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Electricité : RTE présente ses scénarios de production et de consommation

En 2015, la sécurité électrique française risque d'être fragilisée par un déficit de capacité de production. A horizon 2030, le gestionnaire de transport d'électricité étudie différents scénarios de mix énergétique et d'évolution de la demande.

Energies  |    |  Sophie FabrégatActu-Environnement.com
Environnement & Technique N°340 Cet article a été publié dans Environnement & Technique n°340
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A l'occasion de la présentation de son traditionnel bilan prévisionnel de l'équilibre offre-demande d'électricité en France, le 10 septembre, le gestionnaire de réseau de transport de l'électricité RTE a présenté ses perspectives à court et moyen terme. Si la sécurité d'approvisionnement électrique se dégrade entre 2015 et 2018, après cette date, l'évolution de l'équilibre est moins prévisible. Elle dépendra des choix politiques inscrits dans le projet de loi sur la transition énergétique, qui sera étudié en plénière à l'Assemblée nationale à partir du 1er octobre, et du contexte économique, qui conditionnera les investissements dans l'efficacité énergétique et les énergies renouvelables.

Un déficit de capacité entre 2015 et 2018

RTE alerte depuis quelques années déjà sur le risque de déséquilibre-offre-demande d'électricité d'ici 2015. En cause : l'évolution à la baisse du parc de production thermique, liée à l'arrêt des centrales au fioul et au charbon, puisqu'elles ne répondent plus aux normes exigées par la directive IED. Au total, 6 GW devraient être fermés en 2014 et 2015. Ils s'ajoutent aux 1.600 MW en moins, liés à la fermeture annoncée de deux réacteurs nucléaires de Fessenheim fin 2016. Mais s'ajoute également la mise sous cocon récente, mais depuis longtemps annoncée, de cycles combinés au gaz (400 MW supplémentaires), jugés non rentables par leurs exploitants étant donné le contexte économique (prix de l'électricité, prix du gaz et du charbon…). Résultat : sur les années 2016-2019 la capacité installée baisse de 1,7 GW.

Dans son bilan prévisionnel, RTE estime que la France pourrait de ce fait être en déficit de capacité dès l'hiver 2015-2016 (à hauteur de 900 MW en cas de vague de froid) et, l'année suivante, de 2 GW. En 2018-2019, la situation devrait revenir à l'équilibre avec le démarrage de deux cycles combinés au gaz, la mise en service de l'EPR de Flamanville, l'ouverture de l'interconnexion avec l'Espagne et le raccordement de nouveaux parcs éoliens, terrestres et en mer.

Pour éviter cette situation d'insécurité électrique, RTE a identifié trois leviers d'actions à mobiliser rapidement. Tout d'abord, 3,8 GW de centrales au fioul pourraient être mis aux normes pour répondre aux exigences de la réglementation européenne, et éviter ainsi une fermeture. Les cycles combinés au gaz mis sous cocon (1,3 GW au total) pourraient être réexploités. Enfin, des nouvelles capacités d'effacement pourraient être recherchées. Le gestionnaire du réseau mise sur la création du marché de capacité pour retrouver des marges de capacité de production. Pour rappel, la loi Nome prévoit que tout fournisseur d'électricité soit en mesure d'assurer la sécurité d'alimentation de ses clients et dispose, pour cela, de capacités de production ou d'effacement mobilisables en cas de pic de consommation. Les règles encadrant le mécanisme de capacité ont récemment été arrêtées par le gouvernement. Des dispositions ont été intégrées au projet de loi sur la transition énergétique. Le dispositif devrait être opérationnel pour l'hiver 2016-2017.

Quid des objectifs de la transition énergétique ?

RTE s'est également penché sur l'équilibre offre-demande à horizon 2030. Devant les incertitudes économiques, mais aussi politiques, quatre scénarios de mix électriques ont été étudiés. "Les consommations envisagées vont de 450 à 545 TWh [contre 495 TWh en 2013], les capacités nucléaires de 37 à 63 GW, les gains d'efficacité énergétique de 79 à 105 TWh", peut-on lire dans le bilan de RTE. Aucun de ces scénarios ne remplit tous les objectifs fixés par le gouvernement dans le projet de loi sur la transition énergétique.

Le scénario "croissance faible" (+1,2%) table sur une consommation en 2030 de 448 TWh. Pour limiter la consommation électrique, 200.000 logements sont rénovés par an (le gouvernement mise sur 500.000 logements d'ici 2017) et 10 millions de m2 de bâtiments tertiaires. En revanche, 1,1 million de véhicules électriques (VE) ou hybrides rechargeables (VHR) sont déployés, pour une consommation de 2,4 TWh. Le nucléaire, dont la capacité (57,6 GW) est en dessous du plafond fixé dans le projet de loi sur la transition énergétique (63,2 GW), représente néanmoins 70% de la production totale (contre 75% aujourd'hui). Le projet de loi prévoit pourtant que le nucléaire représente 50% de la production à cet horizon. Les énergies renouvelables ont faiblement été développées et couvrent 28,5% de la production (contre un objectif de 40% inscrit dans le projet de loi) : 18,7 GW d'éolien terrestre (+600 MW par an jusqu'en 2020 puis +700 MW), 3 GW d'éolien en mer (couverts par les deux appels d'offres actuels) et 12,3 GW de photovoltaïque (+500 MW par an).

Le scénario "croissance forte" (+1,9%) estime que la consommation électrique atteindra 546 TWh et l'effort d'efficacité énergétique 16% (le projet de loi table sur un objectif de 30%). 350.000 logements seront rénovés par an ainsi que 10 millions de m2 de tertiaire. Le parc de VE et VHR atteindra 7,1 millions d'unités, soit 15,1 TWh de consommation. La capacité nucléaire restera à son niveau actuel (63,2 GW) et représentera près de 70% de la production totale. Les énergies renouvelables seront développées plus fortement que dans le précédent scénario et couvriront 29,1% de la consommation : 24,4 GW d'éolien terrestre, 5,5 GW d'éolien en mer, 16,4 GW de photovoltaïque et 1,5 GW d'hydrolien.

Le scénario "diversification", comme son nom l'indique, table sur un essor des EnR qui couvriront 31,7% de la consommation, qui atteindra 501 TWh en 2030. Le nucléaire, dont la capacité sera réduite à 47,7 GW, couvrira néanmoins 60% des besoins. Côté demande, l'efficacité énergétique atteindra 16%, avec 350.000 logements rénovés par an et 15 millions de m2 dans le tertiaire. 3,6 millions de VE et VHR seront déployés, consommant 7,5 TWh. Côté offre, les EnR se déclinent en 24,4 GW d'éolien terrestre, 5,5 GW d'éolien en mer, 16,4 GW de photovoltaïque et 1,5 GW d'hydrolien.

Le scénario "nouveau mix" est le seul à suivre les objectifs du projet de loi sur la transition énergétique concernant la production : la part du nucléaire est abaissée à 50% (37,6 GW de capacité) et les EnR couvrent 40% des besoins (27,6 GW d'éolien terrestre, 9 GW d'éolien en mer, 24,1 GW de photovoltaïque et 3 GW d'hydrolien). Pour y parvenir, 2GW de capacités de stockage sont développés, alors qu'il n'y en a pas dans les autres scénarios. Côté demande, l'effort d'efficacité énergétique est porté à 22%, pour atteindre 481 TWh consommés par an. Pour y parvenir, 400.000 logements sont rénovés chaque année et 22 millions de m2 de tertiaire. En revanche, les VE et VHR sont déployés fortement pour atteindre un parc de 6,9 millions d'unités (14,6 TWh).

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