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“ Ebola : l'augmentation des perturbations environnementales a davantage exposé la population ”

La propagation de l'épidémie d'Ebola en Afrique serait liée aux perturbations environnementales, notamment à la déforestation. Explication de Jean-François Guégan, directeur de recherche en écologie des maladies infectieuses à l'Institut de recherche pour le développement (IRD).

Interview  |  Risques  |    |  Dorothée LapercheActu-Environnement.com
   
“ Ebola : l'augmentation des perturbations environnementales a davantage exposé la population ”
Jean-François Guégan
Directeur de recherche en écologie des maladies infectieuses à l'Institut de recherche pour le développement (IRD)
   

Actu-environnement : Quel est le lien entre la propagation de l'épidémie d'Ebola et les modifications environnementales engendrées par l'homme ?

Jean-François Guegan : Un scénario hautement probable serait que les chauves-souris, un réservoir naturel du virus, auraient quitté leurs habitats perturbés en Guinée forestière. Comme la zone est riche en or, diamant et bauxite, de nombreuses mines se développent et la région subit une déforestation massive.

Les chauves-souris quittent cet environnement modifié, recherchent de la nourriture et viennent au contact d'arbres fruitiers, des manguiers en particulier, dans les villages et donc au contact de l'homme.

L'augmentation des perturbations de l'état naturel, la déforestation, le développement d'une agriculture de subsistance pour les populations réfugiées issues de Sierra Leone et du Libéria ont fait que les populations ont été exposées beaucoup plus et en plus grand nombre aux chauves-souris ou à leurs excréments ou encore à d'autres animaux qui eux même ont été en contact avec des chauves-souris.

AE : quel est le rôle joué par l'agriculture de subsistance des populations réfugiées issues de Sierra Leone et du Libéria?

JFG : Le Liberia et la Sierra Leone ont subi ces quinze dernières années de profonds bouleversements dus aux guerres civiles avec un délabrement du système économique, financier, social, etc. Des dizaines de milliers de réfugiés sont venus en Guinée forestière dans des villes comme N' Zérékoré ou Macenta par exemple.

Pour se nourrir, ces personnes déplacées ont développé des abattis (parcelles brûlées) pour faire pousser du manioc, du maïs, et sont également allées en quête de viande dans la forêt : petits rongeurs, mammifères, etc. Et donc au contact des chauves-souris qui sont depuis des milliers d'années dans ces territoires et arborent de nombreux virus dont celui d'Ebola à l'état naturel.

AE : Existent-ils d'autres exemples de ce type de scénario ?

JFG : Les virus Hendra et Nipah sont également hébergés par des chauves-souris, des mégachiroptères, en Asie du Sud-Est. A cause de la déforestation massive pour l'implantation des palmiers à huile, elles ont quitté des zones comme l'Indonésie. Comme ce sont de grandes chauves-souris, elles peuvent parcourir 2.000 à 3.000 km pour trouver de la nourriture, comme des mangues, des ramboutans dans les vergers, des fermes en Malaisie, ou même beaucoup plus loin en Australie (dans le cas d'Hendra) mais aussi au Bangladesh (dans le cas de Nipah) et donc de transmettre des virus à large échelle.

AE : Peut-on imaginer un retour en arrière, avec des plans d'action par exemple de reforestation ?

JFG : Reforester, oui bien sûr, il faut le faire ! Mais avant que les plants produisent des fruits naturels, du temps va s'écouler, environ 6-7 ans parfois beaucoup plus. Cela pose également le problème de conservation d'espèces en général.

La zone en question en Guinée est assez proche du mont Nimba, une zone montagneuse qui est une réserve internationale de la biosphère où il y a encore des animaux emblématiques : crapauds vivipares, chimpanzés ou quelques rares hippopotames nains. Pourtant, pour une partie, des sociétés minières sont autorisées à exploiter : cela pose des problèmes d'équilibre et de protection des systèmes naturels et de coexistence avec des populations humaines qui ont tendance à modifier ces équilibres et perturber ces écosystèmes… A l'avenir, avec une population galopante, la destruction des dernières grandes terres de forêts primaires au Brésil, en Asie du Sud Est, en Afrique Centrale et avec cette ouverture d'espaces naturels, nous exposons les populations humaines à de nouvelles bactéries, virus, champignons parasites, aujourd'hui inconnus et qui pourraient se révéler les nouveaux agents infectieux de demain.

AE : Existe-t-il un lien entre les maladies émergentes et le changement climatique ou les perturbations provoquées par l'homme ?

JFG : Le lien est moindre - en termes d'évènements infectieux et de leur importance – pour ce qui concerne le changement climatique par rapport à d'autres modifications environnementales. Plusieurs études montrent en effet que le facteur de risque principal, c'est la modification de l'usage des sols, des espaces naturels, des écosystèmes et l'exposition de l'homme à ces habitats modifiés…

Le changement climatique intervient - et nous n'en sommes pas encore certain - pour quatre à cinq systèmes infectieux, guère plus.

Par exemple, l'introduction du virus de la dengue dans nos régions est due en cas princeps à des touristes visitant des zones tropicales infestées et ramenant le virus avec eux. Si des insectes vecteurs autochtones ou invasifs, comme le moustique tigre, sont capables de transmettre ce virus, un foyer peut alors intervenir indépendamment d'une élévation de température que l'on pourrait associer à un changement climatique.

Réactions2 réactions à cet article

 

Il est étonnant que l'on n'ait pas pensé à éradiquer les chauves-souris!
Que fait la police?

lio | 28 octobre 2014 à 11h30
 
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Je trouve limite la formule "quatre à cinq systèmes infectieux, guère plus" quand on connait le nombre de victimes du palu, de la méningite ou de la dengue sur le continent africain ou dans les pays du Sud... Cynisme quand tu nous tiens...

Juliette | 28 octobre 2014 à 15h08
 
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