A ce titre, la lutte contre l'effet de serre était toujours fermement occultée dans leurs négociations internationales. Je me souviens des négociations de Johannesburg en 2002 au Sommet de la Terre, où le cynisme des Etats-Unis a anéanti les espérances d'une conciliation sur le climat. Un accord au rabais a été passé en confirmant officiellement qu'aux yeux des Etats-Unis et de leurs alliés, la prédominance de l'Organisation mondiale du commerce sur tout autre accord international. Les Américains sont pourtant responsables de 23% des émissions de gaz à effet de serre pour seulement 4% de la population mondiale. Il n'était jusqu'à aujourd'hui pas question d'entraver la dynamique folle dans laquelle leur économie était lancée.
Des déclarations d'intention nouvelles
Trois récentes déclarations officielles de trois dignitaires américains viennent raviver l'engagement des Etats-Unis pour le climat. La semaine du 26 avril, les diplomates des plus grands pollueurs de la planète : Etat-Unis, Chine et Inde notamment, se sont réunis à Washington pour préparer un accord onusien sur les émissions de gaz à effets de serre. Barack Obama lui-même a rappelé qu'il tiendrait ses promesses contre les mutations climatiques tout en soulignant la politique de déni de son prédécesseur. Hillary Clinton, a affirmé quant à elle que les Etats-Unis étaient prêts à mener la lutte contre le changement climatique. Désormais, a-t-elle dit Les Etats-Unis ne sont plus aux abonnés absents. De son côté, l'ancien vice-président Al Gore a qualifié d'impératif moral l'adoption par le Congrès d'une loi sur l'énergie. Que ces trois grandes figures politiques américaines fassent des déclarations fracassantes est un pas encourageant. Ces déclarations d'intention vont-elles pour autant basculer dans le performatif ?
Le vote de cet ambitieux projet de loi ne peut se faire sans le Sénat majoritairement républicain. Le leader républicain John Boehner ne laisse pas planer le doute quant à la posture de l'opposition en assimilant la loi sur l'énergie à un plan démocrate d'impôt massif pour chaque américain. L'écologie coûte encore trop cher pour eux. Cela peut attendre, le prix est trop lourd. Et même si nous faisons le rêve fou qu'un texte de loi soit voté, est-il légitime de croire qu'il sera suffisant ? Il n'est question dans les déclarations de Monsieur Obama de ne ramener les émissions de GES en 2020 qu'au niveau de 2005. C'est ridicule. Les conseillers de la Maison Blanche et du secrétariat d'Etat à l'Energie ont-ils pris connaissance du dernier rapport du GIEC en 2007 ? Il y est préconisé de dépasser le facteur 4 pour désormais chercher à atteindre le facteur 25 pour les Etats-Unis. Y êtes-vous prêt, Monsieur Obama ?
Yves COCHET
Mathématicien, ancien Ministre de l'Environnement, Député de la 11e circonscription de Paris.
Les Chroniques de Corinne Lepage et Yves Cochet sont publiées tous les mois et en alternance, sur Actu-Environnement.


