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“ L'autoconsommation doit être le gros chantier de 2016 ”

Après une année 2015 mitigée, les professionnels du photovoltaïque abordent 2016 avec confiance. Daniel Bour, président du syndicat Enerplan, détaille pour Actu-environnement les préparatifs du nouveau mécanisme de soutien. Les professionnels attendent surtout des avancées dans l'autoconsommation.

Interview  |  Energie  |    |  Florence RousselActu-Environnement.com
   
“ L'autoconsommation doit être le gros chantier de 2016 ”
Daniel Bour
Président d'Enerplan
   

Actu-environnement : Comment s'est porté le marché du solaire photovoltaïque français en 2015 ?

Daniel Bour : 2015 fut une année moyenne en ce qui concerne l'activité. Environ 1 GWc a été raccordé au parc, ce qui n'a rien d'exceptionnel. Il s'agit surtout d'une année en trompe l'oeil car la grande centrale de Cestas en Gironde avec ses 226 MW a boosté la puissance raccordée. Hors Cestas, c'est une mauvaise année.

Plusieurs sous-secteurs sont en difficulté. Le segment des installations domestiques (< 9 kW) décroît et a atteint son plus bas niveau (-35% sur les 12 derniers mois). Le segment des installations résidentielles (9 à 100 kW) semble retrouver son niveau moyen. L'activité sur les moyennes et grandes toitures (100 kW à 1 MW) est totalement atone et le volume de projets en attente de raccordement ne laisse pas présager d'embellie. Le seul secteur dynamique reste les grands projets de centrales au sol et en toitures (plus de 1 MW). Le volume raccordé est un mélange des derniers appels d'offres (AO) CRE 1, des premiers AO CRE 2 et de projets disposant d'un tarif T5 obtenu fin 2012, comme pour ce projet de Cestas. Ce sont donc des résultats conjoncturels et non structurels.

AE : La loi sur la transition énergétique va-t-elle changer la donne ?

DB : Le positionnement des pouvoirs publics a clairement changé en 2015 avec la loi sur la transition énergétique. Le message est clair : "Allez-y, on ouvre les vannes". Le doublement des volumes des appels simplifiés et de l'AO CRE3 pour les grandes centrales, et la rapidité de l'annonce des résultats sont des signaux positifs.

Les projets sélectionnés ont prouvé que l'énergie solaire est devenue compétitive. Le prix moyen proposé dans les dossiers est de 82€/MWh mais beaucoup de dossiers se sont positionnés à 70€/MWh. L'évolution est énorme : le prix moyen de l'appel d'offres précédent tournait autour de 115€/MWh. Le mouvement est identique sur les toitures : on est passé de 158 à 128 €/MWh. Plusieurs éléments se conjuguent : la baisse du prix des composants d'une centrale solaire - même si le prix des panneaux reste élevé du fait des mesures anti-dumping chinois de l'UE -, des exigences plus faibles pour le financement des projets et le dynamisme des développeurs.

AE : Comment voyez-vous l'année 2016 ?

DB : L'année 2016 sera marquée par une transition importante. Pour toutes les centrales d'une puissance supérieure à 500 kWc, on quitte le système actuel pour un nouveau système basé sur un appel d'offres mais avec une rémunération à deux composantes : la vente de l'électricité sur le marché à laquelle s'ajoutera un complément de rémunération. Cette prime sera calculée de façon à garantir un niveau de prix global proche de ce que les porteurs de projets demanderont dans leur dossier. Le prix de marché de référence correspondra, sur un pas de temps donné, à la moyenne des prix positifs et nuls constatés sur le marché français. Ce nouveau système s'appliquera aux prochains appels d'offres pour des projets qui verront le jour en 2017 voire 2018. Le cahier des charges de ces futurs appels d'offres est actuellement en cours d'élaboration et nous espérons qu'il puisse être publié rapidement.

Pour les centrales dont la puissance est comprise entre 100 et 500 kWc, on passe également en mode "appel d'offres", mais sur ce segment le prix sera fixe, garanti par EDF Obligation d'Achat. Un nouveau cahier des charges est prévu mais sa préparation n'a pas débuté.

Enfin, pour les centrales de moins de 100 kWc il n'y aura pas de changement majeur. Elles resteront éligibles à un tarif d'achat classique.

AE : Qu'est ce que ça change pour les exploitants ?

DB : Cela crée des incertitudes supplémentaires tout en renchérissant les coûts pour les producteurs comme pour la collectivité.

Le prix de marché de référence sera calculé sur une moyenne nationale. Mais dans les faits, on ne sera pas sûr de vendre à ce prix. C'est une première incertitude. Deuxième chose, il y a un nouvel acteur qui entre en jeu : l'agrégateur. Celui-ci va demander des frais de gestion, ce qui induira des coûts supplémentaires qu'il faudra inclure dans le prix global lors du dépôt des projets. Cela ne va pas dans le sens d'une meilleure compétitivité de l'énergie et ça coûtera un peu plus cher à la collectivité, puisque le surcoût de gestion sera au final payé par EDF OA.

Enfin, ce mécanisme basé sur deux contrats distincts vient ajouter de la complexité qui sera d'autant plus lourde à supporter que les centrales concernées seront de taille modeste. Chez Enerplan, nous comprenons le principe d'une rémunération par le marché voulue par l'Union européenne mais on estime que ça ne se justifie pas pour des petites centrales. Une centrale de 500 KWc fait un chiffre d'affaires de 60.000 euros par an dont 50% proviendront de la vente sur le marché. On va s'embêter avec les procédures de marché pour si peu ! Le seuil de 5 MW, avec un CA de 700.000 euros aurait été mieux adapté.

AE : Le cahier des charges des prochains appels d'offres est en cours de négociation avec le ministère de l'Ecologie. Qu'en pensez-vous ?

DB : Les préparatifs du nouveau cahier des charges avancent. Les volumes ont été confirmés : 3.000 MW en six tranches de 500 MW. Ce qui correspond bien à ce qu'on attendait et ce qui avait été annoncé par la ministre de l'Ecologie en novembre 2015. Le cahier des charges sera valable pour les six appels d'offres. Le premier pourrait être lancé en septembre prochain.

Nous demandions une logique de simplification, nous avons été écoutés. La dernière mouture place la CRE en chef de file de l'étude des dossiers. On devrait gagner en vitesse d'instruction. Par ailleurs, le bilan carbone continue de peser pour 20% de la note. Le cahier des charges prévoit également d'exclure les dossiers de centrales au sol installées sur des zones naturelles, un point sur lequel des précisions sont attendues car la définition de ce qu'est une zone naturelle ou un terrain artificialisé n'est pas évidente. Toutes les communes n'ont pas un PLU, et lorsqu'il y en a un, celui-ci n'est pas nécessairement à jour. Il existe des décharges et des carrières sur des zones classées "naturelles" ! Les procédures d'instruction des permis de construire et les enquêtes publiques sont justement là pour sélectionner les projets les plus pertinents au regard de ce critère. C'est pourquoi nous plaidons pour que seuls les projets disposant d'un permis de construire soient admis à concourir, ou a minima qu'ils soient fortement privilégiés. Cela nous semble plus efficace qu'une définition floue du type de terrains autorisés dans l'appel d'offres, et devrait par ailleurs considérablement augmenter le taux de réalisation des projets lauréats. Sur les appels d'offres précédents, qui n'exigeaient pas un permis de construire obtenu, on peut estimer que plus de 50% des projets sélectionnés ne verront jamais le jour en raison de difficultés dans l'obtention des autorisations d'urbanisme. Ces projets ont monopolisé un volume qui aurait pu bénéficier à d'autres. Un véritable mécanisme de liste d'attente est indispensable pour que ces volumes ne soient pas irrémédiablement perdus.

Nous attendons désormais la programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) et nous espérons y trouver une certaine cohérence. Les premiers chiffres annoncés sont bons. Il reste quelques curseurs à fixer entre les différentes filières ENR. En revanche, la PPE globale est au point mort. L'Etat a du mal à construire une feuille de route claire pour le nucléaire.

AE : Où en sommes-nous côté autoconsommation ?

DB : L'autoconsommation est un sujet extrêmement intéressant. Ce doit être LE gros chantier de 2016. Malheureusement, on n'avance pas beaucoup. C'est le parent pauvre de toutes les annonces alors que c'est un secteur qui commence à frémir partout et qui n'a pas besoin de subventions. Un appel d'offres pour les grandes installations a été promis mais on ne voit rien venir. Nous attendons surtout un cadre réglementaire pour accompagner l'émergence de la petite autoconsommation. C'est un sujet très important qui mobilise beaucoup d'industries et de technologies (stockage, gestion intelligente de l'énergie, systèmes de prévision, domotique...).

Nous avions suggéré que les particuliers qui souscrivent un tarif d'achat soient obligés de consommer une partie de leur production, pour que cela commence à entrer dans les mœurs comme en Allemagne. Mais nous nous heurtons aux réticences d'EDF et ERDF.

Résultat, on est dans un immobilisme regrettable, alors même que tous nos voisins européens avancent. Pourtant, il y a un gros enjeu de filière dans ce secteur avec de très belles perspectives pour des entreprises françaises.

Réactions2 réactions à cet article

 

Je suis vraiment surprise du nombre d'articles consacrés à l'autoconsommation, présentée à chaque fois comme LA solution. Mais la solution à quoi ? Car en fait j'ai vraiment du mal à comprendre l'intérêt collectif de le développer à grande échelle en France ; quand on y regarde de plus près, en recherchant à tout prix l'autoconsommation sur un projet cela amène en fait à limiter la taille de l'installation PV ce qui me semble vraiment dommage pour le développement général du PV. Ne faut-il pas équiper au maximum les toitures favorables et injecter au réseau pour faire bénéficier tout le monde d'un mix énergétique plus renouvelable ? A force de lire ce type d'articles on a l'impression que l'autoconsommation serait la panacée, mais à bien y réfléchir on ne comprend pas bien pourquoi. Conseil de lecture à ce sujet :
http://www.hespul.org/wp-content/uploads/2014/01/Note-de-positionnement-autoconsommation-HESPUL-janvier-2014.pdf

Hélène | 04 février 2016 à 10h48
 
 

Je vais équiper ma maison en autoconsommation pour échapper au compteur Linky.
C'est une très bonne raison pour des gens qui comme moi ne peuvent pas fermer l'oeil en présence d'émissions électromagnétiques et tout particulièrement du courant porteur en ligne.

Gigi | 05 février 2016 à 10h28
 
 

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