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Nucléaire : doublement du volume de déchets radioactifs d'ici 2030

Selon l'inventaire des matières et déchets radioactifs publié par l'Andra, les déchets issus de l'activité nucléaire doubleront d'ici 2030. Le démantèlement de centrales et d'autres sites devrait fortement contribuer à l'augmentation de ces volumes.

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Nucléaire : doublement du volume de déchets radioactifs d'ici 2030

Comme tous les trois ans, l'Andra a publié ce 11 juillet un inventaire national des matières et déchets radioactifs. Celui-ci dresse une photographie des déchets produits à fin 2010 par différentes activités (parc électronucléaire, recherche, défense, industrie non nucléaire, secteur médical) et permet d'envisager l'avenir grâce à des scénarios prospectifs de poursuite et d'arrêt du nucléaire. Fait nouveau : pour cette édition, des représentants de la société civile ont été associés à cet inventaire : France Nature Environnement, Robin des bois, l'association nationale descommissions locales d'information (CLI)… Certains sujets font également l'objet d'un zoom spécifique : les sites pollués et les déchets immergés après-guerre.

 
Les déchets historiques immergés Entre 1942 et 1986, la France a immergé 17.400 tonnes de déchets radioactifs : 14.200 tonnes dans l'Atlantique et 3.200 tonnes dans le Pacifique. Plusieurs sites de stockage se situent près des côtes françaises. En 1969, 9.000 tonnes de déchets ont été immergés dans l'Atlantique, à 900 km des côtes bretonnes par la Belgique, la France, le Royaume-Uni, l'Italie, les Pays-Bas, la Suède et la Suisse. De 1971 à 1982, 123.000 colis ont été immergés dans la Manche, à 1.000 km des côtes françaises par la Belgique, le Royaume-Uni, les Pays-Bas et la Suisse. Dans l'Atlantique, des campagnes de surveillance menées dans les années 80 "n'ont montré aucune augmentation importante des concentrations des radionucléides représentatifs des déchets immergés", indique l'Andra. La surveillance a donc été suspendue. En revanche, dans le Pacifique, la surveillance a été maintenue même si elle n'a pas permis de constater d'élévation de la radioactivité.
 

Un doublement des déchets d'ici 2030

Fin 2010, 1,32 million de mètres cubes (Mm3) de déchets radioactifs, hors déchets historiques, ont été produits en France. Ces déchets sont conditionnés en vue de leur entreposage et stockage. En volume, la plus grande part des déchets est de faible et moyenne activité à vie courte (FMA-VC, 830.000 m3), essentiellement issus de l'exploitation et du démantèlement des centrales nucléaires, des installations du cycle du combustible et de centres de recherche ; et de très faible activité (TFA, 360.000 m3), issus de l'exploitation, de la maintenance et du démantèlement des centrales nucléaires. Mais ce sont les déchets de haute activité, malgré des volumes bien moindres (2.700 m3), qui constituent 96 % du niveau de radioactivité de l'ensemble de ces déchets (110 M TBq au total).

Selon un scénario de poursuite du nucléaire (se basant sur une durée d'exploitation des centrales de cinquante ans), la France comptera 1,9 Mm3 de déchets radioactifs en 2020 et 2,7 Mm3 en 2030. Alors que les déchets de très faible activité (TFA) devraient augmenter rapidement avec le démantèlement des premières centrales et de centres de recherche (de 360.000 m3 fin 2010 à 762.000m3 en 2020 et 1,3 Mm3 en 2030), la plus grande partie des déchets de moyenne activité à vie longue, issus du traitement du combustible usé, a déjà été produite aujourd'hui, indique l'Andra. Alors qu'ils constituent un volume de 40.000 m3 fin 2010, ils devraient représenter 45.000 m3 en 2020 et 49.000 m3 en 2030.

L'arrêt des centrales transforme le combustible usé en déchet

Mais ces prévisions pourraient changer en cas d'arrêt progressif de la production nucléaire en France. C'est pourquoi l'Andra a étudié deux autres scénarios au delà-de 2030, jusqu'à la fin de vie et au démantèlement des installations nucléaires : l'un porte sur une poursuite du nucléaire avec une durée de fonctionnement des centrales de 50 ans et sur le traitement de l'ensemble des combustibles afin d'alimenter le nouveau parc ; le second porte sur un non-renouvellement du parc nucléaire avec une durée de vie des centrales de 40 ans et un arrêt du traitement des combustibles usés en 2019. Pour le premier scénario, les déchets de haute activité représenteront 10.000 m3 alors que pour le second, ils seront répartis entre 3.500 m3 de déchets vitrifiés, 50.000 assemblages (un assemblage est équivalent à 0,2 m3) d'oxyde d'uranium, 1.000 assemblages de réacteurs à neutrons rapides et 6.000 assemblages de MOX.

De nouvelles capacités de stockage seront nécessaires

Des centres de stockage existent pour 90 % des déchets radioactifs produits chaque année, indique l'Andra. Fin 2010, 72 % du volume de déchets radioactifs produits étaient définitivement stockés. Pour les déchets de faible et moyenne activité à vie courte, deux centres de stockage existent. L'un, dans la Manche, est désormais fermé car les volumes stockés ont atteint la capacité maximale du site (520.000 m3). Le second, dans l'Aube, est en cours d'exploitation. Sa capacité de stockage de 1 million de mètres cubes (250.000 m3 stockés fin 2011) "sera suffisante pour accueillir les déchets de démantèlement", indique Marie-Claude Dupuis, directrice générale de l'Andra.

En revanche, pour les déchets de très faible activité, qui augmenteront au fur et à mesure des démantèlements, le seul centre de stockage de Morvilliers (630.000 m3) ne suffira pas. Avec un volume de 35.000 m3 de déchets réceptionnés chaque année, il devrait avoir atteint sa capacité en 2025. L'Andra envisage de créer un nouveau centre de stockage. Elle étudie également plusieurs pistes pour réduire le volume des déchets stockés (meilleur compactage des déchets, valorisation de certains déchets comme les aciers, qui pourraient être réutilisés dans des centrales nucléaires).

Pour les déchets de faible activité à vie longue, l'Andra devrait, d'ici la fin de l'année, rédiger des préconisations pour la création d'un nouveau centre de stockage, après le retrait des candidatures des communes d'Auxon et de Pars-lès-Chavanges.

En cas de non-renouvellement du nucléaire, 90.000 m3 de combustible usé devront être stockés. Le projet de stockage géologique Cigéo (30 km2) devrait pouvoir accueillir ces déchets selon l'Andra : les déchets de haute et moyenne activité à vie longue (HA-VL et MA-VL) du parc actuel (58 réacteurs en exploitation et 1 EPR) ne devrait occuper que la moitié de la capacité de stockage. "Le projet a été conçu de sorte à ne pas fermer la porte à des options différentes de politique énergétique. Il est flexible et adaptable", souligne Marie-Claude Dupuis. En revanche, une décision de fermeture anticipée de centrales nucléaires pourrait poser des problèmes de calendrier : le site devrait ouvrir en 2025.

Réactions1 réaction à cet article

 

Vérité au-delà des monts, mensonge en-deçà...
La législation en Allemagne, pays Vertueux s'il en est, est telle que l'essentiel des déchets TFA français pourraient être recyclés sans autre formalité dans l'industrie ou les travaux publics...

dmg | 12 juillet 2012 à 18h55
 
 

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