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Face à la tourmente économique, la croissance de demain sera-t-elle verte ?

Le Centre d’analyse stratégique a consacré son colloque de rentrée à la réflexion sur les voies de sortie de crise. L’innovation et les technologies vertes sont souvent invoquées comme fer de lance d’une politique industrielle qui reste à réinventer.

Economie  |    |  Actu-Environnement.com

"Je vous dois un aveu", confie Vincent Chriqui, directeur général du Centre d'analyse stratégique en ouverture de son colloque de rentrée consacré à "la croissance de demain", où une assistance nombreuse se pressait dans l'amphithéâtre de la Maison de la chimie, à Paris le 12 septembre : "Lorsque nous avons lancé il y a six mois l'organisation de ce colloque, nous avons choisi comme thème « la croissance de demain » parce que nous pensions que la question centrale, en cette rentrée, consisterait à caractériser la croissance de l'après-crise". Or il faut bien le constater : en ce début d'automne, l'économie est encore dans la tourmente, et la croissance n'est pas au rendez-vous. Pour Laurence Boone, chef-économiste Europe de Bank of America-Merrill Lynch, "le retour à une croissance à 3% n'est pas à l'ordre du jour aux Etats-Unis". Entre interventions macroéconomiques et leviers microéconomiques, les experts semblent perplexes.

En France, la croissance ne dépasse pas les 2% en 2011. A quoi faut-il donc la doper, cette croissance, que le président de la République avait annoncé aller chercher avec les dents en 2007 ? Selon le Centre d'analyse stratégique, la politique industrielle connaît depuis quelques années "un net retour en grâce" après avoir subi un certain discrédit. Elle apparaît comme le moyen de renforcer le potentiel de croissance en répondant aux grands enjeux structurels de long terme. De nombreux pays, Chine, Etats-Unis, Japon et Corée du Sud, ont par exemple mis en place de considérables programmes d'investissements dans les technologies vertes. La nouvelle stratégie de croissance de l'Union européenne, Europe 2020, présente le soutien à la base industrielle comme un élément essentiel de la compétitivité, dans laquelle la croissance verte est annoncée comme une composante majeure. Mais le modèle européen n'est pas clairement établi sur la croissance verte, notent plusieurs participants. En France, le programme des investissements d'avenir, lancé en 2009, prévoit de consacrer quelque 5 milliards d'euros sur 35 au développement durable : 2,6 milliards d'euros pour les énergies renouvelables ; 1 milliard d'euros pour le transport et l'urbanisme durable ; 500 millions d'euros pour la rénovation énergétique des logements ; 1 milliard d'euros pour améliorer les performances du nucléaire, classé comme investissement vert dans cette nomenclature institutionnelle.

Additionner les politiques ou définir des choix de société

Difficile, pour autant, d'orienter l'innovation sans imaginer une transition au long cours et transversale. Le risque est de voir des politiques industrielles s'additionner sans pour autant s'agencer autour d'une vision de long terme. Jouant le rôle de miroir extérieur, Karl Aiginger, directeur de l'Institut autrichien de recherche économique, pointe cette difficulté : "Il manque, en France, une vision de l'innovation environnementale et sociale, un nouveau chemin de croissance qui mette l'accent sur le nécessaire basculement stratégique vers ces nouvelles priorités. Cela impliquerait des changements en profondeur dans le système d'innovations". Le Centre d'analyse stratégique note que ce sont les grands besoins sociétaux qui permettent d'orienter la politique industrielle : "L'identification de ces grands besoins socio-économiques permet d'orienter la politique industrielle vers différents domaines (santé publique, sécurité des citoyens, défense, espace, énergie, environnement, alimentation, transports), en évitant les pièges d'une approche trop centrée sur des secteurs d'activités préétablis ou des technologies clairement identifiées et trop étroitement délimitées".

La question du soutien à l'innovation est large parce qu'elle touche un nombre considérable d'instruments publics : les investissements d'avenir, la mobilisation des financements privés, et l'environnement même de l'innovation, à la croisée de l'enseignement supérieur et de la recherche. Mais aussi parce qu'il s'agit de définir des choix de société. Dominique Bureau, délégué général du Conseil économique pour le développement durable, considère que "la croissance verte consiste à investir pour se prémunir des scénarios de catastrophe climatique et de perte de biodiversité globale. Notre politique industrielle doit anticiper la transition écologique. Car dès lors que celle-ci sera effective, elle affectera profondément les structures économiques, comme l'a souligné le rapport Stern". Il faut donc se garder d'une approche cloisonnée, par filières. Si l'on est convaincu de la crise écologique et de la montée des prix des ressources naturelles à moyen terme, il n'y a pas à douter que les investissements verts seront largement compensés. Or en matière de technologies de lutte contre le changement climatique, "la France est très loin de l'Allemagne, devant la Chine mais derrière la Corée du Sud", souligne Dominique Bureau, pour qui "l'un des éléments forts du Grenelle, c'est d'avoir mis l'accent sur cette dimension technologique".

La tension actuelle, liée à la conjoncture économique globale qui voit les Etats arriver au bout de leurs marges d'endettement, ne risque-t-elle pas de conduire à oublier le long terme ? Comme le suggère le rapport sur le financement de la croissance verte du Conseil économique pour le développement durable, "l'absence des générations futures, principales concernées par le changement climatique et l'épuisement des ressources, qui empêche le partage des coûts et des bénéfices entre générations, est une donnée fondamentale du bouclage du financement de la croissance verte". Entre crise des ressources naturelles, marchés financiers erratiques et fortes contraintes budgétaires, c'est le coût de la croissance qui semble désormais en question en filigrane.

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Ce qui est désolant dans ce constat ci-dessus, c'est que nous parlons tous de la croissance verte, sans pour cela en être réellement convaincu. Toutes les études et théories convergent sur la nécessité de mettre en place des programmes considérables d'investissements envers les technologies vertes. O'Bahma en avait par exemple fait l'un de ses principaux thèmes de sa campagne. Aujourd'hui, il retourne sa veste et préconise l'extraction à outrance des matières fossiles. D'autres annoncent des programmes d'investissements de plus de 5 milliards d'€...mais sont hors sujet lorsqu'il s'agit de mettre en place une stratégie ou "transition au long cours et transversale". Favoriser la croissance verte est au programme de tout politicien car c'est un élément déterminant pour se faire élire. Mais ces promesses ne sont que fétus de paille après les élections et les électeurs et consommateurs finaux se sentent mystifiés et déçus. Trop tard. Les entreprises engagées à fond dans la croissance verte en font les frais. Sans détermination, beaucoup baisse les bras quant bien même, il n'est pas difficile de démontrer qu'il est compatible d'innover dans le renouvelable tout en étant économiquement viable et éco responsable.
Seul problème pour ces entreprises, un manque réel de la part des politiques d'aller jusqu'au bout de leurs engagements ou de leurs beaux discours électoraux.
Un coup de gueule à méditer.
bmfh01

biomiscanthus | 22 septembre 2011 à 13h19
 
 

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