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Ecophyto 2 : plusieurs indicateurs en lice pour remplacer le Nodu

Les réflexions autour du nouvel indicateur de suivi du plan Ecophyto progressent. Quatre indicateurs sont proposés. Ils reflètent l'évolution des pratiques agricoles et un peu moins les résultats sur le terrain.

Agriculture  |    |  Florence RousselActu-Environnement.com

Le ministère de l'Agriculture a présenté les dernières statistiques en matière d'utilisation de pesticides au comité de suivi du plan Ecophyto. Et les résultats ne sont pas bons. L'indicateur de suivi du plan, le Nodu, fondé sur le nombre de doses utilisées, augmente de 9,4% entre 2013 et 2014. Les quantités de substances actives (QSA), autre indicateur des usages agricoles, augmentent quant à elles de 16% entre 2013 et 2014. "Ce sont principalement des fongicides et des herbicides qui expliquent cette évolution en zone agricole, explique le ministère. Les conditions climatiques de 2014 ont favorisé les maladies sur les céréales et les légumes, et les ravageurs ont été particulièrement présents sur le colza et en arboriculture fruitière".

Des résultats qui font bondir les associations de protection de l'environnement. "Il est certain que l'année 2014 fut propice aux maladies et donc à un recours plus important aux herbicides et fongicides, mais l'année 2015 ne s'annonce guère mieux sur ce plan. C'est donc une mutation en profondeur qu'il faut envisager pour espérer atteindre en 2025 l'objectif de moins 50% d'usage des pesticides !", commente l'association Générations futures. Cette dernière remarque surtout que l'utilisation des pesticides les plus dangereux, ceux classés cancérogènes, mutagènes et reprotoxiques, est en hausse de 12,9% entre 2013 et 2014. Elle appelle par conséquent à des changements rapides des pratiques agricoles.

Les bons résultats des fermes Dephy

Surtout que dans les fermes pilotes Dephy, la réussite est au rendez-vous. Alors qu'elles ont été exposées aux mêmes situations climatiques, les exploitations de ce réseau ont baissé leur indicateur de fréquence de traitement (IFT) en 2014 de 10% en grandes cultures et polyculture-élevage, 12% en arboriculture, 12% en viticulture, 15% en légumes, 22% en canne à sucre et 38% en horticulture. "Cela prouve bien que c'est faisable", commente François Veillerette, porte-parole de Générations futures.

C'est d'ailleurs sur ce réseau que compte s'appuyer le ministère de l'Agriculture pour la seconde version du plan Ecophyto. Les bons résultats "ont conforté la possibilité de concilier la réduction de la dépendance aux produits phytopharmaceutiques et la performance économique des exploitations". Mais reste à diffuser sur l'ensemble des exploitations françaises "les techniques et systèmes économes et performants éprouvés par quelques uns".

Vers un panier d'indicateurs pour suivre le déploiement des bonnes pratiques

Le déploiement des bonnes pratiques est également au cœur des discussions en cours sur le ou les nouveaux indicateurs de suivi du plan Ecophyto 2. Le Nodu n'a plus les faveurs des agriculteurs. "Le Nodu est un indicateur de résultat qui n'encourage pas les agriculteurs à changer de pratiques", estime Eric Thirouin, président de la commission environnement à la FNSEA. "Il faut des indicateurs de mouvement qui témoignent de la dynamique".

Un panier de quatre indicateurs a été mis sur la table et a reçu l'avis favorable du Premier ministre et du ministre de l'Agriculture. Un premier indicateur permettrait de mesurer les innovations et la recherche en amont afin d'évaluer les solutions alternatives mises au point. Un second indicateur devrait rendre compte de la diffusion de ces alternatives vers les agriculteurs. Un troisième indicateur mesurerait le niveau d'application de ces alternatives sur le terrain. Ces trois indicateurs "de mouvement" pourraient être complétés par un indicateur de résultat : pas le Nodu mais le QSA calculé par hectare. "Cet indicateur utilisé partout en Europe nous permettra de nous positionner par rapport à nos voisins", défend Eric Thirouin. Que va devenir le Nodu ? "Il faut le maintenir car c'est l'indicateur historique du plan, et au moins pour pouvoir comparer les années entre elles", argumente François Veillerette.

Le décret sur les CEPP bientôt sur la table

Ce panier d'indicateurs pourrait aussi être utilisé pour évaluer le dispositif des certificats d'économies de produits phytosanitaires (CEPP), toujours à la place du Nodu. Prévu par la loi d'avenir agricole et détaillé dans une ordonnance publiée en octobre, ce dispositif doit permettre d'atteindre l'objectif du plan Ecophyto 2, à savoir réduire de 20% les ventes de produits en cinq ans. Les vendeurs de pesticides pour des utilisations professionnelles en métropole - les "obligés" - vont devoir réduire leurs ventes ou acheter des certificats d'économies équivalents. Un décret en cours de préparation précisera les modalités du dispositif. L'Inra est chargée de créer des "fiches actions" avec, pour chacune d'elle, les équivalents d'économies de produits. Par exemple, l'acquisition par un agriculteur d'une herse étrille afin de désherber mécaniquement et de ne plus - ou moins - utiliser d'herbicides équivaudra à x économies. Des sanctions sont également prévues pour les vendeurs de produits qui ne respecteraient pas leurs obligations.

Les préparatifs du décret sont surveillés de près par l'Union des industriels des produits phytosanitaires (UIPP) où le Nodu n'a pas non plus la côte. "Le Nodu est un indicateur quantitatif. Certaines bonnes pratiques comme par exemple la formation des agriculteurs à bien se protéger pour utiliser les produits ne fera pas baisser l'utilisation des substances mais participera à réduire les risques et les impacts liés aux produits", explique Eugénia Pommaret, directrice générale de l'UIPP. "Nous sommes également favorables à l'arrivée d'autres indicateurs, incitatifs, permettant de mesurer l'évolution des pratiques", explique-t-elle. "Car la première priorité ne devrait pas être une réduction des volumes utilisés mais une réduction des risques et des impacts de ces produits, qui, c'est vrai sont dangereux". L'UIPP se dit vigilante sur le décret à venir. Le dispositif devant être effectif pour le 1er juillet prochain.

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