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L'efficacité énergétique mondiale progresse encore, mais au ralenti

L'efficacité énergétique progresse dans la plupart des pays, rapporte une étude de l'Ademe. Néanmoins, le rythme d'amélioration s'essouffle et il est difficile de maintenir la dynamique, comme l'illustre notamment l'enjeu de l'électricité.

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"De plus en plus de pays ont mis en place des politiques d'efficacité énergétique et chaque politique se décline en mesures toujours plus nombreuses", explique Didier Bosseboeuf, expert en efficacité énergétique du service économie de l'Ademe, ajoutant que, malgré cela, "les progrès réalisés en matière d'intensité énergétique ralentissent". Telle est la principale conclusion de l'étude sur l'efficacité énergétique dans le monde, menée par l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) avec l'appui d'Enerdata pour le Conseil mondial de l'énergie (WEC, pour World Energy Council).

Cette étude émet des recommandations (voir encart vidéo) et constitue la huitième mise à jour depuis l'enquête initiale de 1992, la dernière datant de 2009. Elle documente et évalue les politiques et les tendances en matière d'efficacité énergétique à l'échelle mondiale à partir de données issues de 85 pays, représentant plus de 90% du total de la consommation mondiale d'énergie.

François Moisan, directeur exécutif de la stratégie et de la recherche à l'Ademe
François Moisan, directeur exécutif de la stratégie et de la recherche à l'Ademe
 
Bonnes nouvelles en trompe l'œil

Aujourd'hui, l'efficacité énergétique n'est plus n'est plus "une simple « option » [pour] les pays de l'OCDE". Elle se diffuse plus largement grâce à des progrès constatés dans toutes les grandes régions du monde. Ainsi, "un relatif consensus international émerge", analyse l'Agence, qui évoque la perception d'"une stratégie gagnante : réduction de la dépendance aux importations d'énergie, réduction des émissions de gaz à effet de serre liées à l'énergie, préservation de la compétitivité des entreprises et du pouvoir d'achat des ménages...". A titre d'exemple, les réfrigérateurs font aujourd'hui l'objet d'un étiquetage énergétique dans plus de 80% des pays étudiés et d'une réglementation basée sur les meilleurs techniques disponibles dans près de 80% de ces mêmes pays. En 2009, ces niveaux étaient respectivement d'environ 60 et 55%.

En conséquence, au niveau mondial, l'étude constate une amélioration de l'intensité énergétique, mesurée en rapportant la consommation énergétique d'un pays à son PIB, de 1,3% par an depuis 1990.

"Toutefois, ces bonnes nouvelles apparaissent en trompe-l'œil", alerte l'Ademe qui évoque, pour ces dernières années, un ralentissement généralisé de l'efficacité énergétique, des disparités régionales qui demeurent et des solutions nouvelles qui doivent être trouvées pour tenir compte de la réalité de chaque pays et passer à la vitesse supérieure. Ainsi, la Chine a vu ses gains passer d'un peu moins de 7% par an entre 1990 et 2000, à un peu plus de 3% entre 2000 et 2008, et moins de 2% entre 2008 et 2010.

Parmi les raisons avancées pour expliquer ce ralentissement du rythme, l'Ademe pointe tout d'abord la crise économique. Elle avance ensuite un effet de structure : l'efficacité énergétique se rapporte au PIB, ce qui, compte tenu de leur croissance, conduit mécaniquement à accorder un poids de plus en plus important aux pays émergents. Or, l'efficacité énergétique de ces pays est moins bonne que celle des pays de l'OCDE qu'ils supplantent progressivement. Enfin, la population des pays émergents accède à des conditions de vie plus énergivores. Quant aux pays de l'OCDE, et particulièrement les Etats membres de l'UE, ils éprouvent des difficultés à améliorer un niveau d'efficacité énergétique qui est déjà élevé.

 
Efficacité ou sobriété énergétique ? En partant de l'exemple des écrans de télévision, Didier Bosseboeuf illustre l'écart entre les pays qui jouent sur l'efficacité énergétique et ceux qui jouent la sobriété énergétique.
Un pays misant sur l'efficacité encadrera la consommation par cm2 d'écran. Bien sûr, si la taille des écrans croît plus rapidement que la baisse de consommation par cm2, la consommation de l'appareil augmentera.
Un pays qui recherche la sobriété, placera la contrainte sur une baisse de la consommation des écrans, quitte à réduire leur taille si les baisses par cm2 sont trop lentes.
 
L'enjeu électrique

Les usages de l'électricité illustrent particulièrement bien les problèmes rencontrés en matière d'efficacité énergétique. En effet, malgré l'amélioration de la conception des appareils, la consommation électrique par ménage et hors chauffage a tendance à augmenter. Si cette croissance est plutôt faible en Europe et dans l'OCDE, elle est particulièrement vive dans les pays émergents.

Et ce n'est probablement qu'un début puisque le potentiel de développement de ces consommations reste très important dans les pays émergents : quand un foyer américain consomme aujourd'hui environ 10.000 kWh hors chauffage, un foyer chinois consomme 1.300 kWh et un foyer indien 1.000 kWh. Comme le résume Didier Bosseboeuf, "au niveau mondial ce sont l'Inde et la Chine, avec trois milliards d'habitants à elles deux, qui comptent le plus". Le rattrapage de la consommation électrique par foyer, quand bien même elle se stabiliserait dans les pays émergent à un niveau de 4.000 kWh équivalent à la consommation d'un foyer européen, entraînera une baisse de l'efficacité énergétique globale.

La multiplication des nouveaux usages spécifiques de l'électricité, symbolisés par les smart phones, est le premier élément d'explication de la hausse des consommations. Surtout que, pour l'instant, il n'existe pas de label d'efficacité énergétique pour ces produits. Les seuls progrès proviennent de la baisse de consommation recherchée par les constructeurs pour augmenter l'autonomie des appareils. Par ailleurs, la multiplication, ou la taille croissante, des appareils les plus classiques (réfrigérateur, lave-linge, télévision, etc.) joue elle aussi un rôle important car ils représentent 50% de la consommation électrique spécifique.

Quant aux règles d'écoconception et d'affichage, elles ne permettent pour l'instant que de freiner le rythme de croissance de la consommation électrique mondiale. "De plus en plus de pays disposent de labels de plus en plus nombreux", constate l'expert de l'Ademe, "et pourtant ça ne suit pas".

Des progrès sensibles sont toutefois possibles. L'étude montre qu'en remplaçant les climatiseurs actuels par les meilleures technologies possibles, il est possible d'abaisser d'environ 200 à 250 kWh par an la consommation de ces systèmes pour un foyer brésilien, chinois ou indien. Les smart grids, et en particulier la "facturation intelligente" qui en découle, constituent un autre outil d'amélioration possible. L'Ademe estime, en se basant sur les exemples californien et irlandais, que 80% des foyers ayant une facture intelligente acceptent les mesures d'efficacité énergétique et que ces dernières permettent des économies d'énergie de l'ordre de 2,7%.

Réactions2 réactions à cet article

 

Qu a dit qu'EDF(et d'autres) avait intérêt à ce que la consommation électrique baisse ?

lio | 09 octobre 2013 à 10h01
 
 

Qui peut penser que les labels ont quoi que ce soit à voir avec l'efficacité énergétique globale? C'est du marketing verdi. Pour mémoire, vendre quatre fois plus de matériel deux fois plus économe en énergie (même éco-labellisé) revient à doubler la consommation d'énergie.
Les gogos des labels verts, réveillez-vous!

Albatros | 14 octobre 2013 à 16h52
 
 

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