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Le développement soutenable est-il le grand perdant du G20 ?

DEV. DURABLE - Actu-Environnement.com - 07/04/2009
 
Préoccupant ! Le fait qu'à aucun moment du G20 il n'ait été question de l'aggravation de la crise écologique et énergétique du fait du dumping environnemental, ni même de l'ébauche de nouvelles règles du jeu pour favoriser l'actionnariat stable est préoccupant. Plus généralement, on regrettera que c'est encore le court terme qui a été privilégié au G20.
 
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Le G20 aura incontestablement marqué les esprits en termes de communication.

En effet, les portes des avions des chefs d'Etat n'étaient pas refermées que la presse européenne et la presse française, en particulier, se réjouissaient de l'immense succès du G20.

Il est incontestable que les chefs d'Etat réunis à Londres n'avaient pas le droit d'échouer, c'est-à-dire de ne pas trouver d'accord. Ils ont donc réussi. Reste à savoir la valeur réelle et l'efficacité future de l'accord. Cette efficacité s'appréciera dans le temps, mais elle peut d'ores et déjà s'évaluer en fonction des sujets traités et de l'ampleur des réformes proposées.

Mais, comme le rappelle très justement Paul Jorion (contreinfo du 7 avril 2009) « ceux qui sont responsables de la crise font partie du problème, pas de sa solution » en pensant d'abord aux représentants du monde de la finance mais aussi aux régulateurs et aux politiques qui leur avaient signé un chèque en blanc. Or, ils ne sont pas sortis du système ; ils l'ont prolongé en essayant simplement de réduire les effets trop pervers qui se sont manifestés à l'origine de la crise.

Dès lors, si on peut se réjouir que le G20 ait succédé au G8 et qu'il ait été enfin question officiellement des paradis fiscaux ou encore que les fonds du FMI aient été accrus, on ne peut que regretter la timidité des mesures tant dans les sujets traités que dans l'ampleur des réformes engagées.

D'une part, certains sujets ont été totalement évacués comme celui de la monnaie qui est pourtant central. Il va de soi que la mise en chantier, comme l'avait proposé la Chine (et très modestement comme je l'ai écrit dans mon dernier ouvrage) d'une devise mondiale, construite à partir d'un panier de monnaies, aurait été de nature à réduire la spéculation sur les changes et à rééquilibrer les économies. S'agissant du sujet phare du G20 - les paradis fiscaux - la liste arrêtée prête plus qu'à sourire dans la mesure où les principaux ne figurent pas sur la liste noire, ni même du reste sur la liste grise. Cela signifie que Jersey, Guernesey, Delaware par exemple pourront continuer comme par le passé.

De plus, force est de constater qu'il ne s'agit que d'inscrire les paradis fiscaux non coopératifs sur une liste pour réduire les transactions. Il s'agit incontestablement d'un grand progrès à condition que les mesures rigoureuses suivent et que la liste corresponde à la réalité. L'efficacité de la mesure est conditionnée à cette réalité. Mais, en revanche, il n'est question ni de dumping fiscal ni de dumping social et environnemental ni de compétition entre États qui sont précisément à l'origine de l'intérêt des paradis fiscaux. Il n'est pas davantage question de la faculté de réaliser des opérations fictives ou des opérations de surfacturation dans ces paradis fiscaux.

De plus, si l'on vise à assurer une meilleure transparence pour les hedge funds, ils ne sont pas interdits voire, ils sont aidés pour pouvoir acheter dans de meilleures conditions les créances pourries.

Ainsi, sur la question purement financière malheureusement, la déception apparaît grande même si les esprits optimistes pourraient penser qu'il ne s'agit que d'une étape vers une réelle transformation du système financier.

Au moins, ces mesures s'inscrivent-elles dans une perspective d'économie soutenable ? une réponse négative est inévitable.

D'une part, le fait qu'à aucun moment il n'ait été question de l'aggravation de la crise écologique et énergétique du fait du dumping environnemental, ni de l'ébauche de nouvelles règles du jeu pour favoriser l'actionnariat stable est très préoccupant. Pour favoriser en effet l'intérêt économique et le développement dans la durée de l'entreprise, il est indispensable de privilégier les actionnaires stables au détriment des actionnaires de passage comme les fonds spéculatifs ou les fonds de pension. Plus généralement, la faveur donnée au long terme sur le court terme est absente du G20. Tout d'abord, des sommes colossales, pour reprendre le terme de Paul Jorion, ont été avancées dans ce G20 sans qu'elles viennent s'inclure dans une vision de long terme de l'économie, il s'agit toujours de sauver le système financier, ce qui est certes nécessaire, mais pour quoi faire ?

Cette question fondamentale n'a pas été posée de telle sorte que les immenses sommes qui ont été mobilisées notamment par l'intermédiaire du FMI dont il convient de rappeler qu'il n'est ni le PNUD, ni le PNUE, pourraient très bien s'enliser dans les sables mouvants ou puits sans fonds que sont devenues certaines banques.

Dans le même temps, on observera que malgré le rapport du Programme des Nations Unies pour l'Environnement (PNUE) proposant un new deal vert qui ne coûterait que 750 milliards de dollars, rien n'a été prévu à cet égard. Pourtant, le Secrétaire Général de l'ONU, Ban Ki-Moon, avait rappelé au mois de mars, l'importance pour l'économie mondiale de prendre en compte, à côté de la question financière, la question sociale et environnementale. Mais ce rapport du PNUE préparé dans l'optique du G20, il n'en a guère été question ! Pourtant, 750 milliards de dollars par rapport aux sommes colossales mobilisées dans le cadre du G20, auraient été peu de chose. Le rapport du PNUE prévoyait d'investir dans cinq secteurs, l'efficacité énergétique des bâtiments, les énergies renouvelables, le transport durable, l'infrastructure écologique et hydrologique et enfin l'agriculture durable.

Malheureusement, ce volet restait totalement absent même si à Prague le Président de la République américaine a pris soin de souligner que les Etats-Unis entendaient être la tête de file pour lutter contre le changement climatique. Mais les ambitions affichées par les Etats-Unis, à savoir revenir en 2020 au niveau de 1990, voire un peu mieux, sont hors de proportion bien entendu avec l'effort à réaliser un facteur 4.

Or, dans un article récent, James K. Galbraith, soulignait que la crise devait précisément être mise à profit pour entreprendre la tâche de la reconversion énergétique et de la lutte contre les émissions de CO2. Il terminait son article en soulignant : « il est déterminant de mettre en œuvre des politiques cohérentes… et de reconnaître que désormais il n'y a pas de solution miracle par de retours aisés à la normale, ni à un monde dirigé par des banquiers et pas d'autre solution que d'adopter une vision à long terme. Un des paradoxes de cette vision tient au fait qu'il faille l'adopter maintenant. Nous devons nous engager sur cette voie avant d'avoir commis de désastreuses erreurs politiques y compris ce fatal renflouement des banquiers, les coupes dans les budgets des programmes sociaux ».
Or, le G20 a totalement manqué ce but.

En définitive, il est bien possible que l'immense espoir soulevé par la possibilité de changer le système pour inscrire l'évolution soutenable comme l'objectif commun de l'Humanité doive encore attendre pour se concrétiser.

Corinne LEPAGE
Avocate, ancien Ministre de l'Environnement, Présidente de Cap21.

Les Chroniques de Corinne Lepage et Yves Cochet sont publiées tous les mois et en alternance, sur Actu-Environnement.

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Réactions à cet article
 
on bat les cartes et on poursuit avec les mêmes..
 
 
LE CO2 L' INTELLIGENCE DE SIX MILLIARDS D'HUMAIN.. (4 réponses)
 
 
3/4 des Français vivent dans les unités urbaines
 
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