Actu-Environnement - L'actualité professionnelle du secteur de l'environnement
RSS
 
 

Accord de Copenhague : les engagements n’évoluent pas, le réchauffement continue

CLIMAT - Actu-Environnement.com - 04/02/2010
 
Les pays signataires de l’accord de Copenhague, ont transmis leurs engagements d’émissions au secrétariat de la Convention climat des Nations unies à l’échéance prévue du 31 janvier. En panne, le processus multilatéral attend un second souffle.
 
Agrandir la police Réduire la police Imprimer l'article Recommander l'article : envoyer par email Réagir à l'article S'abonner à la Newsletter S'abonner au flux RSS
© Shocky

Ils s’y étaient engagés à Copenhague, ils l’ont fait. Les signataires du texte élaboré à l’arraché le 19 décembre 2009 avaient jusqu’au 31 janvier 2010 pour préciser leurs objectifs de réductions d’émissions, laissés en blanc dans les tableaux annexés aux trois pages de l’accord. Les pays dits de l’Annexe II, Chine, Inde et Brésil en tête, ont confirmé leurs intentions : l’Inde entend réduire son intensité carbone – c’est-à-dire ses émissions de gaz à effet de serre par point de PIB – de 20 à 25% d’ici à 2020 par rapport à 2005. Le Brésil s’engage à contrôler la déforestation en Amazonie et dans le Cerrado, au point d’éviter 668 millions de tonnes de CO2 équivalent d’ici à 2020. Entre la conservation des forêts et des pâturages et le recours à l’efficacité énergétique, aux biocarburants et à l’hydroélectricité, le Brésil affiche l’ambition de réduire de plus d’un tiers ses émissions actuelles d’ici à 2020. La Chine, quant à elle, confirme ce qu’elle avait déjà annoncé : une amélioration de 40 à 45% de son intensité énergétique de 2005 d’ici à 2020. L’Afrique du Sud s’engage à une déviation de – 34% de ses émissions d’ici à 2020 par rapport à un scénario business as usual.

En affichant de tels engagements, les pays du BASIC (Brésil, Afrique du Sud, Inde, Chine) coupent l’herbe sous les pieds des Occidentaux. Ils confirment les annonces qu’ils avaient déjà avancées lors de la conférence de Copenhague, mais, en retour, exigent des pays industrialisés des engagements contraignants, dans le cadre multilatéral onusien. Le ministre indien de l’environnement, Jairam Ramesh, l’a redit à New Delhi lors d’un sommet des pays du BASIC, le 24 janvier : les négociations devront se poursuivre sous la bannière des Nations unies. Chine, Inde, Afrique du Sud et Brésil réclament une réunion d’étape dès le mois de mars, et au moins cinq réunions préparatoires avant le sommet de Cancun (Mexique) en décembre.

De leur côté, les Occidentaux et leurs alliés russes et japonais affichent toujours les mêmes positions, sans aller plus loin. En moyenne, elles ne dépassent pas les -20% d’ici à 2020 par rapport à 1990, à l’exception notable de la Norvège, qui affiche toujours l’ambition de -30% de ses émissions d’ici à 2020 par rapport à 1990, et du Japon, avec une intention de -25% pour la même période. L’Union européenne campe sur ses -20%, -30% ''si les autres pays s’engagent à réaliser des efforts comparables'', bascule qui traduit l’irrésolution actuelle des Européens en matière de climat et de choix énergétiques. Les Etats-Unis attendent la validation du processus législatif interne pour confirmer leurs -17% par rapport à 2005. Le Canada s’est aligné sur le même objectif. L’Australie annonce une fourchette de -5% à -20% d’ici à 2020 par rapport à 2000. La Nouvelle Zélande de -10% à -20% d’ici à 2020.

Lors de la conférence de Copenhague, une note confidentielle du secrétariat de la Convention climat avait filtré. Sur la base de l’addition des intentions des uns et des autres, ce mémo avait mis en évidence deux constats embarrassants. Le premier montrait que la somme des engagements des pays de l’annexe II était supérieure à celle des pays de l’annexe I. Le deuxième comparait le total des engagements au scénario de l’Agence internationale de l’énergie dans son rapport, le World Energy Outlook de 2009. Selon ce rapport, les émissions globales devraient être plafonnées à 44 gigatonnes de CO2 équivalent d’ici à 2020 pour assurer les préconisations du GIEC et plafonner la hausse de la température globale à + 2°C. Sur la base des annonces confirmées le 31 janvier, il resterait un surplus de 1,9 à 4,2 Gt de CO2 équivalent dans l’atmosphère. Selon la note confidentielle du Secrétariat de l’UNFCCC (datée du 15 décembre 2009) 1, ces engagements ne pourraient pas produire l’inflexion nécessaire des émissions d’ici à 2020 et mettraient l’atmosphère sur la voie d’une concentration de carbone élevée, égale ou supérieure à 550 ppm, mettant la planète sur une trajectoire de réchauffement de 3°C minimum.

A ce risque de dérive du réchauffement global s’ajoute une incertitude à plus court terme, qui porte sur l’issue juridique de l’accord de Copenhague. Une boîte de Pandore s’est ouverte, qui permet aux Etats de se dégager des contraintes de Kyoto en se rabattant sur des engagements volontaires a minima. L’acquiescement de la plupart des pays développés à cette dilution du processus onusien multilatéral laisse penser que Copenhague aura été autant un échec qu’une opportunité inavouable : celle de s’affranchir de l’arbitrage des Nations unies et de tout accord contraignant en matière de climat. Et par là même, de remplacer les actes politiques auxquels la science et la précaution incitent, par de la rhétorique.

Agnès Sinaï

© Tous droits réservés Actu-Environnement
Reproduction interdite sauf accord de l'Éditeur ou établissement d'un lien préformaté [9528] / utilisation du flux d'actualité.
 
Réactions à cet article
 
La boîte de Pandore s'ouvrit...
 
 
constatation
 
Ajoutez votre réaction
 Votre réaction 
Pseudo : 
Mémoriser mes paramètres
 
Email * : 
Je souhaite recevoir les réponses directement dans ma boite mail
 
Titre : 
Message : 
 
Smiley's :                  
* : Votre adresse e-mail ne sera pas affichée sur le site ni intégrée à des fichiers revendus. Nous la demandons afin de limiter les abus.
 
En participant au forum, vous vous engagez à respecter la charte de bonne conduite.
Tout propos insultant, réducteur, irrespectueux, ou contraire à la loi est interdit.
Les messages visant à assurer l'autopromotion ou la publicité d'une marque, d'un produit ou d'un service seront systématiquement supprimés, au même titre que les liens Internet.
 
Pour éviter les soumissions automatiques des robots, merci d'effectuer ce petit calcul : 9 3 =
En savoir plus…
Sur le même thème :

L'UE transmet ses objectifs de réduction des émissions de GES - 29/01/2010

Après-Copenhague : Jean-Louis Borloo reste très confiant - 27/01/2010

Le climat n'a pas besoin de photos de famille - 26/01/2010

La conférence post-Copenhague et le Plan SET au menu du Conseil informel Energie et Environnement - 14/01/2010

Copenhague : des progrès à défaut d'un succès ? - 11/01/2010

Copenhague : le syndrome de la table rase - 28/12/2009



Aller plus loin...
Géopolitique du changement climatique

Produits / services sur le thème
Bilan carbone - Indicateurs carbone et impact environnemental des produits et services par SUNVALOR
Bilan carbone® et compensation des émissions
Le Bilan Carbone est une méthode de comptabilisation des émissions de gaz à effet de serre initiée par l’ADEME
THERMO MAAP 5012, analyseur de carbone élémentaire dans les poussières, par Ecomesure

Formation sur le thème
Climatologie
Enjeux du Changement Climatique et Outils de Comptabilité Carbone

Offre d'emploi sur le thème
Chargé de programme forêt et climat H/F
Ingénieur Chercheur Risques Côtiers et Chgt. Climat. - Orléans H/F
Vulnérabilité urbaine aux épisodes caniculaires et stratégies d'adaptation : comment qualifier la sévérité d'une canicule? H/F
Toutes les annnonces "Climatologie"