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Les espaces agricoles disparaissent en Ile-de-France

En un peu plus de dix ans, l'Ile-de-France a perdu 71 % de ses exploitations maraîchères. Le dernier rapport de la DRIEA montre qu'entre 2004 et 2007, la consommation des espaces agricoles et naturels en Ile-de-France est à la hausse.

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Après une période d'accalmie entre les années 2000 et 2004 où seulement 270 hectares de terres agricoles, par an en moyenne, avaient disparu, la tendance est repartie à la hausse ces dernières années : ce sont 4.016 hectares de la région Ile-de-France qui ont mutés, entre 2004 et 2007, en espaces artificialisés. Certes, la valeur limite fixée à 1.750 hectares par an, par le schéma directeur de la Région Ile-de-France (Sdrif) de 1994, n'est pas atteinte, mais l'augmentation de la disparition de surfaces inquiète tout de même les associations et mouvements de préservation de la terre.

L'urbanisation mange les terres agricoles

Constat important que fait la Direction régionale interdépartementale de l'équipement et de l'aménagement (Driea) : l'augmentation de la consommation d'espaces agricoles et naturels va de pair avec la hausse des autorisations de construire dans la région. Globalement, c'est en grande couronne parisienne que la Driea constate la plus grande mutation de terres agricoles : "Les espaces artificialisés créés (4.705 ha) sont majoritairement situés en zone agglomérée (3.918 ha), dont 1.054 ha en petite couronne et 2.863 ha dans la zone agglomérée de la grande couronne où ils restent assez concentrés dans des secteurs à forts enjeux". Le rapport précise que les espaces agricoles mutés directement en espaces artificialisés sont localisés "pour près de la moitié sur quelques territoires couvrant 211 communes : le grand territoire de Roissy, dans les franges de l'agglomération (431 ha sur 108 communes), dans le périmètre de l'opération d'intérêt national (OIN) de Massy, Saclay, Versailles, ou Saint Quentin-en-Yvelines (253 ha sur 49 communes).

Il convient de préciser que si la hausse de consommation des espaces est concomitante avec la hausse des autorisations de construire, c'est que les objectifs fixés par le Sdrif étaient réalistes, et le niveau de consommation des espaces, nécessaires pour les atteindre.

Toutefois, selon la Driea qui conseille d'être prudent sur une période aussi courte, "des approches complémentaires sont nécessaires pour comprendre les phénomènes effectivement en œuvre à l'échelle locale" : extension, renouvellement des bourgs, densité, étalement…

La construction est aussi particulièrement dynamique en petite couronne, c'est-à-dire entre 10 à 30 kilomètres de Paris, ancienne ceinture verte où se concentrait la production de fleurs, de fruits et de légumes. D'après un rapport publié par Terre de Liens en 2009, 22.000 hectares de la ceinture verte auraient déjà disparu au profit de l'urbanisation. Un tiers de ces 22.000 hectares est destiné à la construction de logements, un tiers aux infrastructures, et le dernier tiers aux loisirs et activités de plein-air, c'est-à-dire d'hectares non-construits. D'après Julie Ruault, animatrice Terre de Liens en Ile-de-France, "c'est en petite couronne que l'on constate le plus de perte de maraîchers, mais avec le développement des transports et des autoroutes, le phénomène pourrait bien rapidement s'étendre à la grande couronne parisienne".

 
L'agriculture biologique en Ile-de-France Céréales, fruits, légumes, vignes… En tout, 5.208 hectares sont certifiés bio en Ile-de-France, dont 15 % en reconversion (chiffres 2009 de l'Agence bio). La surface bio ne représenterait donc que 0,9 % du territoire agricole de la région, et la quasi-totalité des surfaces en conversion se trouvent en Seine-et-Marne et Essonne.
Et même si la consommation de produits issus de l'agriculture biologique en France est en forte croissance puisqu'elle progresse de 10 % par an depuis dix ans, l'offre de produits biologiques provenant d'Ile-de-France est "presque anecdotique" selon la région, car, "face à ses 12 millions d'habitants et forte de ses 5.500 exploitations agricoles, elle ne compte que 84 structures certifiées en agriculture biologique". Pour remédier à cela, les conseillers régionaux ont voté, en 2007, une motion pour tripler en trois ans les surfaces biologiques en Ile-de-France et atteindre 2,4 % de la Surface agricole utile (SAU), soit une augmentation de plus de 8.000 ha. Le deuxième objectif chiffré affiché est l'introduction de produits bio dans la restauration hors domicile "avec une prévision très ambitieuse de 20 % de bio en 2012 pour la restauration collective d'Etat". Aujourd'hui 25 lycées se sont engagés à entrer dans la démarche, avec le soutien de la région.
 
Comment ne pas laisser filer les terres franciliennes

Entre 1990 et 2008, la surface de terres agricoles en Ile-de-France a baissé de 6 %. Mais ce pourcentage est à relativiser car la région est en fait un territoire à 50 % agricole.
Selon Julie Ruault, "la problématique de la reprise des terres a commencé à se poser avec l'augmentation du nombre de maraîchers en âge de prendre leur retraite et le risque alors que ces terres tombent dans l'oubli, car ce sont des espaces qui, au bout d'un certain temps d'inactivité, deviennent des réserves foncières urbaines". Selon Terre de Liens, "il y a possibilité d'agir très concrètement pour éviter la perte de ces terres". Julie Ruault fait allusion au système d'outil de finance solidaire mis en place en 2006 par Terre de Liens. Le principe est assez simple : qui le souhaite peut devenir épargnant à hauteur de 100 euros minimum par action. Cet argent, immobilisé pendant cinq ans, servira aux agriculteurs souhaitant s'installer sur des terres. Ils paieront alors un loyer bas à Terre de Liens.

"Grâce à l'épargne des actionnaires, Terre de Liens a pu acquérir sa première ferme, de 72 hectares, en avril 2011, en Seine et Marne". Cette ferme, dont le propriétaire se séparait lors de son départ à la retraite, est désormais partagée en 65 hectares de polyculture et élevage, 7 hectares de maraîchage, dont 2 hectares destinés à la "couveuse" : un espace où les jeunes agriculteurs peuvent se tester et venir apprendre les gestes techniques et économiques d'une exploitation avec l'appui d'un professionnel. L'objectif d'un tel projet étant notamment de "sortir du spéculatif" qui empêche les jeunes agriculteurs de devenir propriétaires de terres.

Quant au profil des acquéreurs, "plus de la moitié ne sont pas issus d'un cadre familial agricole, et beaucoup sont en reconversion professionnelle".

Les épargnants, eux, ne sont pas forcément des agriculteurs en devenir, "beaucoup sont des groupes de consommateurs qui s'intéressent à leur assiette", confie encore Julie Ruault.

Jusqu'en 2010, Terre de Liens a pu appuyer 78 porteurs de projets et acquérir plus de 70 fermes à travers la France : 1.900 hectares de terres destinées à l'agriculture biologique ou paysanne.

La lutte contre le mitage doit se faire dans le cadre des documents d'urbanisme

La question de la protection des espaces agricoles relève avant tout des questions d'urbanisme. Les projets décidés par le Sdrif ou le Plan local d'urbanisme (PLU) sont "de la responsabilité des élus", indique la Société d'aménagement foncier et d'établissement rural (Safer). Même si la collaboration entre la région et la Safer est quasi-quotidienne, cela n'empêche pas que des "projets d'intérêts généraux" soient mis en place par les services publics : le chantier d'un Village nature de 500 hectares au sud d'Eurodisney et de l'autoroute A4 a ainsi été accepté, il y a un an, par le conseil régional d'Ile-de-France. "Il n'a de nature que le nom d'ailleurs", ironise Pierre Missioux, directeur de la Safer Ile-de-France.

"Si on veut vraiment lutter contre le mitage des terres agricoles, il faut donc le faire dans le cadre des documents d'urbanisme, car la vraie consommation des espaces est là", poursuit-il. Avec presque 1.300 communes en Ile-de-France, les documents d'urbanisme sont en perpétuelle révision. La mission de la Safer est donc de surveiller les mouvements qui se font, et d'intervenir en soutien aux projets d'installations agricoles durables. "Le plus difficile, c'est d'attirer des projets d'installations économiquement viables, car l'agriculture spécialisée souffre particulièrement", souligne Pierre Missioux. La société achète environ 1.000 hectares de terres agricoles par an. En 2010, sur une dizaine d'installations soutenues par la Safer, presque la moitié était en agriculture biologique.

Réactions3 réactions à cet article

 

Aucune mention sur les amap ?
C'est pourtant le seul levier efficace.
Créons des amap pour lancer et soutenir de nouveaux maraîchers !

daggo | 09 septembre 2011 à 09h01
 
 

entiérement d'accord surtout quand on voit l'engouement des urbains pour le bio et "l'autoculture" (jardins miniatures en pots),une solution également serait l'agriculture urbaine.

lio | 09 septembre 2011 à 11h28
 
 

et prochain scandale annoncé : l'opération "Plateau de Saclay", qui affiche la création d'une Silicon Valley à la française (mais, à l'heure d'Internet, le concept est complètement dépassé) mais ambitionne surtout de construire 10000 (10 mille) logements autour de Saclay !

dmg | 25 octobre 2011 à 18h43
 
 

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