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Déploiement des smart grids : le chemin est encore long et sinueux

Le déploiement des smart grids doit encore franchir de nombreux obstacles. Les acteurs sont très partagés sur les bénéfices attendus et les modèles économiques sont incertains. Reste aussi à savoir quelle sera l'acceptation des consommateurs.

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Environnement & Technique N°335 Cet article a été publié dans Environnement & Technique n°335
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La réalité smart grid peine à se matérialiser. Face à ce constat, BIP Enerpresse a invité, mardi 11 mars 2014, trois experts du domaine afin de débattre des raisons de cette inertie. Un débat plus difficile à organiser qu'à l'accoutumée, a expliqué Joël Spaës, le rédacteur en chef d'Enerpresse, qui a regretté l'absence des acteurs les plus importants du secteur…

Et pourtant, les smart grids font l'objet d'un intérêt rarement rencontré pour les sujets techniques associés à l'énergie. La consultation de la Commission de régulation de l'énergie (CRE) sur le développement des réseaux électriques intelligents en basse tension traduit cet engouement puisqu'elle a connu un vif succès avec plus de 80 réponses envoyées. De même, les projets fleurissent et plus d'une centaine, abordant toutes les briques des réseaux électriques intelligents, ont été lancés en réponse, notamment, à de nombreux appels à projets. Il y en a même un peu trop, estime Fabien Choné, directeur général délégué stratégie et énergie de Direct Energie, qui juge qu'il est difficile de tout suivre. Dans cette optique, la CRE a créé un groupe de travail dédié pour faire remonter les retours d'expérience.

Néanmoins, cet intérêt n'est apparu que progressivement, rappelle Didier Laffaille, chef du département technique à la CRE. En 2007, la première étude commandée par la CRE à Cap Gemini montrait que si les opérateurs pris dans leur ensemble escomptaient des bénéfices, le sous-groupe des gestionnaires de réseau s'attendait à supporter des coûts supérieurs aux bénéfices. Si aujourd'hui les gestionnaires de réseau perçoivent mieux les bénéfices qu'ils peuvent escompter des réseaux intelligents, la somme des investissements à réaliser, chiffrés en dizaines de milliards d'euros, modère l'enthousiasme.

Amérique du Nord et Europe s'opposent

Pour Patrice Mallet, directeur de l'activité conseil du secteur des utilités publiques et de l'énergie chez Accenture, il n'est pas étonnant que le déploiement des smart grids avance lentement. "La route n'est pas forcément droite et elle est très longue", estime le consultant qui juge qu'en 2030 les réseaux électriques resteront des réseaux hybrides. "Avec un compteur intelligent on peut déjà faire beaucoup de choses", nuance Fabien Choné qui prévient cependant que "sans concurrence, Linky ne sert à rien".

Aujourd'hui, si tout le monde emploie les mêmes termes, il semble que les attentes sont très différentes selon les acteurs, comme le montre une étude réalisée par Accenture en 2013 auprès de gestionnaires d'énergie. Interrogés sur les bénéfices attendus des smart grids, les acteurs européens placent en tête l'intégration des énergies renouvelables, l'ensemble des répondants l'ayant citée. En revanche, en Amérique du Nord, cet avantage n'a été cité que par 67% des acteurs interrogés et il se classe en sixième et dernière place des bénéfices attendus…

Outre-Atlantique, les acteurs placent en tête de leur préoccupation l'amélioration de la fiabilité du réseau et les réponses en cas de panne (97% des acteurs interrogés l'ont citée), un bénéfice qui ne figure qu'en quatrième position en Europe, avec 72% des acteurs l'ayant évoqué. Accenture attribue ces différences importantes aux disparités entre les cadres réglementaires et à des niveaux variables d'intégration des opérations de production, transport et distribution au sein des acteurs du secteur.

L'appétence naturelle du consommateur est quasi nulle

Quant à savoir non plus quels sont les bénéfices, mais plutôt qui en profitera, le modèle "reste flou", estime le consultant d'Accenture. C'est aussi ce que souligne en creux la remarque du représentant de Direct Energie sur le peu d'intérêt de Linky sans concurrence réelle : il faudra partager les coûts et bénéfices entre différents acteurs qui se livrent une lutte économique. Entre les doutes sur les bénéfices et leur partage incertain, l'attentisme règne.

"On attend beaucoup des démonstrateurs et on attend les modèles d'affaire", résume le représentant de la CRE, justifiant les différentes perceptions des acteurs du marché électrique. Cette étape de clarification devrait s'opérer en 2014 et 2015. Actuellement, le principal objectif est d'identifier les améliorations législatives, réglementaires et régulatoires nécessaires au développement des smart grids. Ensuite, viendra le temps de l'adaptation des règles du jeu qui déterminera, de fait, des gagnants et des perdants.

Enfin, pour le représentant de Direct Energie, il existe "un frein très important et souvent oublié" : le consommateur. Selon Fabien Choné, l'acceptation est un frein majeur au déploiement des smart grids. Il déplore en particulier qu'"on ne demande jamais l'avis du consommateur", soulignant que les consultations concernent avant tout les industriels. Or, "l'appétence naturelle du consommateur est quasi nulle", explique-t-il, estimant que "le consommateur a visiblement besoin d'accompagnement". Selon lui, ce ne sont pas tant les informations fournies par le distributeur d'énergie qui changeront la situation, mais plutôt les offres et services proposés.

Réactions11 réactions à cet article

 

Finalement l'article confirme ce que j'écris depuis toujours: Les avantages ne sont pas prouvés, les contraintes et le coûts de "tout ça" est considérable. Ceux qui retireront des vrais avantages seront ceux qui fabriquent les équipements.
L'abonné ne retire absolument aucun avantage, dans le meilleur des cas son fournisseur empochera des bénéfices grâce a des offres astucieusements présentées (l'exemple de la téléphonie mobile fera des émules). Le compteur Linky est prévu pour permettre une tarification extraordinairement complexe en fonction de 10 tranches horaires et des jours de la semaine.Le "réseau intelligent" c'est le truc qui vous éteint et rallume des appareils a votre insu (ou tout comme). Chose possible en modifiant profondément le réseau chez l'abonné ou en lui faisant acheter des prises de courant télécommandées: toutes choses qui lui couteront bien cher.

ami9327 | 12 mars 2014 à 12h37
 
 

Ne condamnez pas trop vite ce que vous ne connaissez pas...
Je vous suis pour Linky mais ce n'est pas parce qu'une solution (smartgrids) n'est pas encore sortie du lot qu'il n'y a pas un réel bénéfice à attendre dans la gestion globale de notre réseau énergétique. Pour être efficace elle devra s'intégrer dans une politique énergétique dont le cap ne changera pas tous les 6 mois...
Les smartgrids trouvent leur sens dans l'intégration des "nouveaux" moyens de production tels que les EnR.
Les quelques dizaines de milliards d'euros freinent les gestionnaires qui se gavent suffisamment pour se satisfaire de notre modèle actuel mais la facture sera bien plus salée si nous persistons dans un modèle nucléaire/thermique.

vinir | 13 mars 2014 à 09h58
 
 

"smart grid" Vous pouvez nous traduire en français s'il-vous-plait !?
Merci.

Fentus | 14 mars 2014 à 10h08
 
 

@Fentus : smart=intelligent, grid=maillage/réseau.
Autrement dit ici, interconnexion réfléchie de diverses sources d'énergies électro-productrices.

patbassema | 14 mars 2014 à 11h09
 
 

Franchement dépenser des dizaines de milliards d'euros juste pour PALLIER L'ABSENCE DE STOCKAGE des énergies renouvelables INTERMITTENTES est absurde. Un réseau actuel muni des capacité de stockage d'energie renouvelables pour les servir quand il y en a besoin fonctionnerai trés bien. On a pu croire au début que la production aléatoire d'énergies renvouvelables pourrait être utilisée directement sur le réseau: la réalité montre que ce n'est pas si simple et que les problèmes posés ont été largement sous estimés ( Il faut ajouter que les solutions de stockages coutent cher, que le rendement n'est bon qu'avec l'hydroélectricité et que pour les autre techniques ça devient assez calamiteux). Aujourd'hui la pratique montre qu'il faut construire d'importantes capacité thermiques pour compenser l'intermittence naturelle des EnR: donc ça coute "in fine" 2 fois plus cher et la réduction du CO2 n'est, au mieux, qu'en proportion de l'énergie EnR produite donc peu de chose.

ami9327 | 18 mars 2014 à 11h15
 
 

@ami9327: Faux, les rapports de RTE démontrent qu'en France la production thermique n'est pas proportionnelle à celle des EnR (solaire, éolien). Ne faites pas du cas de l'Allemagne une généralité... Il existe d'autres moyens pour gérer la variabilité de la production (biomasse, géothermie,...) en attendant d'avoir une filière de stockage ou qu'un "réseau intelligent" soit déployé. Ce n'est pas parce que la technologie n'est pas encore au rdv qu'il faut abandonner cette piste...
A t'on le droit de ne pas vouloir être condamnés à demeurer ad vitam dépendant du nucléaire et des énergies fossiles ?

vinir | 18 mars 2014 à 15h29
 
 

Il ne s'agit pas de défendre le nucléaire ou les énergies fossiles il s'agit de prendre enfin des décisions pertinentes AU VU de ce que nous constatons en ayant négligé l'aspect intermittent des EnR qui ont été le plus développées. Il faut aussi booster la géothermie qui apporte une meilleure réponse en termes de permanence et de souplesse.
Le lobby smart grids voit surtout l'opportunité de vendre une quantité absolument considérables d'équipements aux abonnés et aux gestionnaires de réseaux. Pendant ce temps là l'argent ponctionné ne servira a rien de constructif et ne pourra pas servir a améliorer les capacités de stockages et/ou construire des centrales (ou des sites) d'EnR.

ami9327 | 23 mars 2014 à 10h25
 
 

Smart grid ? Réseau intelligent?
Quelle intelligence peut contenir un câble, un compteur fut il électrique?
Peut être va t il recharger la voiture électrique de Mme Royal les jours où il y aura du vent.
Quand on constate la vertigineuse variation de production du parc éolien actuel 5000 machines sur quelques heures (voir site RTE ECOMIX), il faut autre chose qu'un compteur fut il intelligent pour l'estomper. Le mieux serait de s'abstenir de continuer à développer l'éolien (économiser une dépense inutile) et de ne pas dépenser aussi inutilement de l'argent pour le linky. Une double économie en somme.
Mais j'ai cru comprendre que la CSPE y pourvoira, cet impôt déguisé va servir à financer les économies d'électricité nous annonce t on.
Personnellement j'éteins l'éclairage électrique quand il fait jour et mon compteur n'y est pour rien.
Je souligne volontiers que le consommateur qu'on va taxer du coût complet de cette opération ne va jamais s'y retrouver, mais comme le dit l'article on ne lui demande pas son avis un peu comme quand on vient monter les éoliennes devant votre terrasse ou sur votre plage préférée qui sont inutiles.

ITC78 | 31 juillet 2014 à 19h25
 
 

Déterrer un sujet pour associer les smart grids à l'éolien... ça sent le spam anti-éolien ça ^^

vinir | 05 août 2014 à 13h50
 
 

A quoi donc seront utiles les "smart grid "? comme les éoliennes à rien?
Réservons l'argent à déployer les enr non intermittents produits localement consommés localement au bénéfices des consommateurs.
Autoproduction pour autoconsommation pour s'affranchir de ces réseaux espions.

ITC78 | 07 août 2014 à 09h37
 
 

Si vous le dites !

vinir | 07 août 2014 à 14h13
 
 

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