi personne n’a suivi ?



Comme par hasard, c’est toujours au sommet des boursicoteurs que tout s’explique.


Tout ça a bien sur contribué à la faillite d’un système assez fébrile avec comme exemple le président Français qui a fait de superbes discours alors qu’il ne l’applique même pas sur son territoire .


Et des pays émergents comme la Chine qui revendique son droit à vivre comme les autres pays donneurs de leçons mais qui peinent eux aussi à appliquer pour eux même ce qu’ils demandent à d’autres.
Alors sauvez le pétrole et aidez les habitants des Emirats arabes unis, de Bahreïn et du Koweït.


Car s'ils n'arrivent plus à vendre de pétrole ils seront obligés de changer leur manière de vivre.



Je pense que beaucoup de personnes viennent enfin de comprendre que ces pays ont beaucoup à perdre à l'instauration d'une taxe carbone.



La manipulation des pros pétroliers reste toujours très forte



A savoir que dans la brochure « Who Gets What From Imported Oil ? » (« Qui obtient quoi du pétrole importé ? »), l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) publie un graphique selon lequel, au cours des cinq dernières années, les pays de l'Opep ont perçu 3.346 milliards de dollars avec leurs exportations de pétrole vers les pays développés du G7 tandis que les gouvernements de ces mêmes pays ont encaissé…

3.418 milliards sur ces ventes.

Autrement dit, le pétrole rapporte davantage d'argent aux percepteurs des pays riches qu'aux producteurs des pays pétroliers.



Alors qui est manipulé et qui participe à ce grand jeu de duperie ?

Parfois même sans s’en rendre compte ?



Triste sort pour l’Afrique qui n'a rien demander et qui va payer pour tout le monde.

Félicien Michaut

Félicien | 08 février 2010 à 02h04
 
 

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