En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. En savoir plusFermer
Actu-Environnement

COP 21 : les chefs d'Etat s'affrontent à fleurets mouchetés

Plus de 150 chefs d'Etat et de gouvernement se sont exprimés en ouverture de la COP 21. Derrière des déclarations consensuelles, les principaux clivages sont perceptibles. Il faudra beaucoup de diplomatie pour rapprocher les points de vue. 30 novembre 2015

Spécial COP21 - Retrouvez toute l'actu Cet article vous est offert par Citae
COP 21 : les chefs d'Etat s'affrontent à fleurets mouchetés

En ouverture de la COP21, plus de 150 chefs d'Etat et de gouvernement ont pris la parole, ce lundi 30 novembre. Ces allocutions ont permis aux pays de mettre en avant leurs attentes et de dessiner les contours de l'accord idéal. Elles ont aussi, voire surtout, offert l'occasion aux chefs d'Etats de mettre l'accent sur les engagements pris par leurs pays, leurs réussites en matière de développement des énergies renouvelables, la faiblesse de leurs émissions au regard de tel ou tel critère, ou encore leur vulnérabilité face aux premiers impacts des changements climatiques. Mais derrière ces présentations avantageuses, les principales oppositions ont affleuré. Les négociations s'annoncent délicates.

Parallèlement, les chefs d'Etat ont pu échanger lors de discussions informelles et aborder le fond des débats. Il est probable que ces échanges ont été plus vifs, tant les points d'opposition ont été édulcorés dans les allocutions des chefs d'Etat en tribune.

Assurer les 2°C d'ici dix ans ou viser 1,5°C ?

Elément essentiel du futur accord, le niveau d'ambition à atteindre reste l'un des principaux points de clivage. En ouverture, François Hollande s'est voulu consensuel concernant l'objectif des négociations. Ménageant les intérêts des pays les plus vulnérables et des principaux pays émetteurs de gaz à effet de serre (GES), le Président de la République a plaidé pour que soit adoptée "une trajectoire crédible pour limiter le réchauffement climatique à 2°C, voire 1,5°C". Si les représentants des pays du Sud n'ont eu de cesse de répéter l'urgence à agir et la nécessité de limiter à 1,5°C la hausse des températures d'ici la fin du siècle, ce message n'a pas un grand écho parmi les pays industrialisés.

Rappelant que les contributions (INDC) présentées par 183 pays en amont de la conférence ne permettent pas d'atteindre l'objectif de 2°C adopté à Copenhague, la chancelière allemande, Angela Merkel, a affiché une ambition mesurée. Elle a plaidé pour que la communauté internationale se mette en ordre de marche lors de la COP 21 pour "atteindre cet objectif d'ici dix ans". Mariano Rajoy, chef du gouvernement espagnol, a été un peu plus explicite concernant la trajectoire à suivre et a rappelé l'objectif de réduction de moitié des émissions mondiales entre 1990 et 2050.

Un autre point de clivage concerne la rapidité de l'action à entreprendre. Les discours des grands pays émetteurs se sont sensiblement éloignés de l'"urgence", maintes fois soulignée par les pays du Sud. Ainsi, Barack Obama, notamment, a longuement insisté sur la notion de long terme. Expliquant que les générations actuelles ne verront probablement pas les fruits des actions qu'elles mettent ou vont mettre en œuvre, il a appelé à un accord "pérenne". "La victoire ne se fera pas du jour au lendemain", a prévenu le Président américain. Le Président chinois a lui aussi insisté sur la nécessité de "renforcer les actions post 2020". En revanche, Xi Jinping n'a pas évoqué le renforcement de l'ambition des engagements pris à l'horizon 2020...

De même, les Etats-Unis restent fermes sur la révision des engagements. La conférence de Paris doit "façonner la voie vers des objectifs réactualisés régulièrement par chacun de nous et non pas pour chacun de nous". Manière de rappeler les réticences du pays à voir écornée sa souveraineté en acceptant un accord contraignant, en particulier s'agissant des objectifs de réduction des émissions de GES. "Le mécanisme de révision doit être contraignant", a pour sa part jugé Angela Merkel, marquant la différence de l'Union européenne qui défend l'adoption d'un protocole. Quant à la Chine, elle voit surtout l'occasion de bouleverser le rapport de force mondial. La conférence de Paris sera un "point de départ", espère Xi Jinping, souhaitant qu'il prépare l'"avenir de la gouvernance mondiale".

Quel type et niveau de financement ?

Le soutien financier des pays riches en direction des pays en développement constitue un autre sujet de désaccord critique. La plupart des pays développés ont rappelé leur engagement, mais sont restés évasifs sur la suite à donner au soutien de 100 milliards de dollars promis à Copenhague. En l'occurrence, la Chine, qui a contribué à ce premier financement pour 2020, a estimé que les pays riches doivent concrétiser la promesse de 2009 et surtout "assurer un financement accru pour la suite". Mais du côté des Etats-Unis, la réticence reste grande et Barack Obama est resté vague sur le sujet. Il a évoqué la nécessité d'un financement dédié au développement bas carbone et de "promesses de dons" aux pays les plus vulnérables.

En envisageant des "promesses de don", le Président américain conserve une position très éloignée de celle des pays les plus vulnérables qui plaident pour que soit mis en place un nouveau flux financier des pays riches vers les pays subissant des pertes et préjudices irréversibles. Quand certains pays en développement réclament un mécanisme de compensation qui reconnaîtrait la responsabilité des pays développés pour ces dommages irréversibles, le Président américain reste dans une logique d'aide à l'adaptation, rejetant de fait la notion d'indemnisation sous-jacente aux demandes des pays vulnérables. Sur ce plan, ce sont les principaux pays concernés qui ont affiché des avancées, à l'image de Fidji qui s'est engagé à accueillir les populations de Kiribati et Tuvalu lorsque ces Etats insulaires ne seront plus habitables.

Enfin, alors que le Président vénézuélien Nicolás Maduro Moros a vivement attaqué le capitalisme et son "mode de destruction", les autres intervenants se sont accordés sur le rôle des entreprises et la nécessité de mettre en œuvre une croissance verte. Il ne s'agit pas de "sacrifier notre croissance", a résumé le Premier ministre canadien Justin Trudeau, expliquant que son pays entend se tourner vers une croissance verte. L'accord de Paris devra montrer au monde économique que l'on va vers un avenir décarboné, a confirmé Barack Obama, rejoignant son homologue chinois qui entend "mobiliser les entreprises".

Réactions1 réaction à cet article

 

C'est sur le sens des vraies valeurs qu'il faudrait agir

Et à quelques rares exceptions près nos irresponsables politiques ne les ont pas.

Dommage que le menu végétarien - pour montrer l'exemple - composé par des grands chefs ... de cuisine n'ait finalement pas été retenu

Faites comme je dis, pas comme je fais

Sagecol | 01 décembre 2015 à 12h03
 
 

Réagissez ou posez une question au journaliste Philippe Collet

Les réactions aux articles sont réservées aux lecteurs :
- titulaires d'un abonnement (Abonnez-vous)
- disposant d'un porte-monnaie éléctronique
- inscrits à la newsletter (Inscrivez-vous)
1500 caractères maximum
Je veux retrouver mon mot de passe
[ Tous les champs sont obligatoires ]