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Les citoyens de plus en plus sollicités pour financer les énergies renouvelables

Après le débat sur la transition énergétique et la réforme du crowdfunding, le financement participatif prend son envol dans le domaine des énergies renouvelables. Les offres se multiplient. Détails.

Energie  |    |  Sophie FabrégatActu-Environnement.com
Environnement & Technique N°347 Cet article a été publié dans Environnement & Technique n°347
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Energie partagée a ouvert la voie en proposant aux citoyens dès 2011 d'investir dans des projets renouvelables. Mais la réforme du crowdfunding, entrée en vigueur le 1er octobre 2014, a clarifié et simplifié les règles du jeu, et permis l'émergence de nombreux acteurs. Plus besoin d'obtenir le visa de l'autorité du marché financier (AMF) pour émettre des titres financiers, il suffit de passer par un prestataire ou un conseiller en investissement participatif. La réforme a également levé le monopole bancaire sur les prêts accordés à titre onéreux.

Petit à petit, l'idée fait son chemin. Si la part des financements citoyens reste encore minime, elle est appelée à progresser, comme le montre la tendance générale du crowdfunding. En 2014, 152 M€ ont été recueillis auprès des citoyens (tous secteurs confondus), soit le double des sommes collectées en 2013 (78 M€). On est encore loin des milliards d'euros nécessaires à la transition énergétique !

 
En Allemagne, du photovoltaïque sur les usines pour préparer la retraite ? En Allemagne, à Emden, 300 salariés de Volkswagen se sont réunis en coopérative en 2008 afin de produire de l'électricité photovoltaïque… sur le toit de leur usine ! Ils ont investi entre 200 et 10.000 € chacun, et leur mise représente un quart de l'investissement total. Ils sont rémunérés à un taux annuel de 5%.

Le syndicat IG Metall, à l'initiative du projet, estime que ce schéma pourrait être dupliqué dans de nombreuses entreprises. "La démographie allemande, négative, pose la question de la couverture des retraites à l'avenir. On pourrait réfléchir à un modèle qui permettrait aux salariés, grâce aux énergies renouvelables, de se constituer des retraites complémentaires", rêve Martin Refle, membre du CE de l'usine.
 
Mais que ce soit pour se réapproprier la question de la transition énergétique, pour en finir avec le modèle énergétique centralisé ou tout simplement pour placer son épargne dans des projets jugés plus éthiques, de nombreux citoyens semblent prêts à investir quelques dizaines ou centaines d'euros dans un parc éolien ou photovoltaïque.

Du côté des industriels, il s'agit surtout de faciliter l'acceptabilité sociale du projet car les financements citoyens restent généralement minoritaires dans l'enveloppe globale des projets. Plusieurs possibilités existent : le don, avec ou sans contrepartie, le prêt, avec ou sans intérêts, et l'investissement en capital.

Solliciter l'épargne des riverains

La réforme du crowdfunding permet désormais la rémunération des prêts, hors circuit bancaire. Cependant, le montant ne peut excéder 1.000 € par prêteur (contre 4.000 € pour un prêt accordé à titre gratuit), dans la limite d'un million d'euros par projet.

La plateforme Lendosphère a déjà réuni, en trois mois d'existence, plus de 300.000 euros pour financer cinq projets photovoltaïques et éoliens. 462 prêteurs ont été séduits, pour un ticket moyen de 660€. "30% des prêteurs se situent dans un rayon géographique proche de ces projets", indique la jeune entreprise. Car la plateforme propose, pour certains projets, un taux bonifié pour les riverains. Ainsi, pour le financement d'un parc éolien de 20 MW dans la plaine du Santerre développé par Valorem, la plateforme proposait un taux d'intérêt annuel de 5% aux prêteurs (prêt de 24 mois) et de 6% pour les Picards. L'objectif était de réunir 60.000 €. Finalement, 110.500 € ont été collectés auprès de 162 personnes.

La plateforme Lumo favorise également les financements locaux. Ainsi, pour installer 150 m2 de panneaux photovoltaïques sur le toit d'un bâtiment technique de la commune d'Esnandes (Charente-Maritime), elle a réuni 5.000 € sur les 66.000 € que coûtait l'installation. Trente et une personnes ont répondu à l'offre d'obligations, dont 93% sont installés en Poitou-Charentes. La durée d'engagement est plus longue (15 ans), à un taux d'intérêt annuel de 5%.

Soutenir les projets citoyens et les technologies de demain

Certaines plateformes proposent aux citoyens de s'engager davantage en investissant dans les projets. Plus risquée, la prise de participation n'assure pas une rémunération du capital investi. Cependant, elle permet de donner un coup de pouce à des projets innovants ou citoyens et de jouer aux business angels.

Energie partagée propose aux particuliers de souscrire, à partir de 100 €, à un fonds citoyen qui investit en fonds propres dans des projets de production d'énergies renouvelables ou d'efficacité énergétique. "Cet outil permet à des porteurs de projets et des acteurs des territoires de réunir les fonds propres nécessaires au lancement opérationnel d'un projet, et d'en garder la maîtrise citoyenne" en garantissant que les investisseurs citoyens restent majoritaires (51%) dans la mise de départ du projet, explique-t-elle. Chaque souscripteur peut orienter son argent vers un projet proposé, mais finalement, Energie partagée financera tous les projets qu'elle a validés. Question revenus, le fonds se fixe un objectif de valorisation de l'action à 4% par an dès lors que l'action est détenue au moins dix ans. Actuellement, Energie partagée propose notamment de soutenir à hauteur de 300.000 € un projet de méthaniseur avec injection de biogaz dans le réseau, porté par 15 exploitants agricoles dans les Pyrénées-Atlantiques.

La plateforme Wiseed appelle quant à elle les particuliers à placer leurs euros dans de jeunes entreprises innovantes. Après étude des dossiers, afin de sécuriser un maximum l'investissement, la plateforme lance une levée de fonds auprès des particuliers (mise minimale de 100 €). Les investisseurs citoyens sont regroupés dans une société à actions simplifiées, qui détient entre 5 à 20% du capital de la startup. Depuis 2008, 15 millions d'euros ont déjà été investis par les 44.000 membres de Wiseed, participant au financement d'une quarantaine de sociétés. Aujourd'hui, elle propose d'investir dans la société S'Tile, qui veut lancer une ligne de production d'une cellule photovoltaïque à haut rendement qu'elle a inventée. La promesse ? Economiser l'utilisation des matériaux les plus chers (silicium pur, argent et cuivre) et réduire les coûts de production de 30%. La start up a reçu un soutien financier de la Banque publique d'investissements (BPI). Les investisseurs pourront bénéficier, à terme, de dividendes ou d'une plus value en cas de revente de tout ou partie de l'entreprise. Mais, prévient Wiseed, "dans l'univers du capital risque, il est important de prendre en considération la statistique partagée suivante : sur dix entreprises investies, trois seront liquidées (perte totale de l'investissement), deux permettront un multiple de 10 et plus, le gain sur les autres sera multiplié entre 1 et 3".

GDF Suez va bientôt lancer sa plateforme de crowdfundig

Conscients du capital sympathie qu'apporte le financement participatif, des industriels décident de se lancer eux aussi. GDF Suez va lancer, d'ici cet été, sa propre plateforme de crowdfunding, GreenChannel, dédiée aux projets ENR ou d'efficacité énergétique. L'entreprise indique que 10% de ses projets (sur 1.350 MW installés en France) font déjà appel, d'une manière ou d'une autre, à l'implication des citoyens et/ou des collectivités territoriales : actionnariats locaux, sociétés d'économie mixtes, protocoles fonciers avec les propriétaires terriens… En 2005, pour le parc éolien du Haut des Ailes (Moselle), 98 actionnaires locaux avaient investi à hauteur de 1,2 M€ (sur 29 M€), avec une rémunération garantie de 7% sur douze ans. Résultat : un dossier instruit en deux ans, sans recours !

Cette tendance pourrait se généraliser puisque le projet de loi sur la transition énergétique prévoit que les sociétés de production aient obligation de proposer l'ouverture de leur capital aux collectivités et aux citoyens. Certains parlementaires auraient souhaité aller plus loin en imposant l'ouverture du capital à l'épargne citoyenne. Mais, selon la ministre de l'Ecologie Ségolène Royal, cette mesure a été jugée contraire au principe constitutionnel de liberté d'entreprendre par le Conseil d'Etat.

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