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Négociation climatique : le plus dur reste à faire !

La conférence de Lima a abouti à un nouvel accord minimal. Si les engagements de réduction des émissions de GES seront connus en 2015, les autres éléments de l'accord restent flous. Le travail s'annonce ardu pour la présidence française.

Gouvernance  |    |  Philippe ColletActu-Environnement.com

Le 13 décembre, à l'issue des habituelles prolongations, les représentants des 195 Etats participant à la 20ième conférence des parties (COP20) de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) ont adopté un texte d'accord en vue de la dernière ligne droite qui aboutit à la conférence de Paris qui devra sceller un accord international en décembre 2015.

Négociées dans le cadre de la Plate-forme de Durban pour une action renforcée (ADP) chargée d'élaborer l'accord qui en 2020 prendra le relai du protocole de Kyoto signé en 1997, les décisions adoptées à Lima apparaissent, pour la plupart des observateurs, comme le strict minimum indispensable à la survie des négociations climatiques onusiennes. Quant au futur accord, si le texte de négociation informel a acquis un statut officiel, il reste pour l'instant très vague.

Une évaluation des contribution en octobre 2015

Les négociateurs ont décidé que l'ADP "intensifiera ses travaux" pour proposer un premier texte de négociation en mai 2015. Ce document devrait reprendre les grandes lignes du texte des deux coprésidents du groupe de travail, Kishan Kumarsingh (Trinidad et Tobago) et Artur Runge-Metzger (Union européenne). A ce stade, le document "ne préjugera pas si l'issue [des négociations] sera un protocole, un autre instrument juridique ou un texte convenu d'un commun accord ayant valeur juridique dans le cadre de la Convention-cadre et applicable à tous", selon la célèbre formule adoptée à Durban en 2011. Le texte des deux co-présidents a été inclus en annexe des décisions prises à Lima, ce qui lui confère pour la première fois un caractère officiel.

Parallèlement, les Etats sont "invités" à communiquer, "bien en avance" de la 21ème COP, leur contribution qui viendront alimenter le futur accord. Idéalement, ces contributions, devront être communiquées d'ici la fin du premier trimestre 2015 "pour les pays prêts à le faire". Elles devront être présentées de sorte à favoriser "la clarté, la transparence et la compréhension".

Les engagements proposés devront être déterminés par les pays eux-mêmes, ce qui sous-entend que de grandes divergences pourraient apparaître concernant la nature et l'ambition des objectifs. En effet, les Etats seront libres de fixer l'année de référence qu'ils retiennent pour les réductions d'émissions de gaz à effet de serre (GES), la période d'engagement, le calendrier de mise en œuvre, les domaines couverts, ou encore la méthode de calcul retenue. A noter enfin, que loin d'imposer quoi que ce soit, le texte exprime ici un souhait (may include).

Les contributions communiquées avant le 1er octobre 2015 seront agrégées dans un rapport de synthèse réalisé par le secrétariat de la Ccnucc d'ici au 1er novembre 2015. L'objectif sera de mesurer l'écart entre les promesses faites et l'objectif fixé à Copenhague fin 2009, à savoir limiter à 2°C la hausse de la température moyenne du Globe.

Consensus par défaut

Au-delà du contenu des décisions prises à Lima, les éléments absents du texte retiennent tout autant l'attention. Ils illustrent surtout à quel point l'année de négociation sera laborieuse. A quelques heures de la fin officielle de la COP, certains négociateurs du Like Minded Group of Developing Countries (LMDC) jugeaient préférable de reporter à janvier 2015 la clôture de la COP si certains éléments n'étaient pas pris en compte. De telles positions ne sont pas rares dans les dernières heures et, comme souvent, un accord a finalement été trouvé. Cependant, les demandes du LMDC mettent en lumière des points essentiels, aujourd'hui laissés de côté.

La coalition insistait une nouvelle fois sur la nécessité de préserver le principe de "responsabilités communes mais différenciées" qui implique que les pays responsables des émissions historiques de GES, principalement les pays de l'OCDE, agissent plus vigoureusement que les autres. A l'heure de négocier un accord impliquant tous les Etats, et non plus les seuls pays développés comme ce fut le cas avec le protocole de Kyoto, les pays en développement redoutent que l'universalité du futur accord ne se transforme en uniformité.

Autre demande du LMDC : les contributions qui seront présentées en 2015 ne devraient pas se limiter à la réduction des émissions de GES. La coalition souhaitait que soient aussi précisés les engagements en matière d'adaptation aux changements climatiques, d'aide financière en faveur des pays en développement et de transfert de technologie. Tous ces éléments apparaissent dans le texte final mais ils restent bien en retrait de ce qui est attendu en terme de contribution à la réduction des émissions. Des progrès devront être réalisés sur ce terrain particulièrement compliqué qui, par certains aspects, s'apparente à une négociation sur le dédommagement par les pays développés des pertes et dommages subis par les pays en développement.

Enfin, dernier détail important, ces pays ne voulaient pas d'un texte "parachuté" dans les dernières heures des négociations et présenté comme "à prendre ou à laisser" au motif que le temps presse. Ils ne voulaient pas non plus de conciliabule de dernière minute mettant aux prises deux ou trois pays ou groupes de pays "capables d'inventer des mots sur le champs pour emporter la décision". Selon cette coalition, de telles démarchent aboutissent à un consensus par défaut, qualifié de "non démocratique". Or, de tels rebondissements se répètent systématiquement dans les dernières heures des négociations climatiques et aboutissent, année après année, à des accords a minima quand, selon le Giec, il conviendrait d'accélérer la lutte. En 2009, l'accord adopté à Copenhague est l'exemple type du texte "à prendre ou à laisser" négocié loin des regards par quelques acteurs importants, au premier rang desquels les Etats-Unis et la Chine. En 2011, l'adoption de la plateforme de Durban, qui prévoit la signature d'un accord global fin 20105, a été marquée par le "regroupement" de l'Union européenne et l'Inde qui ont forgé en quelques minutes une formule des plus alambiquées pour définir le futur accord climatique international : un "texte convenu d'un commun accord ayant valeur juridique".

Si le LMDC n'a pas bloqué la décision finale, il a cependant bien mis en lumière les silences du texte sur certains aspects essentiels des négociations, ainsi que les failles d'un processus démocratique qui d'accords a minima en accords a minima n'a guère progressé depuis la conférence de Bali en 2007 à l'occasion de laquelle a été lancé le processus de négociation d'un nouveau traité international.

Réactions8 réactions à cet article

 

Pourvu que ça dure !

Il faut espérer qu'aucun accord ne sera trouvé. L'humanité ne s'en portera que mieux. On n'est pas Don Quichotte et on n'a pas à combattre un fantasme.

D'ailleurs on peut parier que si accord il y a ce sera un accord en trompe l'oeil.

Laurent Berthod | 15 décembre 2014 à 18h55
 
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Quelle guignolade! Quelle vanité!
Tous ces cravatés et endimanchées qui se gobergent avec l'insupportable prétention de "sauver la planète"...
Pauvre de nous qui allons recevoir ce cirque avec l'inénarrable bande de branleurs menés par notre diplomatie de "pays exemplaire"...

Albatros | 16 décembre 2014 à 08h03
 
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La difficulté majeure qui fera capoter le processus vient des mesures contraignantes qui sont ou seraient imposées aux peuples qui n'en veulent pas. Nos gouvernants incapables ne serait ce que d'avoir un budget en équilibre imposent aux citoyens de payer plus d'impôts (sous diverses appellations)et aboutir à une régression de leur niveau de vie.
Par exemple en France qui est un des pays les moins émetteur de C02 par habitant, la population se voit imposer de payer plus cher son électricité pour subventionner des énergies renouvelables qui auront pour impact d'augmenter les émissions de C02. On marche sur la tête.
Pour aller plus vite dans le mur, le projet de loi Macron envisage de détricoter le droit de l'environnement... pour mieux polluer.
La transition énergétique devrait avoir pour fil rouge MIEUX pour MOINS CHER comme inscrit dans le rapport du débat national sur la transition énergétique de juillet 2013 "pas de régression du pouvoir d'achat des ménages ni de perte de la compétitivité des entreprises", texte oublié car non conforme à l'idéal ecolo-politique qui s'infiltre en faisant croire que MOINS BIEN POUR PLUS CHER est l'avenir, pas étonnant que les peuples n'adhèrent pas.
Il serait grand temps, puisqu'il y a urgence, de mettre en oeuvre les mesures permettant de s'adapter à une nouvelle donnée climatique que de vouloir réduire le C02 par la force, les peuples n'en ont ni l'envie ni les moyens.
Quand les beaux parleurs montreront l'exemple...

ITC78 | 16 décembre 2014 à 11h19
 
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Quel théatre! Ils s'applaudissent eux-mêmes pour des conclusions aléatoires et se décharger sur les suivants! On pourra toujours se consoler à dire, ils en ont enfin pris conscience que c'est très urgents de sauver la planète. Les propositions efficaces sont émises par des citoyens "ordinaires" qui connaissent le terrain et ne se trouvent pas dans des Palais à grands frais. Nous avons des chercheurs dans nos ASPA et Universités qui nous informent avec les moyens disponibles sans comparaison avec ces colloques internationaux! Qui n'avance pas, recule

arthur | 16 décembre 2014 à 11h27
 
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Attendons que Yellowstone se réveille.

Se "super volcan" qui par rapport à ses 8 précédentes super éruption est en retard de 40 000 ans, va tout remettre à plat.
Depuis 2006 tous les sismographes de surveillances s’affolent sur ce site…..

Si le volcan au nom imprononçable a pu à lui seul être responsable d’une variation de 1°c à lui seul sur toute la planète l’année suivant son éruption, alors avec ce cratère (Yellowstone) de 80km de diamètre ,la nature va nous rappeler qui commande vraiment.

yann | 16 décembre 2014 à 11h43
 
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La nécessité du consensus explique la minceur des résultats obtenus, et ne pas rompre une telle négociation est déjà une satisfaction dont on peut comprendre l'expression par les protagonistes .
Le réchauffement de l'atmosphère et la montée du niveau de la mer ne sont hélas pas des fantasmes et leurs conséquences seront lourdes. Réduire les émissions de gaz à effet de serre ne peut être que positif, notamment en favorisant les énergies renouvelables. L'allocation des moyens entre réduction des émissions et adaptation au changement en marche est un arbitrage méritant un débat démocratique.

tigrou | 16 décembre 2014 à 12h29
 
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Si ça continue il faudra que ça cesse, c'est promis demain j’arrête, TROP FORT
tu le vois l'iceberg ? hop réchauffement climatique plus d'iceberg donc plus de problème en avant toute.
Laurent Berthod capitaine nous somme sauvés

lio | 16 décembre 2014 à 12h32
 
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Sans bruit le droit de la mer progresse ; discours du président Golytsine (Tribunal International du droit de la mer) à l'AG ONU + grille d'évaluation du TIDM (SIFEE Olivier Chantrel, affiche, colloque de Bruxelles 2104, en ligne 25 12 14 ; cliquer rectangle rouge en haut à droite) sur première communauté universelle de l'Histoire.
Vers une communauté Universelle de la mer ? Esquisse d'évaluation environnementale d'une dynamique : le déploiement du premier ordre juridique universel, écosystémique et économique. Vers une double nobélisation (paix et économie) du Tribunal International du droit de la mer (TIDM) ?
Plädoyer für eine universale Meeresgemeinschaft (UMG). Entwurf für eine ökologischer Bewertung einer Dynamik: Die Entfaltung der erster wirtschaftlichen und ökosystemischer, universalen Rechtsordnung. Für einen doppelten Nobelpreis (Frieden und Wirtschaft) des Internationalen Seegerichsthofes?
Hacia una Comunidad Universal del Mar (CUM). Esbozo de evaluación medioambiental de una dinámica: el despliegue de la primera orden jurídica universal, ecosistémica y económica.¿ Hacia una doble nobelisacion (paz y economía) para el Tribunal Internacional del derecho del mar ? (TIDM).
Towards a Universal Community of the Sea (UCS). Environmental assessment of a dynamics : a sketch. Deployment of the first universal, ecosystematic and economic legal order. Towards a double Nobel Prize (peace and economy) for the International Tribunal of the law of the sea (ITLOS).

Jus maris veritasque ; | 16 décembre 2014 à 14h01
 
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