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L'éco-conception gagne du terrain dans les entreprises

DECHETS / RECYCLAGE - Actu-Environnement.com - 08/10/2009
 
Impulsée par la réglementation européenne (directives Eco-conception, DEEE, règlement Reach), soutenue financièrement, la démarche d'éco-conception s'applique de plus en plus aux entreprises pour faire de l'environnement un facteur de compétitivité.
 
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© Christopher Hall

Dans le cadre de la Directive-cadre sur l'éco-conception de 2005, la Commission européenne a adopté en juillet quatre règlements visant à améliorer l'efficacité énergétique des moteurs électriques industriels, des circulateurs, des téléviseurs, des réfrigérateurs et congélateurs, qui doivent permettre d'économiser 190 TWh supplémentaires par an. Ces nouveaux règlements sont venus s'ajouter aux cinq autres précédemment adoptés en matière d'éco-conception en décembre dernier et au premier trimestre 2009 visant à réduire la consommation d'électricité des appareils électroménagers et des équipements de bureau en mode veille, des décodeurs numériques mais aussi de l'éclairage tertiaire et des lampes à usage domestique (ampoules à incandescence, lampes halogènes et les lampes fluorescentes compactes), et enfin, en avril des sources d'alimentation externes (chargeurs de téléphones ou d'ordinateurs, alimentations pour disques durs externes…). Au total, ce sont donc désormais neuf règlements en matière d'éco-conception qui ont été adoptés, pour des économies d'énergie attendues de 315 TWh par an d'ici à 2020.

Extension de la directive sur l'éco-conception aux produits liés à l'énergie

La Commission européenne a également proposé d'élargir la directive sur l'éco-conception à d'autres produits ayant un impact indirect sur la consommation énergétique, et ceci dans le cadre du ''Plan d'action pour une consommation, une production et une industrie durables'' présenté en juillet 2008. Après les eurodéputés en avril dernier, les Etats membres ont à leur tour validé le 23 septembre l'extension de la directive à ces nouveaux produits. Désormais, les règles en matière d'éco-conception s'appliqueront également aux fenêtres, aux matériaux d'isolation ou encore aux produits consommateurs d'eau tels que les pommeaux de douche ou aux robinets. Une directive révisée remplacera donc prochainement la directive 2005/32 existante.

Si les associations européennes de consommateurs ANEC et BEUC avaient regretté en avril dernier que la nouvelle directive continuait à faire primer l'efficacité énergétique et non l'impact environnemental au sens large ou le potentiel de recyclage d'un produit, la Commission européenne et la présidence suédoise de l'UE ont rappelé que l'objectif était également d'atteindre les objectifs de réduction de 20% des émissions de gaz à effet de serre d'ici 2020, mais aussi de permettre aux entreprises et aux utilisateurs ''de réaliser des économies financières'' et de renforcer la compétitivité de l'industrie.

L'éco-conception, facteur de compétitivité et d'innovation

Si outre la directive sur l'éco-conception, les réglementations européennes - directives DEEE (déchets électriques et électroniques), ROHS (restriction de l'utilisation de certaines substances dangereuses), VHU (véhicules hors d'usage) et règlement REACH (produits chimiques) - incitent à ''une production durable'', de plus en plus de grandes et petites entreprises misent sur l'éco-conception et intègrent la dimension environnementale lors de la conception de leurs produits ou de leurs services, pour anticiper les évolutions de leur marché.

L'objectif de la démarche est une ''amélioration continue''. Il s'agit ''avant tout de maîtriser et minimiser l'impact environnemental'' du produit, de sa fabrication à sa valorisation en fin de vie, en passant par ses étapes de distribution et d'utilisation, a rappelé le 22 septembre Myriam Puaut, ingénieur au département éco-conception et consommation durable de l'Ademe, à l'occasion de la présentation de la plateforme dédiée à l'éco-conception par l'association Orée (Entreprises, Territoires et Environnement).

Il s'agira par exemple d'utiliser des matières premières dont l'extraction et la transformation sont peu énergivores, d'optimiser le transport des produits en réduisant l'emballage, de rendre vertueux le comportement du consommateur (passer de l'usage unique à la réutilisation par exemple) ou de faciliter la valorisation du produit lors de sa fin de vie. Les améliorations environnementales envisagées doivent bien sûr être réalisées tout en conservant la qualité, l'aptitude d'utilisation et les fonctionnalités des produits. ''Cela amène à positionner un produit sur le marché non pas simplement du point de vue environnemental, mais également par la valeur ajoutée apportée par leurs nouvelles fonctions'', a expliqué Myriam Puaut.

Des retombées économiques ''encourageantes'', selon une étude franco-canadienne

La démarche peut également engendrer des économies et une réduction des coûts principalement en raison d'une moindre utilisation de matières premières et d'une baisse de la consommation énergétique. Facteur de différenciation auprès des consommateurs, elle bénéficie également à l'image du produit et ''favorise la rentabilité'' des entreprises, selon une étude franco-québécoise publiée en décembre 2008 qui a analysé les retours économiques de 30 entreprises (TPE, PME et grands comptes) ayant intégré l'éco-conception dans leur démarche depuis plusieurs années.

Les retombées économiques directes (augmentation de revenu et/ou baisse de coûts) liées à l'éco-conception sont ''encourageantes'', selon l'étude. A peu d'exceptions près, toutes les entreprises qui ont été rencontrées, ont noté des améliorations notoires dans leurs comptes d'exploitation. Les retombées non tangibles (amélioration de l'image, relations avec les parties prenantes, développement de la créativité) se sont aussi avéré être importantes'', a précisé Corinne Berneman, enseignant-chercheur en marketing à l'ESC Saint-Etienne qui a participé à l'étude. Car éco-concevoir pousse à l'innovation. Selon l'étude, 50% des produits éco-conçus sont de nouveaux produits qui n'existaient pas auparavant, 40% viennent remplacer des produits plus anciens enfin, 10% viennent élargir des gammes déjà existantes.

Les exemples français en matière d'éco-conception

Aussi parmi les 15 entreprises françaises retenues dans le cadre de l'étude, 11 d'entre elles déclarent faire de l'éco-conception depuis 10 ans ou moins, et six TPE/PME s'inscrivent dans une démarche entièrement d'éco-conception, les produits traditionnels ne faisant pas partie de leur gamme. Il s'agit des sociétés Lobial (fabrication de détergents), Plas Eco (fabrication de mobilier urbain en plastique recyclé), Urban cycle (coursiers à vélos), 2F/Dinamoh (recharges de cartouches d'encres), Brunet Eco-Aménagement (aménagement du territoire et promotion immobilière) et Nature Cos (produits cosmétiques).

Parmi les grosses entreprises du panel figurent également les groupes précurseurs dans cette démarche en France : Areva T&D (fabrication de matériel électrique), Steelcase (fabricant de mobilier de bureau), Casino (grande distribution), Lafuma (articles de plein air) et Rowenta (appareils électroménagers). Si l'Ademe développe depuis 2001 une politique de soutien à des opérations de Recherche et Développement en éco-conception, rappelons que les industriels Areva T&D et Steelcase, aux côtés de SEB, Plastic Omnium, Renault, et Veolia Environnement, se sont associés en mars 2007 afin de mutualiser leur recherche sur l'éco-conception et le recyclage en lançant le club Créer (Cluster Research : Excellence in Ecodesign & Recycling). Une trentaine d'entreprises devraient aujourd'hui rejoindre le club, selon Jean-Luc Bessède, vice-président du cluster et directeur de l'innovation et de l'éco-conception chez Areva T&D. Par ailleurs, l'entreprise Steelcase a décidé d'aller au-delà de la démarche d'éco-conception et propose depuis avril, à ses clients, un service de reprise du mobilier de bureau en fin de vie.

Rappelons que l'Ademe, qui a déjà lancé trois appels à projets en matière d'éco-conception (le dernier en 2008), a retenu 38 projets pour un montant de plus de 5 millions d'euros. Outre les services de l'Etat, les collectivités (Région, Sem, etc.) peuvent également apporter leur soutien aux projets éco-conçus, à l'instar de la société d'économie mixte (Sem) des Pays de la Loire, qui en partenariat avec l'État, l'Ademe et la Région, a soutenu en juin dernier quatorze entreprises. Cette initiative s'inscrit dans le cadre du programme d'actions ECOFAIRE, mis en place en 2006, qui a bénéficié d'un budget global de 578.000 €.

Les associations se mobilisent également à l'image d'Orée (Entreprises, Territoires et Environnement) qui a mis en ligne le 22 septembre sa plateforme destinée à aider les PME à mettre en place une démarche d'éco-conception, de manière interactive autour de retours d'expérience d'entreprises. Aussi, parmi les PME/TPE, présentées par l'association Orée et soutenues par l'Ademe, figure Nord Technique qui conçoit et fabrique du mobilier urbain non publicitaire pour les collectivités locales. La société propose l'abribus éco-conçu ''Cirrus'' qui a privilégié pour sa fabrication l'emploi de matériaux recyclables et le développement d'un éclairage à LED spécifique. De son côté, la filiale du groupe Colas, Aximum, certifiée ISO 9001 et ISO 14001, propose notamment des emballages et des produits de marquage routier éco-conçus, ces derniers étant également écolabellisés NF Environnement. Tandis que l'entreprise Kindy a développé la gamme de chaussettes '' Naturaïa'' dont la démarche a consisté à réduire l'ensemble des impacts environnementaux de la chaussette (déchets, énergie, eaux…) en travaillant sur les matériaux utilisés (fibres textiles, colorants, encres…), les process de tricotage et de teinture, les emballages et la logistique…

Si la démarche d'éco-conception est aujourd'hui lancée dans plus de 70% des cas par la direction, elle aide les entreprises à atteindre des objectifs réglementaires et à construire une image ''d'entreprise durable''. Cette démarche reste également impulsée par une demande des consommateurs de plus en plus sensibles à l'achat de produits ''verts''. Pour répondre à cette demande, certaines entreprises vont plus loin et passent le cap de la labellisation française ou européenne de leurs produits. A l'heure actuelle, une vingtaine de familles de produits sont éligibles à l'écolabel européen et à la marque NF Environnement. Selon la Commission européenne, environ 20.000 produits et services arborent déjà le label écologique européen.

R. BOUGHRIET

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