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Efficacité énergétique : professionnels, consommateurs et ONG s'allient pour peser auprès des institutionnels

Un nouveau collectif, le CFEE, est lancé pour porter auprès des pouvoirs publics la question de l'efficacité énergétique. Axé dans un premier temps sur le bâtiment, le CFEE entend réaliser un travail de lobbying auprès des institutions.

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"La culture de l'énergie aborde le débat par l'offre", déplore Christophe Porquier, administrateur du collectif Effinergie pour la promotion des constructions à basse consommation d'énergie, expliquant que le but de Coalition France pour l'efficacité énergétique (CFEE) est d'"aborder la question de la demande".

Cette "association informelle" , lancée ce mercredi 26 juin, regroupe des représentants des entreprises, avec Effinergie, le Groupement des industries de l'équipement électrique (Gimelec) et Isolons la Terre contre le CO2, des associations environnementales, avec le réseau pour la transition énergétique (Cler), France nature environnement (FNE) et le Réseau action climat (RAC), des consommateurs, avec l'Union fédérale des consommateurs (UFC-Que Choisir), et des copropriétaires, avec l'Association des responsables de copropriétés (ARC). Une initiative "inédite et porteuse d'espoir", estime Christophe Porquier.

"C'est la première fois que se retrouvent autour d'un même thème autant d'organisations et d'associations différentes agissant quotidiennement pour promouvoir l'efficacité énergétique en France", annonce le CFEE qui entend "inciter les responsables à passer du discours à l'action".

 
Une première contribution sur les CEE Si la CFEE est officiellement lancée ce mercredi, elle n'en est pas totalement nouvelle pour autant. Les premiers travaux communs des membres de la coalition ont débuté en juillet 2012 et ont abouti à une première contribution commune dans le cadre de la concertation sur la troisième période des CEE. De même, elle a lié des contacts avec d'autres parties prenantes telles que la Confédération de l'artisanat et des petites entreprises du bâtiment (Capeb) et la Fédération du bâtiment.
Quant à l'avenir, la coalition souhaite intervenir lors des débats sur la future loi de transition énergétique, la décentralisation, les lois de finance ou encore la définition de la stratégie énergie climat de l'Union européenne pour 2030. "On est là pour un certain temps", résume Maryse Arditi, pilote du réseau énergie de FNE.
 
Cinq propositions communes

Pour commencer, la CFEE souhaite porter le sujet de l'efficacité énergétique dans le bâtiment et prendre part à la concertation en cours sur le troisième période des certificats d'énergie (CEE). Ainsi, elle propose cinq propositions communes pour la mise en œuvre de la rénovation énergétique du parc existant de bâtiment.

Rendre les mécanismes de financement plus efficaces constitue une première priorité. Face à "la jungle des modes de financement" (CEE, crédit d'impôt développement durable et éco-prêt à taux zéro, notamment) et "le parcours du combattant pour y accéder", la coalition plaide pour une rationalisation, explique Nicolas Mouchnino, chargé de mission énergie et environnement de l'UFC - Que Choisir. L'objectif est notamment de rendre le système plus efficace en le réorientant vers la performance globale des rénovations énergétiques. Entre 2005 et 2010, la France a dépensé 2 milliards d'euros par an pour la rénovation de 13.000 logements, quand en 2010 l'Allemagne a dépensé 650 millions d'euros pour 120.000 rénovations énergétiques lourdes, explique le représentant de l'association de défense des consommateurs.

Un autre axe de travail prioritaire consiste à assurer le développement et l'indépendance des PME et des sociétés de services d'efficacité énergétique. Pour Antoine de Fleurieu, délégué général du Gimelec, l'efficacité énergétique est un marché de proximité sur lequel les PME sont les mieux placées. Pour cela il faudra "un vrai marché" autonome qui ne soit pas un sous marché du "maelström énergétique". Il appelle surtout à ne pas répéter l'erreur du photovoltaïque dont le marché a été capté par les grands groupes, laissant de côté les PME et tuant le marché.

De même, la CFEE appelle à assurer l'indépendance entre chaque phase d'un projet d'efficacité énergétique. Il s'agit ici d'éviter "le mélange des genres", explique Bruno Dhont, directeur de l'ARC, qui déplore un "mal bien français", à savoir l'absence d'indépendance de certains bureaux d'étude thermique ainsi que l'alliance de fait entre énergéticiens et certains opérateurs de l'efficacité énergétique.

La territorialisation de la politique d'efficacité énergétique est un autre sujet essentiel aux yeux de la coalition. Pour Raphaël Claustre, directeur du Cler, si la politique d'efficacité énergétique doit être en cohérence avec les objectifs nationaux, sa mise en œuvre passe par les territoires. Il s'agit donc de créer des plateformes de formation régionales permettant la création d'offres intégrées de rénovation, de favoriser la montée en puissance des gestionnaires de réseaux d'énergie, d'assurer la création de guichets uniques de performance énergétique ou encore de déployer des banques publiques d'investissement.

Enfin, la dernière mesure prioritaire vise à simplifier, anticiper et clarifier le cadre réglementaire. Comme la plupart des secteurs économiques, la rénovation énergétique a besoin d'un cadre réglementaire lisible et stable, explique Sylvie Charbonnier, porte-parole du collectif Isolons la Terre contre le CO2. Or, elle déplore qu'en la matière les différents textes applicables aux logements neufs et aux logements existants se basent sur des indicateurs et des méthodes de calculs différents qui ne permettent pas de comparer les résultats.

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"Entre 2005 et 2010, la France a dépensé 2 milliards d'euros par an pour la rénovation de 13.000 logements, quand en 2010 l'Allemagne a dépensé 650 millions d'euros pour 120.000 rénovations énergétiques lourdes".
Devant cette différence énorme, il serait très intéressant de préciser d'où vient cet écart (recours aux investissements privés en Allemagne ?), et surtout ce qu'on appelle "rénovation lourde".

Il convient peut-être aussi de rappeler que la France a d'abord souhaité agir sur le logement social, d'où un recours plus important aux financements publics, mais aussi un vrai coup de pouce pour les familles modestes logées en hlm, dont les charges en énergie peuvent être supérieures au montant de leur loyer.
L'Allemagne a-t-elle fait le même choix ?

frpncar | 27 juin 2013 à 09h48
 
 

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