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Climat : la Banque mondiale décrit une planète à +4°C

La Banque mondiale publie un rapport décrivant un monde dont la température moyenne serait en hausse de 4°C. Il n'est pas certain que l'adaptation à un tel monde soit possible, prévient l'institution.

Climat  |    |  Actu-Environnement.com

Dimanche 18 novembre, la Banque mondiale a publié un rapport "[esquissant] les conséquences probables et les risques associés à un réchauffement atteignant 4°C d'ici la fin du siècle". "Il s'agit d'une tentative rigoureuse de description d'une série de risques", explique la Banque mondiale, précisant que "l'accent [est] mis sur les pays en développement, et en particulier sur les populations les plus pauvres".

"J'ai l'espoir que ce rapport nous fasse un choc tel qu'il nous pousse à agir", avance Jim Yong Kim, le président de la Banque mondiale, alors que les Etats ayant ratifié la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (Ccnucc) se réuniront à Doha (Qatar) du 26 novembre au 7 décembre pour la conférence onusienne annuelle sur les changements climatiques.

Intitulé "Baissons la chaleur : pourquoi il faut absolument éviter une élévation de 4°C de la température de la planète", le document a été rédigé pour le compte de la Banque mondiale par le Potsdam Institute for Climate Impact Research et Climate Analytics.

 
Répartition inégale des impacts Les effets d'un réchauffement de 4°C "ne seront pas également répartis dans le monde [et] ne seront pas une simple extension de celles entraînées par un réchauffement de 2°C". Le réchauffement le plus important concernera les terres et variera de 4 à 10°C, avance le rapport qui fait état d'une hausse de 6°C, voire plus, des températures moyennes sur les mois d'été dans certaines régions du monde (zone méditerranéenne, Afrique du Nord, Moyen-Orient et Etats-Unis).
Par ailleurs, la montée du niveau des mers entrainera l'inondation et la destruction des côtes. Cette hausse des mers sera "probablement (…) de 0,5 à 1 mètre, voire plus, d'ici 2100" dans un monde à +4°C. Par contre, en limitant à 2°C la hausse moyenne des températures à l'horizon 2100, la hausse pourrait être limitée à 20 cm d'ici 2100. "L'élévation du niveau de la mer variera selon les régions", rappelle le rapport qui évoque "une montée plus importante de 20 % sous les tropiques tandis que l'élévation du niveau des mers serait inférieure à la moyenne sous les plus hautes latitudes".
 
Un scénario plausible

Le diagnostic scientifique est maintenant bien connu : "si des mesures et des engagements supplémentaires ne sont pas pris pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, le monde connaîtra probablement un réchauffement de plus de 3°C par rapport au climat préindustriel". Pire, les auteurs du rapport évaluent à 20% le risque que les engagements actuels nous mènent à une hausse supérieure à 4°C.

En cas de non respect des promesses, une hausse de température de 4°C "pourrait intervenir dès les années 2060", et cela sans compter qu'"il ne s'agira pas d'un point final : il faudra s'attendre à la poursuite du réchauffement qui pourrait dépasser 6°C au cours des siècles suivants".

Avec une hausse de 4°C de la moyenne mondiale des températures, ce que le rapport nomme une "planète à +4°C", le monde serait confronté à "des vagues de chaleur sans précédent, de graves sécheresses et d'importantes inondations dans de nombreuses régions, ce qui aurait de sérieuses répercussions sur les écosystèmes et les services écosystémiques", rappelle le document. Pour le président de la Banque mondiale, "ce rapport nous rappelle avec force que le changement climatique influe sur tout".

Fortes variations des débits des fleuves

S'agissant de l'eau, les projections prévoient notamment des conditions plus sèches dans le sud de l'Europe, en Afrique (à l'exception de certaines zones du nord-est), dans de grandes parties de l'Amérique du Nord et de l'Amérique du Sud, ainsi que dans le sud de l'Australie. Inversement, les hautes latitudes nord, telles que le nord de l'Amérique du Nord, le nord de l'Europe et la Sibérie, et certaines régions exposées à la mousson auront des conditions plus humides.

Les risques d'inondation et de sécheresse sévères sont "susceptibles d'être considérablement accrus pas une modification, même minime, des moyennes annuelles". Parmi les zones les plus vulnérables, les bassins soumis à un régime de mousson, tels que celui du Gange et du Nil, verraient leurs débits augmenter jusqu'à 40% quand le Danube, le Mississippi, l'Amazone et le bassin Murray Darling verraient leur débit baiser de 40 à 80%.

Les écosystèmes devraient subir de plein fouet la hausse des températures. "Avec une planète à +4°C, il faut s'attendre à ce que le changement climatique devienne le principal moteur des variations des écosystèmes, prenant la place de menace numéro 1 pour la biodiversité, devant la destruction de l'habitat", prévient le rapport, rappelant qu'"en Amazonie, le nombre des feux de forêts pourrait doubler d'ici 2050 en conséquence d'un réchauffement d'environ 1,5 à 2°C par rapport à l'époque préindustrielle". Un scénario de +4°C entrainerait "des changements encore plus graves".

Le défi alimentaire

En conséquence, "le maintien d'un niveau de production agro-alimentaire adapté sera un véritable défi compte tenu de l'augmentation de la population et du niveau des revenus, même indépendamment du changement climatique d'origine anthropique".

Et de rappeler que le 4ème rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec) "prévoyait que la production alimentaire mondiale augmenterait avec une élévation moyenne de la température locale comprise entre 1 et 3°C mais pourrait décroître avec des températures supérieures". Quant aux dernières observations réalisées dans diverses régions, notamment en Inde, en Afrique, aux États-Unis et en Australie, elles sont plus pessimistes, avancent les auteurs du rapport. "Il semble qu'il y ait un important risque de franchissement des seuils de température pouvant entraîner une remise en cause substantielle de la sécurité alimentaire du monde en cas d'élévation de la température de 4°C", indique le document.

Si l'on y ajoute les impacts de la hausse des mers, en particulier dans les deltas (Bangladesh, Égypte ou Viet Nam), l'impact sur l'alimentation devrait être plus important encore du fait de la salinisation des aquifères et la disparition des basses terres. Même chose pour les évènements extrêmes (inondations majeures ayant des conséquences sur la production alimentaire, par exemple) qui "pourraient également entraîner des déficits nutritionnels et une incidence accrue des maladies épidémiques".

Aucune certitude sur l'adaptation

"La résilience de nombreux écosystèmes, naturels ou non, a toutes les chances d'être mise à rude épreuve par ces pressions et par les conséquences du changement climatique", synthétise le rapport qui considère que cela "pourraient entraîner un déplacement de population de grande envergure et avoir des conséquences sur la sécurité humaine, ainsi que sur les systèmes économiques et commerciaux".

Les migrations devraient être d'autant plus importantes qu'aux impacts directs et indirects des changements climatiques se combinent à des tensions sociales, économiques et démographiques indépendantes de l'évolution climatique.

Et le rapport de conclure qu'"au vu des incertitudes qui continuent à planer sur la véritable nature et l'ampleur de ces conséquences, nous n'avons aucune certitude qu'une adaptation à une planète +4°C est possible".

Réactions6 réactions à cet article

 

Et pourtant, c'est bien de 4 à 6°C supplémentaires auxquels il faut s'attendre pour la fin du siècle. Bref, une paille quoi...

Colibri | 20 novembre 2012 à 09h58
 
 

J'ai bien peur que le "match ne soit plié".
Toutes les informations vont dans le même sens.
La concentration de GES n'a jamais été aussi forte (France Inter ce jour à midi), la consommation des énergies fossiles bat son plein (gaz de schiste, hydrocarbures du grand Nord débarrassé de son embêtante banquise...), et les pays émergents sont à fond dans la course à la consommation sur le modèle occidental.
Je crains qu'il ne nous reste qu'à nous préparer, comme les "survivalistes", à tenter de résister aux calamités en tout genre comme des catastrophes climatiques et agronomiques sans pareilles, des migrations sud-nord impossibles à endiguer, des coups tordus géopolitiques pour accaparer les ressources vitales en déclin...
Et pendant ce temps, je passe mon temps à constituer des dossiers d'autorisation sans fin, pour préserver la trame verte et bleue dans un lotissement pour bobos, ou pour empêcher qu'on n'écrase par inadvertance la petite plante protégée que personne n'avait vue auparavant...
Pitoyable...
Et qu'on ne me sorte pas l'histoire du petit oiseau avec sa goutte d'eau contre le feu de brousse...
Un urbaniste-environnementaliste désespéré.

philippeb81 | 20 novembre 2012 à 12h22
 
 

Les banquiers sont convaincus d'un réchauffement énorme. Les assureurs provisionnent de plus en plus pour les risques climatiques. Les militaires ont déjà bâti des stratégies de "protection". Il n'y a guère plus que le GIEC qui ronronne sur la perspective de +2°C en 2100... Oui, les décennies à venir vont être terribles.

dmg | 20 novembre 2012 à 20h17
 
 

Ne nous laissons pas perturber par ces broutilles attaquons-nous aux vrais problèmes comme "le mariage pour tous", "le vote des étrangers", "l'ouverture des magasins le dimanche", ça c'est la vraie vie.... mais pour combien de temps ?

luc01 | 21 novembre 2012 à 08h19
 
 

je vois que tes soucis dans la vie sont énorme !! le problème du changement climatique est un vrai pb, et non pas des broutilles! ce le sera encore plus pour tes enfants et petits-enfants. par contre le mariage gay, l'ouverture des magasins le dimanche on s'en fout ! et tes enfants aussi n'en auront rien a faire qd il crèveront de faim ou de soif ! la vrai vie c'est pas celle que tu conçois!

matith jah | 22 novembre 2012 à 12h41
 
 

La banque mondiale qui se préoccupe des plus pauvres... On aura tout lu. Une investigation journalistique est à faire du côté des motivations de la BM qui doit avoir quelques éléphants blancs à promouvoir? Au boulot, les "lanceurs d'alertes"! Merci.

Albatros | 23 novembre 2012 à 15h52
 
 

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