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Fuite de gaz en mer du Nord : l'issue de l'accident oppose Total et les ONG

La fuite de gaz survenue sur une installation de Total en mer du Nord suscite de vives réactions de la part des ONG écologistes. En cause : un colmatage de la fuite délicat et long, voire impossible, et une possible pollution aux hydrocarbures.

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Fuite de gaz en mer du Nord : l'issue de l'accident oppose Total et les ONG

L'issue de la fuite de gaz survenue le 25 mars 2012 sur un puits de production de gaz en mer du Nord appartenant au groupe pétrolier français Total reste encore incertaine. En l'état, les 238 employés de la plateforme de Total exploitant le gisement gazier d'Elgin au large de l'Ecosse ont été évacués dans la nuit du 25 au 26 mars et une zone d'exclusion maritime et aérienne de 2 milles marins (3,7 km) a été établie le 27 mars.

Quant à la fuite, elle a été localisée le 29 mars à quelque 4.000 m de profondeur sous le plancher maritime dans un puits désaffecté. Le gaz remonte le long du conduit et s'échappe par la tête de puits, a expliqué Total qui a fait appel à des experts français et internationaux afin de colmater la fuite. Cependant, ces spécialistes n'ont toujours pas reçu le feu vert des autorités écossaises pour intervenir sur la plateforme.

 
Elgin, un gisement complexe Elgin est un gisements "de gaz à condensats haute pression/haute température", rappelle Total dans ces communiqués. Une présentation que certaines ONG entendent préciser.
C'est le cas de Robin des Bois et des Amis de la Terre qui décrivent le puits : si la colonne d'eau est d'environ 90 m, le gaz est cependant enfoui à quelque 5,5 km de profondeur. De plus il est présent à des température et pression très importantes évaluées par Total à 190°C et 1.100 bars.
Ainsi, après avoir entrepris diverses opérations, le pétrolier français estimait en 2010 que le projet d'Elgin "constitue une performance technique tant en raison de l'enfouissement des réservoirs (…) que des conditions de température et de pression (…), parmi les plus élevées au monde".
Par ailleurs, les ONG soutiennent que Total connaissait les risques du gisement puisque le groupe aurait indiqué qu'"à cause de la complexité géologique des strates profondes sous-marines, (…) il y a de réels risques d'éruption de gaz et de pétrole" lors du forage.
 
Arrêter la fuite, une priorité…

La priorité pour Total est de mettre un terme le plus rapidement possible à la fuite de gaz. Actuellement, Total envisage deux solutions pour cette opération délicate et à haut risque compte tenu des risques d'explosion associés à la fuite. Des travaux que le groupe pétrolier "prépare activement" et qui "progressent en parallèle", selon son dernier communiqué en date du 2 avril.

La première option consisterait à injecter dans le puits des boues de forage à partir d'une barge flottante, c'est à dire des boues utilisées habituellement pour solidifier les parois d'un puits. Une solution qui "nécessiterait que [les équipes montent] à bord de la plate-forme", explique Total précisant "[travailler] actuellement en coopération avec l'autorité de sûreté britannique (…) pour trouver les moyens d'accéder à la plateforme".

La seconde possibilité est la réalisation d'un puits de secours. "Total a déjà mobilisé deux rigs de forage pour ces puits", indique l'entreprise qui compte les envoyer sur le site "dès que les opérations en cours sur lesquelles ils travaillent seront achevées". En effet, l'une des plateforme de forage est "actuellement utilisé sur le champ de Fettercairn" (à 400 km du puits endommagé) et l'autre est "actuellement utilisé sur champ de West Franklin" (à 6 km).

…qui pourrait s'avérer impossible

Reste qu'il s'agit là des "deux solutions principales", comme l'indiquait le 30 mars Total laissant sous-entendre que d'autres modes opératoires sont à l'étude. En l'occurrence au moins une option semble envisagée : attendre que la fuite se tarisse d'elle même.

Cette hypothèse s'appuie notamment sur un précédent rapporté par l'association Robin des bois. "Depuis 1990, une fuite de gaz, dont le débit et la pression sont inférieurs à ceux de la plateforme Elgin, est en cours dans les eaux britanniques", indique l'ONG, ajoutant que "l'industriel et les autorités britanniques ont conclu que des opérations de colmatage comportaient plus d'inconvénients que d'avantages et risquaient dans un substrat géologique fragile de générer à proximité de nouvelles éruptions".

Trois éléments viennent appuyer le raisonnement de Robin des bois : le risque d'explosion de la nappe de gaz entourant la plateforme fait courir un danger aux employés qu'"aucun employeur normalement constitué ne prendrait", aucune flottille de navires de lutte contre les fuites de gaz n'est présente à proximité et un forage de secours sur un gisement particulièrement complexe fait courir des "risques inopinés de nouvelles fuites de gaz évoquées par Total dans sa documentation".

Irisation

C'est probablement l'un des principaux points d'opposition entre Total et les ONG environnementales. Les autorités britanniques et le groupe pétrolier ont respectivement qualifié les impacts environnementaux de "minimes" et de "relativement faibles". En l'état, "la situation est stable" indiquait le groupe le 30 mars, précisant qu'"environ 200.000 m3 de gaz" s'échappaient quotidiennement selon une évaluation réalisée sur "la base des données recueillies et de la modélisation du réservoir". Depuis, Total n'a pas signalé d'amélioration.

Quant à la pollution en mer, l'AFP citait le 27 mars un représentant de Total qui indiquait qu'"une fine nappe d'hydrocarbure de 4,8 miles carrés (12,4 km2) a été observée", ajoutant que "lors de la fuite dimanche, du liquide s'est d'abord échappé avant le gaz". Trois jours plus tard, le groupe évoquait une "fine couche d'irisation", dont l'épaisseur serait inférieure au micron. Celle-ci "se réduit au fur et à mesure de l'évaporation des condensats".

Nappe d'hydrocarbures

"Irisation", un terme que réprouve Robin des Bois qui rappelle que l'exploitation gazière libère des condensats chargés en hydrocarbures liquides, les liquides de gaz naturel (LGN). Des condensats qui, "en temps opérationnel, (…) sont canalisés et expédiés par un réseau de pipelines en Ecosse où ils sont traités".

Greenpeace a pour sa part dépèché un navire à la limite de la zone d'exclusion afin de prélever des échantillons d'eau de mer, d'air et des hydrocarbures présents à la surface de l'eau qui seront analysés d'ici une dizaine de jours. En l'état l'ONG se contente d'évoquer des "observations visuelles [qui] ont permis de confirmer la présence d'une nappe d'hydrocarbures à la surface de l'eau". Greenpeace confirme par ailleurs qu''il s'agit probablement de gaz de condensat, un hydrocarbure léger" et que "la nappe observée s'étendait sur plusieurs kilomètres carrés".

Enfin, Robin des bois avance plusieurs autres sources de pollution associée à cet accident. Il s'agit de "la pollution chimique et toxique de l'hydrogène sulfuré, la pollution thermique d'un rejet massif de gaz à une température de 190°C et la pollution acoustique de l'éruption de gaz sous haute pression". Des pollutions qui pourraient impacter la faune et la flore locale. Quant aux Amis de la Terre, ils pointent "des rejets de gaz à effet de serre 20 fois plus nocifs pour le climat que le dioxyde de carbone", le potentiel de réchauffement global (PRG) à un siècle du méthane étant évalué à 25 fois celui du CO2.

Réactions5 réactions à cet article

 

"Total vous ne viendrez plus chez nous par hasard" ça c'est sur!

lio | 04 avril 2012 à 16h25
 
 

bon courage pour TOTAL avec les Ecolo-rigolos

kamel | 05 avril 2012 à 09h22
 
 

Quand se rendra t'on compte qu'il vaut mieux laisser ces combustibles fossiles sous terre (ou sous la mer) ?
Quand se rendra t'on compte qu'il n'y a pas assez d'air pour brûler ce pétrole et ce gaz sans perturber gravement notre climat ?
L'exploitation des gisements, de plus en plus difficile, conduit à davantage d'atteintes à l'environnement.
Vivement la mondialisation des hydrocarbures et l'établissement d'une taxe carbone progressivement dissuasive !

FH | 05 avril 2012 à 10h57
 
 

Pauvre Kamel! Tu n'as dont rien compris...

Baribal | 06 avril 2012 à 19h16
 
 

Fantastique.... affirmant que le colmatage est réussi! et Total continuera donc à massacrer l'environnement, nuire aux populations locales et autres, se remplir les poches sans aucune éthique et faisont fi de tout respect.....Bravo!!!!!

Monica | 19 mai 2012 à 09h59
 
 

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